‹ Leçons de philosophieChapitre 97 sur 130 · PASSIONS. — KOLE DE LA SENSIBILITE · texte numérisé non relu

PASSIONS. — KOLE DE LA SENSIBILITE

mes et les unit à Dieu. Les religions sont surtout nées de la douleur. Elles sont le suprême recours des douleurs inconsolables. C’est pourquoi, si des religions peuvent périr, la religion est immortelle, comme la douleur même.

Rôle de rinclination. — Quant à l’inclination, elle est le principe même de la vie et de V activité. Rien au monde ne se fait ni en bien, ni en mal, que par le désir. — Quelques-uns, voyant les effets désastreux des passions, ont souhaité de les anéantir dans leur germe même, en supprimant le désir. Tel est l’excès où est tombé le Stoïcisme. Tant vaudrait supprimer l’air à cause des orages, etle feu à cause des incendies !

c Tels sont, en effet, les éléments : ils créent et détruisent, à l’égal de la divinité indienne, et leur puissance de création est égale à leur puissance de destruction. Les passions font de même. Dans les mouvements impétueux et l’exaltation de nos désirs, elles nous donnent les plus sublimes joies de la vie, le plus profond sentiment de l’existence ; mais c’est à elles que nous devons aussi, par un retour inévitable, les plus poignantes douleurs et les plus horribles infortunes. Elles soufflent le désespoir et la félicité, les plus grandes douleurs et les plus ineffables délices sur notre destinée. Qu’on fasse leur procès aux éléments, à ceux du monde physique et du monde moral ; personne, s’il ne veut cesser de vivre ne souhaitera la mort des éléments. Malgré leurs terreurs et leurs désastres, malgré le poids implacable dont ils écrasent le cœur de l’homme comme le vermisseau sous la roue, qui voudra néanmoins, préférant le calme plat de l’âme et l’immobilité des choses, anéantir en soi la cause de toute vie, de tout mouvement et de toute passion? qui voudra tuer le désir *? »

1. Ch. Dollfus, de la Nature humaine, 250. — Pour une réfutation plus complète de cette erreur du Stoïcisme, voyez notre édition du Discours de la Méthode, études critiques, III.

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