‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 25 sur 90 · VLNGT-ET-UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VLNGT-ET-UNIÈME LEÇON

Définition de la ^physique.

La 'physique (du grec cpuai? nature), (fest la science des corps naturels. Nous disons : l*' que c'est une science. En effet, la science est la connaissance certaine et évidente des choses par leurs causes. Or, telle sera pour nous la physique ; car, bien que l'autorité des savants soit digne de respect, elle ne doit cependant pas nous tenir lieu de démonstration ; et bien que^ dans la physique, on doive tenir grand compte de l'expérience certaine, néanmoins loin de nous contenter de recueillir des faits, nous devons, autant qu'il est en notre pouvoir, remonter aux causes qui, sans doute, échappent aux yeux du corps, mais qui ne sauraient se soustraire aux yeux de l'intelligence.

Nous disons : 2° que la physique est la science des corps. On peut donner du corps deux définitions. L^'une

îapabl

sens le corps se défmit : « La substance qui a les trois dimensions. » Mais, comme l'intelligence, ai)rès Vex})é-

(1) Que le lecteur sache bien qu'il en est de ce cours de philosophie comme d'un cours de géométrie : on ne peut absolument comprendre les choses qui suivent sans avoir bien compris celles qui précédent. Celui qui saule sans ordre d'un sujet à Taulre ne peut rien comprendre.

rience des sens, pénètre dans l'essence des choses, elle déduit sa définition : a) de ce qui convient toujours à tout corps et au corps seul, et, par conséquent, de ce qui le distingue de toute autre substance ; l) de ce qui est tellement inséparable du corps qu'il ne puisse exister ni même se concevoir sans le corps; et, par conséquent, ou doit définir le corps : Une substance composée de matière première et de forme substantielle; le premier mot indique le genre prochain, et les autres, la dernière différence. Les leçons suivantes nous démontreront la vérité de cette définition.

S"" C'est la science des corps naturels. Nous avons dit plus haut (onzième leçon), en parlant de la substance, que la nature c'est la substance considérée comme principe d'opération. Aussi l'on dit d'un corps qu'il est naturel, en tant qu'il se trouve en lui un principe d'opération. Mais ceci n'est pas suffisant, il faut encore admettre que ce principe opère par une nécessité dérivant de l'essence même de l'être. Par exemple, l'oiseau fait un beau nid sur un rameau : cette opération est naturelle. L'homme aussi fait avec ses mains un nid semblable à celui de l'oiseau : ce n'est pas une œuvre naturelle, c'est une œuvre d'art. En quoi consiste la différence ? L'oiseau ne serait-il qu'un instrument, et l'homme la cause principale? Aucunement, car Tun et l'autre, dans leur ordre respectif, sont causes principales. La différence consiste en ce que l'oiseau opère par nécessité de nature, et qu'il n'a pas en luimême la raison et l'exemplaire idéal de l'ordre qu'il met dans le nid^ tandis que l'homme a en lui cet exemplaire idéal. D'où l'on définit l'art : « La raison en tant que, pour agir, elle a les exemplaires de ses opérations, » et, dès lors, ces opérations ne sont pas nommées opérations naturelles, mais, opérations artificielles. Nous ne disons pas pour cela que l'oiseau, en ordonnant ainsi son œuvre, n'imite pas un archétype idéal ; il l'imite, mais sans le savoir; cet archétype est en dehors de lui, il n'est que dans l'esprit divin qui a fait l'oiseau et lui a donné une telle nature. Si, dans l'examen du corps naturel, nous faisions abstraction de son essence et de sa nature, et si nous ne considérions que sa

quantité, nous aurions le concept de ce qu'on appelle le corps mathématique (1).

Lorsque nous disons que la ]^hysiqi(e est la science des corps, nous n'avons pas pour but d'exclure de la physique tout ce qui n'est pas véritablement corps, nous voulons seulement indiquer que les corps en sont Yohjci pr me ipal; mais, pour que ce sujet soit traité d'une manière complète, il faut y adjoindre l'étude des choses qui s'y rapportent. Gomme, dès le principe, nous avons résolu de procéder par la méthode synthétique, nous parlerons d abord du corps naturel en général, et nous examinerons ensuite, les unes après les autres, les différentes espèces de substances corporelles. Du système qiCil faut suivre dans la physique. Si, par système, on entend non une simple hypothèse, mais cette méthode de raisonnement qui est fondéB sur la nature , c'est-à-dire sur l'être physique des choses, nous appellerons simplement ce système : système physique; cette appellation a bien l'inconvénient de n^ctre pas commune, mais^ d'autre part, elle offre l'avantage d'éloigner de nous les controverses historiques, et de faire entendre de suite que nous reconnaissons dans les corps ces deux principes qui, pris ensemble, portaient, chez les Grecs et chez les Latins, le nom de nature. Voici, en effet, ce que dit Gicéron en parlant de Platon et d'Arislote : « Ils parlaient de la nature de telle façon qu'ils la divisaient en deux choses : l'une de ces choses serait l'efficiente, l'autre serait assujettie comme sujet à la première pour être consliluée par elle quelque chose. Dans la première, ils reconnaissaient une force ; dans l'autre, ils reconnaissaient une certaine matière : mais ils les reconnaissaient toutes deux comme non séparées l'une de l'autre, ' Car, d'après eux, la matière ne pourrait rester dans certaines limites sans y être déterminée par une force,

Eas plus que cette force sans la matière : parce que icias chaque chose est limitée, ^lais ils donnaient au

(1) s. Tlionias ilit à ce propos : « Corpus dupliritor sumilur, scilirot malheinalico socunduni ijucd considcratur in oo sola qunntitas, ot nalinalilor soeim dupi ({uod considcratur in co matoria cl forma (S»i»>h., 1, 83. J. <>

composé de ces deux choses le nom de C07'ps (1). »■ Gicéron, qui avait sur l'essence des corps la même doctrine que nous, parle encore ailleurs dans le même sens

' de la nature. Il n^est pas nécessaire que nous dévelonpions ici la doctrine du grand orateur : il nous suffit d'avoir déterminé la signification du mot nature, car il

* résulte de là que le nom de système 'physique est telle-

. ment propre à notre système, qu'il ne peut convenir à

'' aucun autre système.

La doctrine que nous professons touchant l'essence des substances corporelles, lorsque nous affirmons qu'elles sont un composé de matière ])remière et de forme substantielle, c'est celle que les modernes désignent sous le nom de système scolastique, bien qu'il n'ait pas été inventé, mais seulement adopté par les théologiens scolastiques. S. Thomas d'Aquin et d'autres docteurs scolastiques éminents ont déduit de cette doctrine les principes auxquels Pie IX fait allusion dans laXIIP proposition du SyTlahus (2). En effet, bien que cette doctrine de 7^ matière "première et de la forme substantielle ait, à plusieurs reprises, reçu des approbations indirectes du Saint-Siège (comme nous le verrons dans la soixantième leçon), cependant, jamais elle n'avait été directement encouragée, ou du moins- aussi explicitement, qu'elle Fa été par Pie IX, glorieusement régnant.

(1) « De natura autem ita dicebant, ut eam dividerent in res duas, ut altéra esset efficiens, altéra, quasi huic se prœbens, ea, quae efficeretur aliquid. In eo quod efficeret, vim esse censebant : in eo autem quod efficeretur, materiam quamdam : in utroque tamen ulrumque. Neque enim materiam ipsam coalescere potuisse, si nulla vi contineretur, neque vis sine aliqua materia. Nihil est enim quod non alicubi esse cogatur. Sed quod ex utroque, id jam corpus nominabant [Acad., 1, 6). » C'est dans ce sens que l'on doit entendre les deux passages de Cicéron où il parle de deux principes. Voici le premier passage : « Tarn vero physica si Epicurum et Democritum probarem, possem scribere ita plane ut Amafanius. Quid est enim magnum quum causas rerum efficientium sustuleris, de corpusculorum, ita enim appellat atomos, concursione fortuita loqui? Nostra tu physica nosti, quœ continenfur ex effectione et ex materia ea quam format et fingit effectio {Acad., ^j 2). » L'autre passage est celui-ci : Epicurus autem in quibus sequitur Democritum non fere labitur : quamquam utriusque quum multa non probe, tum illud in primis quod quum in rerum natura duo quserenda sunt, unum quod materia sit ex qua quœque res efficiatur, alterum quœ vis sit quœ quidquid efficiat : de materia disseruerunt, vim et causam effîciendi reliquerunt. Sed hoc commune vitium (I De Finib., xviii). »

(2) Methodus et principia quibus antiqui doctores scolastici theologiam excoluerunt, temporum nostrorum necessitatibus scientiarumque progressui minime congruunt {SylL, prop. xiij.

Un jour que j'étais au Vatican, aux pieds de Sa Sainteté, avec le savant Travaglini, fondateur de V Académie 'philosopMco-médicaïe, et avec plusieurs membres de cette Académie, le grand Pontife traita d'insensée la proposition de celui qui avait dit que si S. Thomas vivait maintenant, il changerait les prindj/es de sa doctrine, et il affirma que les principes sont immuables et que les applications seules peuvent changer ou se multiplier; non content de cela, il publia un document mémorable, qui est un éloge direct et explicite de la doctrine de la matière première et de la forme substantielle. Le lecteur nous permettra de reproduire ce document, qui est d'une haute importance, et qui devrait suffire à des catholiques pour les faire adhérer à cette union scientifique qui est la source du véritable progrès.

A Notre Bien-aimé Fils

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