‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 18 sur 90 · QUINZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

QUINZIÈME LEÇON

Nous avons résolu ^^deuxième leçon) de suivre la division des sciences qui répond aux différentes espèces d^abstractions. En effet, comme nous le verrons, en traitant de l'homme, toute connaissance humaine naît àe la connaissance des choses corporelles; si donc nous voulons avoir une vraie science , nous devons faire abstraction de la matérialité des choses et de leur individualité. L'abstraction, par excellence, est celle qui ne considère nullement la matière, mais qui indique tout ce qui, en dehors de la matière^ peut se retrouver dans l'être matériel comme dans l'être immatériel, ou dans l'être immatériel seulement ; de là, comme nous l'avons dit, deux parties dans la métaphysique : l'une, qui est la philosophie première, et l'autre qui traite des intelligences séparées et de Dieu. Quoique la métaphysique soit la plus parfaite et la plus élevée des sciences, il convient pourtant de ne pas la laisser toute entière pour la fin de la philosophie; tout en réservant pour cette place la partie la plus noble, il est bon d'exposer avant tout la philosophie première. Gomme cette dernière partie traite des objets qui ont la plus grande universalité et dont la connaissance est requise pour l'étude des autres parties de la philosophie, la raison demande qu'elle les précède. Du reste, nous avons adopté cette méthode synthétique parce qu'elle nous semble aussi plus avantageuse pour l'enseignement. Aussi S. Thomas disait -il : Omnibus scientiis prmmittiUir pMlosopMa fririia, in qua determinatur de his, qnœ sunt communia enti in quantum est ens {Phys.^ lect. L).

L'importance de la philosophie première vient précisément de ce qu'elle traite des notions les plus universelles, et qu'elle déduit de là les principes les plus généraux et les axiomes. Et, comme cette partie de la philosophie contient, pour ainsi dire, en germe, toutes les autres sciences, Aristote dit avec beaucoup de sagesse qu'une petite erreur admise dans le principe, c'est-à-dire dans la philosophie première, devient très-grande avec le développement de la science ; et si, de nos jours, nous voyons tant de traités scientifiques remplis d'erreurs, c'est que cette partie de la philosophie est trop négligée, et que les jugements et les défmitions générales des choses sont faits à la légère. Aussi tout homme judicieux sent l'importance de cette étude, et le zèle avec lequel il doit s'y livrer. Mais les choses qui sont ici exposées ne doivent pas être étudiées légèrement, et ne faire que passer dans l'esprit, et chacun doit s'appliquer cette parole de Dante {Par. V) : « Ouvre ton esprit à ce que je te révèle, et garde-le bien au-dedans de toi ; car ce n^'est pas de la science que d'avoir entendu et de n'avoir pas retenu (1). »

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