‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 15 sur 90 · TREIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LEÇON

De la méthode de la science.

Définition de la méthode.

La méthode est l'ordre ou la marche qu'il faut suivre pour arriver à la certitude et à la vérité. On peut considérer la méthode, selon qu'elle tend à la certitude et à la vérité d'un sujet particulier, et selon qu'elle est appliquée à V étude de toute la philosophie ou des sciences spéciales qui font partie de la philosophie.

Différence et rapports entre ces deux mots : certitude et vérité.

D'après les définitions qui ont été données, la certitude et la vérité sont deux choses différent .s : la certitude est l'assurance, la stabilité de l'intelligence dans le jugement, et la vérité c'est la conformité ou adéquation de l'intelligence qui connaît avec la chos*; connue. Cependant la certitude et la vérité sont nécessairement unies, mais par différentes nécessités. Ainsi.

la certitude méta^gliy signe que nous donnent les jugements analytiques d'une évidence médiate ou immédiate dont se compose la science, est unie avec la vérité par une nécessité méta;pJiysique qui exclut le contraire; par conséquent, il est impossible d'avoir la certitude métafliysique dans Terreur. Ainsi, par exemple : je suis certain que le tout est plus grand que la partie, et ce jugement est tellement vrai qu'il est impossible que l'attribut ne convienne pas dans tous les cas au sujet.

La certitude physique que l'on a dans les jugerifients synthétiques, déterminés par Vexpérience, est liée avec la vérité par une nécessité physique qui n'exclut pas le contraire, mais le contraire ne peut avoir lieu sans une dérogation aux lois qui régissent le monde. Ainsi le fils de Tobie avait la certitude que son compagnon de voyage était un mortel, et il n'avait aiicune crainte du contraire, et pourtant ce compagnon de voyage était un ange sous l'apparence d'un homme.

La certitude morale que l'on a dans les jugements généraux fondés sur l'autorité, c'est-à-dire dans les actes d^ foi par lesquels on croit à Dieu ou aux hommes, est liée avec la vérité par une nécessité morale. Cette nécessité, quand elle découle de l'autorité divine, est égale à la nécessité métaphysique, puisqu'il est intrinsèquement impossible que Dieu puisse' manquer de science ou de véracité; mais, quand il s'agit de l'autorité humaine, les motifs de croire peuvent paraître d'une certaine valeur, la volonté peut déterminer l'intelligence à l'acte de foi, et, dès lors, entraîner dans l'erreur ou dans la fausseté. Du reste, nous parlerons de cela plus tard.

Division de la méthode.

Il y a d'abord la méthode scientifique, que l'on peut suivre dans l'enseignement et dans la composition des livres scientifiques. Cette méthode se subdivise en méthode analytique et en méthode synthétique.

a) La méthode analytique procède du tout aux parties dont le tout est composé, et c'est précisément pour cela qu'on l'appelle analytique ou résolutive. Il faut observer avant tout que la notion qui a- une compré-

hension plus grande et une extension, moindre, est comme un tout que Ton peut diviser en ses parties, c est-à-dire en notions de moindre compréhension et (le plus grande extension. Par exemple, si je traite d'abord de Thomme, puis de la brute, ensuite de la plante, des êtres inorganiques et enfin de la substance corporelle en général, j'emploie la méthode analytique,

h) La méthode synthétique procède des parties au tout, c'est-à-dire de ce qui a une compréhension plus restreinte et une extension plus grande à ce qui a une compréhension plus grande et une extension plus restreinte. Par exemple, si je traite d'abord de la substance en général, ensuite des minéraux, puis des plantes, des brutes, et enfin de l'homme, je suis la méthode synthétique, ainsi nommée parce qu'elle unit et reconstitue.

Vu la nature de chacune de ces méthodes, il semble qu'on peut donner le nom de déduction à la méthode analytique, et celui àHnduction à la méthode synthétique.

De la meilleure méthode your les sciences.

Ou bien on traite de chacune des sciences en particulier, ou bien on traite de la philosophie tout entière. Dans le premier cas, la méthode synthétique est la meilleure, car, en suivant cette méthode, on n'est pas obligé de supposer comme certaines autant de vérités non démontrées que celui qui suit la méthode analytique, et l'on n'est pas dans la nécessité de répéter SI souvent les mêmes choses. En fait, c'est la méthode adoptée par tous les vrais savants : ainsi, dans la géométrie, on procède de la ligne au cercle et non du cercle à la ligne; dans l'arithmétique, on part de l'unité pour arriver aux opérations plus compliquées; de même, dans la physique nous commencerons par la substance corporelle en général pour arriver jusqu'à l'homme; et c'est d'après cette méthode que devraient être composés les traités de médecine, de droit et de toutes les autres sciences.

Lorsqu'on traite de toute la philosophie, il vaut mieux, pour les motifs indiqués tout à l'heure, suivre la méthode synthétique, et c'est celle que nous suivrons. Par conséquent, comme préambule à la philosophie, nous traiterons de Vart de raisonner ou de

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fliiloso'pher , car, avant de raisonner, il faut savoir raisonner : nous parlerons donc de ces notions qui ont la plus grande extension et la plus petite compréhension; et pour cela nous commencerons par la philosophie première. Ensuite nous traiterons de ce qui a une plus aTande compréhension et une extension plus restreinte, depuis la substance corporelle en général jusqu'à Hiomme; et nous terminerons par le traité de Dieu qui a la plus grande compréhension et n'a aucune extension,^ puisqu'il est essentiellement singulier. On peut suivre dans Tordre pratique la même marche que dans Tordre spéculatif.

Il faut spécialement insister de nos jours sur ce point, afin que chaque science soit exposée d'après l'ordre naturel que nous avons indiqué. Par conséquent, quand on traite des contingents dans lesquels on distingue T essence de Texistence, la science doit s'occuper "jpremierement de leur essence et seulement, en second lieu, de leur existence. La doctrine de Platon et d'Aristote, enseignant que la science a pour objet les choses nécessaires, est ainsi divinement interprétée par S. Thomas : « La science traite d'une chose de deux manières. 1) Elle en traite d'une manière j9rem^ère et principale; c^est ce qu'elle fait quand elle étudie les raisons universelles des choses sur lesquelles elle s'appuie» 2) Elle traite d'une chose secondairement, et comme par une espèce de réflexion; c'est ce qu'elle fait quand elle étudie les choses qui expriment les raisons universelles... Celui qui sait {sciens) se sert de la raison universelle de la chose, comme d'une chose connue et comme d'un moyen pour connaître. Ainsi, au moyen de la raison universelle de Thomme, nous pouvons juger de celui-ci et de celui-là. Les raisons %iniver selles des choses sont toutes immuables, et, par conséquent, de ce côté, toute science a pour objet des choses nécessaires; mais, quant aux choses qui expriment ces raisons, les unes sont nécessaires et immoUles, et c'est tout ce qui est irnmuaUe, c'est-à-dire Dieu et ce qui lui appartient ; les autres sont contingentes et moUles, et c'est tout ce qui est muable, et, par conséquent, les sciences peuvent traiter des choses contingentes et mo-

lUcs (Boet.,i>e Trlnit., quœst. V. art., 2.). » Lorsqu^on traite de Dieu, en qui l'essence n'est pas distincte de l'existence, et qui est singulier, la science ne peut étudier premièrement son essence, pas plus qu'elle ne peut étudier son existence par une certaine réflexion ou application. Aussi la théologie doit-elle traiter de Dieu comr)ie existant.

De la méthohe à suivre dayis les différentes connaissances scientiff.q%tes.

1" Quand on veut trouver la vérité d'une proposition on peut procéder ou par la méthode analytique ou, par la méthode synthétique suivant les cas. C'est la onéthode synthétique qui est suivie dans cette démonstration : Tout ce qui est nuisiUe à la patrie est méprisaUe; or, le riche avare est nuisible à la patrie; donc, le riche avare est méprisaUe. Ici, des notions de moindre compréhension et de plus grande extension on est descendu aux notions de plus grande compréhension, et de moindre extension. En procédant dans le sens opposé, ce serait la méthode analytique.

2'' On peut procéder de la cause à V effet, c'est-à-dire de la raison à la chose raisonnée, de la cause à la chose causée; c'est la démonstration a priori. En procédant à l'inverse, on a la démonstration a posteriori. Exemple : L'homme est raisonnais e ; donc, il est libre, c'est là une démonstration a priori; mais si nous disons : l'homme est lihre; donc, il est raisonnable, nous faisons une démonstration a posteriori, parce que Ui raison est le principe de la liberté.

I^'' Dans toutes les démonstrations il faut observer avec exactitude les règles posées plus haut, et, de cette \ manière, toute démonstration sera l'expression (hui- •] ticme leçon) du principe de contradiction qui est le critérium de vérité.

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