‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 33 sur 90 · VINGT-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME LEÇON

Le système physique et la chimie.

Accord du système exposé plus haut avec la chinùe moderne,

La chimie a pour objet principal les changements des substances corporelles : elle prend le nom de chimie inorganique, si ces substances ne sont pas vivantes ; celui de chimie or|:^anique, si elles sont vivantes. Son objet est de déterminer : a) quelles sont les substances élémentaires qui concourent à la formation d'une substance composée,'; h) dans quelles conditions se fait soit la composition, soit la décomposition des substances; c) enfin, quelles sont les opérations et les propriétés

Neir ordine cir io dico sono accline

Tultc nature, per diverse sorti

Più al principio loro e nien vicine ; Onde si muovono a diversi porti

Per lo gran mar dall' essere, e ciascuna

Con islinto a lei dato clie la porti... ... col volto di riso dipinto,

Si tacque Béatrice, riguardando

Fiso nel i)unto che m' avea vinto, Poi comincio : Io dico e non diniando,

Quel elle lu vuoi udir; perch' io P ho vibito

Ove s' appunta ogni ubi ed ogni quamlo. Non per avère a se di bcne acquisto,

Ch' csser non puô ; ma perche suo splendorc

Potcsse risplendendo dir : Sussisto, In sua ctcrnità di tempo fuorc,

Fuor d' ogni altro coraprender, coni' ei piacque,

S' aperse in nuovi amor P otcrno amore. Ne prima quasi torpente si giacque;

Che ne prima ne poscia procedotle

Lo discorrer di Dio sopra qucst' acquc. Forma e materia congiunto e purctte

Usciro ad atto che non avea l'allo,

Corne d' arco tricorde tre saetle :

E corne in vctro, in ambra ed in crislallo

Raggio riï-plende si che del venire

AlP esser lutto non è intcrvallo ; Cosi il iriforme eflctto dal suo Sire

NelP esscr suo raggiù insieme lutto,

t^enza dislinzion nolP csordire.

Concrcalo fu ordine e coslrutto

Aile soslanze, e quelle furon cima

Ncl monde in che puro allô fu produtlo. Pura potenzia slrinse la parle ima, Nel mozzo slrinsc potenzia con alto

Tal vimc che giammai non si divima.

soit des substances élémentaires, soit des substances composées. Or, nos études se renfermant dans la sphère des essences, il est clair que la chimie se tient en dehors de cette sphère, et, par conséquent, ne peut être en opposition avec nous, qui ne mettons en doute aucune des expériences affirmées par la chimie. D'ailleurs, autant il est certain que le vrai ne peut contredire le vrai, mais seulement le faux, autant il est impossible que les déductions logiques de la raison soient contraires aux données certaines de l'expérience ; donc, le système physique dans sa doctrine vsur les changements substantiels des corps, ne peut être contraire aux données expérimentales de la chimie. Nous affirmons qu'il n'est pas contraire aux faits, sans affirmer pourtant qu'il ne puisse être contraire à certaines théories non prouvées par les faits et créées par l'imagination de certains chimistes. Dans la physique générale nous considérerons seulement ses rapports avec la chimie, nous réservant d'appliquer notre système physique aux autres parties de la physique spéciale, à mesure que nous en traiterons.

Conclusion. — Le système j^hysique est d'accord avec la cliimie.

Cet accord sera parfait, si, sans. être obflgé d'abandonner un seul de nos principes, nous pouvons admettre toutes les doctrines fondamentales de la chimie; or :

1'^. La chimie reconnaît des substances élémentaires et des substances composées, qui diffèrent essentiellement des mélanges et des agrégations. C'est là notre doctrine, et nous appelons, avec les chimistes,

a) Substance élémentaire, celle qui ne peut se résoudre en d' autres substances que la sienne propre, et qui, comdinée avec uue autre substance élémentaire, donne une siihstance chimiquement composée. C'est pourquoi l'élément, suivant Aristote, est un corps qui se trouve le premier dans la synthèse, et le dernier dans V analyse d'autres corps. Dans le système physique, le philosophe raisonne ainsi : En fait, il y a des substances qui se décomposent ; donc, il doit y avoir des premiers composants, puisque la décomposition à l'infini répugne. De plus, il dit : Deux substances, égales dans la nature,

lie peuvent donner, par leur union, une substance de nature diverse, puisque Teffet ne peut être supérieur à la cause; donc, les espèces des substances élémentaires sont numériquement plusieurs. De savoir quel en est le nombre exact, le philosophe n'a point à s'en occuper, puisque c'est une affaire d'expérience ; il en laisse la recherche au chimiste, qui, d'après ses expériences, croit pouvoir en indiquer près de soixante-dix.

l) Nous appelons encore, avec les chimistes, substance composée, celle qui résulte de V union de deux sulstances élémentaires. Toutefois, si ces substances élémentaires ne faisaient que se rapprocher entre elles, en conservant chacune sa nature propre, et, par conséquent, son mode naturel d'opération, il n'y aurait là qu'une juxtaposition, ou une simple agrégation des substances élémentaires, bien que Toeil n'y découvrît qu'un seul corps. Par exemple, si nous versons du vin dans de l'eau, nous avons une agrégation, mais non pas une substance composée. De même, dans une cloche de verre, nous pouvons recueillir une quantité d'oxygène suffisante pour former quelques gouttes d'eau, mais ce ne sera qu'un mélange avant l'explosion de l'étincelle, qui, altérant ces deux substances, en détermine l'union et le changement de nature. C'est pourquoi, disons-nous avec les chimistes, il y aura substance ou nature composée, alors que les opérations se manifesteront diverses de celles des éléments composants; et cela, nous le dirons avec raison, puisque : Operatio sequitur esse, et de la diversité des opérations, qui sont les effets (vingtième et vingt-et-unième leçons), nous pouvons et devons inférer la diversité de la cause qui est la nature. La détermination des cas où naît une substance diverse, n'appartient pas au philosophe, mais au chimiste.

2°. La chimie admet qu'il y a entre diverses substances une affinité. Que veut dire ce mot? Il signifie la proportion qu'ont entre elles des suhstances élémentaires à une mutuelle union cMmique, pour constituer une substance composée. Cette affinité doit absolument exister en elles; autrement Tunion et la production de noiir elles substances serait impossible. Or,

208 PHILOSOPHIE scolastique;

a) Quand nous disons que les substances élémentaires qui concourent à la production d'une substance com- '^ posée, doivent être de diverse nature, nous sommes, par ^■ là même, contraints de dire qu'il ne peut y avoir d'affinité chimique entre les substances élémentaires de même nature.

h) Lorsqu'une substance élémentaire a de l'affinité avec plusieurs substances de nature diverse, ce ne sera pas une raison de dire que celle-là a pour toutes celles-ci la même affinité, mais elle pourra en avoir une différente.

c) Puisque nous admettons le changement accidentel ou l'altération, il est clair que^ en raison de cette altération, une même substance peut se montrer plus ou moins apte à entrer en combinaison avec la substance pour laquelle elle a de l'affinité.

cl) Enfin, comme nous rejetons V action à distance (en temps et lieu, nous en montrerons l'absurdité), et que, suivant nous, la substance composée doit être le résultat de l'union 'physique et immédiate des éléments, nous devrons dire que l'affinité n'aura pas d'efifet à distance, et, par conséquent, un corps solide ne pourra se combiner qu'à sa surface, avec une autre substance : c'est pourquoi l'état liquide et l'état gazeux devront être les plus propres aux changements substantiels, parce que, dans ces états, les substances peuvent facilement se mêler et se confondre^ et ainsi se trouver dans une position favorable à l'union chimique. Or, ces quatre points de doctrine que nous professons, loin de les rejeter, la chimie les confirme par des faits innombrables, et les soumet à des lois déterminées; donc, en tout cela, le système physique marche en parfait accord avec la cîfrimie.

3^ La chimie admet que, pour se changer, les substances qui ont de l'affinité entre elles, doivent être unies en certaines proportions déterminées de poids et de volume. Et nous, philosophicjuement, nous déduisons la même condition des principes du système physiqîœ. €ar, si le changement substantiel de deux substances eomposantes, par exemple, l'hydrogène et l'oxygène, donne naissance à la forme substantielle de l'eau, l'effet

produit doit venir, non-seulement, de rétincelle électrique, mais encore et de la quantité des deux éléments, et de leur mutuelle action, et de Tintensité de leurs forces. Donc, si vous ôtez ces proportions déterminées, ou bien le changement n'aura pas lieu, ou bien il aura lieu d'une manière diverse : par suite, ou bien nous n'aurons pas la production d'une nouvelle substance, ou bien nous n'aurons pas la substance qui eût été produite en d'autres proportions. '

4°. La chimie reconnaît dans la combinaison chimique, d'où naît un changement substantiel, ce qu'on nomme le dualisme chimique, qui est une sorte de loi naturelle, en vertu de laquelle cette combinaison ne peut avoir lieu immédiatement que entre deux substances élémentaires : c'est pour cela qu'on l'appelle combinaison binaire. Si les substances élémentaires étaient toutes de même nature, et si, par suite, il n'y avait pas changement substantiel, on ne saurait, à la vérité, trouver une raison solide pour démontrer la nécessité de cette loi ; mais, quand on admet la diversité que nous reconnaissons entre l^s substances élémentaires, ainsi que le changement de leur être substantiel, cette loi devient comme un corollaire obligé. En effet, s'il y avait union, par exemple, d'une substance a avec une substance J, et en môme temps, avec une autre c, il est clair que de l'union avec h, résulterait une substance diverse de celle qui résulterait de l'union avec c; et, par conséquent, de trois substances élémentaires, il résulterait dans le même instant non pas une, mais deux substances, en vertu non pas d'une, mais de deux combinaisons chimiques. Mais, si la première substance a s'étant combinée avec h, avait formé la substance e, cette même substance e, qui n'en est plus qu'une seule, peut fort bien se combiner immédiatement avec une autre substance élémentaire c, et, gardant ainsi la loi du dualisme, donner une autre substance, comme le montre l'expérience.

5"*. La chimie nous propose la loi des multiples ; et, dans notre système, cette loi trouve une légitime explication. Il est clair que si, par exemple, sous le rapport du poids, la proportion d'hydrogène et d'oxygone,

Corn. Piiil. Scol. — 14

qui produit Teau, doit être comme 1 : 8, il y aura également production d'eau, si la proportion est comme 10 : 80, ou comme 1 000 : 8 000, etc. Mais, si Tune des substances n'augmente pas, et que l'autre augmente, nous admettons sans hésiter que, lorsque s'effectuera la cornlinaison complète, la substance produite ne sera pas

pi,

produire un effet divers. C'est même un fait si évident que des substances produites par les mêmes éléments, mais en proportions diverses, sont d'une nature trèsdiverse : si bien que, souvent l'une est salutaire, l'autre est un poison violent.

6** La chimie nous propose la doctrine des équivalents chimiques. Or, cette doctrine peut-elle être contraire au changement des substances ? Qui l'affirmerait, ne saurait pas, il nous semble, en quoi consiste cette doctrine. En effet, les équivalents chimiques, pour employer les expressions des auteurs les plus estimés en cette matière, sont les plus faibles quantités (sous le rapport du poids) dans lesquelles les substances puissent entrer chimiquement en union mutuelle, comparées avec les plus petites quantités oii entrent en composition l'hydrogène et l'oxygène, savoir : H : 0 = 1 : 8. L'hydrogène est pris comme unité de mesure dans le poids, parce que, généralement parlant, dans les combinaisons des autres substances, ce sont les multiples de Vhydrogène qui entrent en union : d'où le nom de IJoids atomiques donné aux équivalents chimiques. Ce qui signifie tout simplement que, en chimie, on considère hypothétiquement (sans fondement réel) tout l'hydrogène qui entre en composition avec l'oxygène, comme une collection d'atomes dont chacun est ime substance d'hydrogène : et l'on peut dire la même chose des autres substances que Ton compare à l'hydrogène. On peut admettre cette hypothèse. Mais celui qui raisonnerait ainsi : Les poids auxquels entrent en combinaison les autres substances, sont multiples du poids de l'hydrogène; donc, l'hydrogène est l'unique substance, dont les atomes, diversement rew^iw^donnent

toutes les autres substances, et, par suite, Thydrogène peut leur être substitué et produire les mêmes composés que ces substances auraient produits : celui-là, dis-je, ferait preuve de connaître bien peu la chimie et beaucoup moins encore la logique, puisqu'il confond le poids des corps avec leur nature.

L'usage s'est introduit dans les cours de chimie de dire quelques mots sur la théorie de Vatomisme chimique; or, cette théorie, tant qu'elle s'appuie sur l'expérience, se confond avec les équivalents chimiques et ne nous contredit en rien. Mais, si l'on dit qu'elle doit s'entendre en ce sens que tous les corps soient des agrégats d'atomes de la même nature et qu'il n'y a pas diversité intrinsèque de substance ni vrai changement substantiel, nous affirmerons que c'est là une hypothèse tout imaginaire , qui n'a aucun fondement dans la chimie , et qui est incompatible avec l'explication scientifique ^f^ /«?Ï5. La chimie vraie est inexplicable dans l'hypothèse de l'unité de substance, suite naturelle de l'hypothèse malentendue del'atomisme.

On nous dira : N'est-il pas vrai que l'analyse chimique donne les mêmes éléments, qui étaient nécessaires à (a synthèse chimique? Sans aucun doute. Donc, reprend-on, après la synthèse chimique, les atomes sont demeurés, dans le composé, tels que dans leurs premières natures ils se trouvaient unis ensemble. Ici pèche la conséquence, car la diversité des opérations démontre, au contraire, que dans la combinaison chimique leur nature s'est changée. Pour établir la conséquence que nous avons niée, il faudrait que l'expérience se fit sur les éléments ou atomes, pendant qu'ils sont combinés, et qu'elle nous montrât que, dans le composé, ils demeurent tels qu'ils étaient auparavant, en les considérant soit en eux-mêmes, soit aans leurs opérations spécifiques. Mais cette expérience n'a jamais eu lieu, et ne pourra jamais se faire. La chimie vraie n'exige pas autre chose que cette existence virtuelle des éléments dans le composé chimique : théorie que nous avons déjà défendue et démontrée (vingt-cinquième leoon).

Pour confirmer ce que nous avons dit plus haut sur

la théorie dite atomique, nous sommes heureux d'apporter le témoignage d'hommes très-compétents dans les sciences chimiques, qui n'ont jamais arrêté leur pensée au système physique que nous proposons. Voici ce que dit Regnault : « Nous pouvons conclure que la théorie atomique repose sur des hypothèses gratuites, et qu'elle ne contient rien d'exact, sinon ce qu'elle emprunte à la théorie des équivalents, sans ofiPrir sur ces derniers aucun avantage. >) (Elém. de chimie, n° 709). Le docteur Ettingshausen avait déjà dit : « Mais quand deux substances A et B se combinent dans le rapport de ^ : h, il est bien vrai que ces deux sommes d'atomes de A et de B, qui entrent dans un atome du composé A B, doivent demeurer entre eux en ce même rapport de ^oids, mais, de là on ne déduit pas en quel nombre les atomes des substances composantes doivent entrer pour former un atome composé. Si donc nous voulons déterminer quelque chose sur ce point, nous nous trouverons lancés dans le champ dés simples conjectures. Par bonheur, les équivalents que l'on obtient indépendamment de tout mode hypothé- , tique de considérer V essence dhme combinaison cMmiquéi suffisent pleinement à la science (Pliys., chap. 252.). )>j Sur quoi le professeur Ambrosoli,dans une note, ajoute \\ « Plusieurs chimistes emploient l'expression de poida atomistique comme synonyme d'équivalent; mais il vaut mieux bannir complètement de la science ce nomi inutile. » Enfin, voici un passage de l'illustre Jamin ^ {Cours de physique. Introduction), que nous voudrions voir servir de règle à ceux qui abusent de la physique expérimentale pour attaquer à tort la physique rationelle et philosophique. « Du moment que nous ne pouvons rien savoir a p)rio)H du monde physique, il nous faut renoncer absolument à Thabitude, trop commune parmi nous, d'accueillir, à titre d'explications, des hypothèses dont la seule possibilité s'offre à notre esprit; et nous devons observer invariablement la règle d'étudier les phénomènes tels que nous les voyons se produire^ sans nous mettre à deviner les causes qui les déterminent. Ce genre , d'étude n'est autre chose qu'un examen scrupuleux des faits au-

quel nous donnons le nom d'expérience ; et c'est précisément pour professer la nécessité d'agir ainsi, que nous appelons les sciences physiques, sciences expérimentales. » Si ce précepte judicieux avait été suivi par quelques-uns de nos modernes savants, ils n'auraient pas gâté leurs traités de physique par un matérialisme pernicieux, et la jeunesse, docile à leurs leçons, n'aurait

! pas, avec une science très-superficielle, reçu un poison

j meurtrier.

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