VINGT-NEUVIÈME LEÇON
Examen du système mécanique.
Dans les trois manières différentes sous lesquelles on propose le système mécanique, nous devons considérer : ]!" ce qui leur est commun, et ce par quoi elles appar- Jtiennent toutes à ce système; 2'' ce qui est propre à chacune d'elles. Ce qui leur est commun c'est : a) de ne connaître dans les atomes ou substances composantes autre chose que Vextension ou virtuelle ou formelle, et la résistmice ; h) de nier qu'ils aient dans leur essence physique puissance et acte ou matière et forme, et, par suite, de nier toute diversité substantielle ou tout changement substantiel, en ramenant tous les phénomènes de la nature à un pur échange de mouvement mécanique.
Le propre de la première forme sous laquelle se présente le système mécanique, c'est de regarder comme essentiel à l'atome l'extension et la résistance; celui de la seconde est de ne reconnaître dans les atomes d'autre réalité, que d'être des points ou pars centres de mouvement ; celui de la troisième est de nier aux substances corporelles une extension formelle tout en leur concédant seulement une extension virtuelle. Telles sont leurs propriétés principales ; ici , nous laissons de côté les différences moins importantes.. Nous ne considérons pas, pour le moment, ce qui est propre à chacune des trois manières sous lesquelles se présente le système mécanique, et, ne nous occupant que de ce qui leur est commun, nous proposons les conclusions suivantes :
Conclusion P^ — Le système mécanique ne peut être érigé en thèse.
Thèse signifie conclusion vraie et certaine, immé- , diatement ou médiatement évidente. Or, personne ne ! prétendra que le système mécanique est immédiate- * ment évident ; peut-on même dire qu'il le soit médiatement? Sur quelle démonstration s'appuie-t-il ? La première preuve que l'on apporte vulgairement.
-c'est le témoignage de personnes, très-savantes dans les sciences naturelles, qui, de nos jours, soutiennent le système mécanique. Or, cette preuve ne nous parait d'aucun poids. Nous estimons et honorons profondement les savants et les sciences naturelles de nos jours. Mais, tandis que nous admirons les soins infinis qu'ils mettent à recueillir les faits, à les coordonner, •à appliquer les forces de la nature aux progrès matériels de la société, nous ne pouvons nous empêcher de voir qu'ils s'occupent peu ou point de l'essence des choses, et laissent à la pnilosophie spéculative la pleine liberté d'en traiter. Si quelques-uns d'entre eux établissent des doctrines qui aient quelque relation à l'essence des choses, ils n'ont pas intention de les donner <iomme certaines, mais ils les proposent comme des hypothèses utiles à expliquer, en quelque sorte, les phénomènes de la nature. Quoi qu'il en soit, de môme qxCen 'philosophie on ne doit pas admettre comme argument démonstratif Y diMionié des Platon, des Aristote, des Thomas d'Aquin, des Bellarmin, des Suarez, des Leibnitz et de tant d'autres génies, ainsi doit-il en être de l'autorité de qui que ce soit parmi les modernes : et Vijpse dixit ne peut ici être de mise.
Laissons de côté l'autorité : nous trouvons pour seconde preuve l'argument d'exclusion. On doit rejeter, dit-on, tous les autres systèmes comme faux ; donc, il ne reste plus que le système mécanique à embrasser. Nous ne prenons pas certes le patronage des autres systèmes, mais nous disons simplement que Von n'a jamais démontré et Von ne pourra jamais démontrer comme fausse, la doctrine de la diversité et du changement des siilstances ; doctrine qui conduit, par une conséquence logique et nécessaire, à reconnaître en elles deux principes de puissance et d'acte owdernatil're et de forme; or, telle est l'essence du système physique.
La diversité et le changement des substances ont été crus et le sont encore généralement par tout le genre humain, et il n^'est personne qui ne soit ébahi d'entendre dire que, en réalité, l'arsenic est absolument la même substance que la chair, et l'eau, la morne substance que le fer. Les savants, eux-mêmes, sont con-
traints de parler et de penser comme nous ; avant donc de se mettre en quête de nouveaux systèmes, ils auraient dû démontrer la fausseté de cette croyance universelle par rapport à la diversité et au changement des substances.
Pour troisième preuve, on rapporte la composition et la décomposition chimique : en effet, celle-ci donne le& mêmes éléments qui ont concouru à former celle-là. Mais, de là, suit-il logiquement que, dans le composé, les atomes soient absolument tels qu'ils étaient avant la décomposition? Nous avons démontré que non.
La quatrième preuve se tire de ce qu^on observe dans la nature corporelle que tout phénomène s'effectue avec mouvement. Mais, de là, peut-on conclure : donc, il n'y a que des atomes qui, intrinsèquement, ne changent point, et un mouvement simplement mécanique ? Non ; toutes les forces ou énergies actives ou passives, liées à la matière, ne peuvent avoir d'action ou de passion sans mouvement : cela est très-vrai. Mais, de là, comment tirez-vous cette nouvelle conclusion : toutes les actions et les passions ne sont autre chose qu'un échange de mouvement? Un atome d'hydrogène, par exemple, ne peut agir sur un atome d'oxygène s'ils ne se rapprochent par un vrai mouvement local : mais, une fois rapproches, comment prouve-t-on qu'ils ne font que se choquer, qu'il n'y a pas entre eux d'autre opération, d'autre communication de forces ? Or, nous ne sommes aucunement disposé à admettre une opinion si étrange, qui s'oppose au bon sens général et à de très-puissantes raisons, sans apporter à l'appui aucune preuve véritable.
Conclusion IP. — Le système mécanique ne peut être adopté comme hypothèse.
Une hypothèse 1^ ne doit avoir en soi rien d'absurde, 2^ ne doit pas être contraire aux faits pour l'explication desquelles on l'emploie. Or, le système mécanique manque par ces deux côtés. Pour le montrer, rappelons, en passant, quelques points des différentes sciences.
La chimie a) ne peut rien faire sans des éléments de natiire diverse : au contraire, avec la' marche des
années et du progrès scientifique, le nombre des espèces élémentaires s'est toujours accru, et jamais n'a diminué. Or, le système mécanique suppose que les atomes sont tous de môme nature, h) Elle reconnaît des affinités chimiques entre des éléments de nature diverse, mais non pas en tous ni pour tous. Au contraire, dans le système mécanique, les atomes étant égaux, et mus à se rapprocher seulement par une impulsion extrinsèque, les affinités chimiques ne peuvent plus avoir lieu. Dirions-nous qu'une pierre a de l'affinité pour la tête de quelqu'un, parce que, lancée par une impulsion extrinsèque, elle va le frapper au front? c) La chimie admet que des substances composées de même nature ne peuvent être produites ni par tous les éléments, ni dans toutes les proportions, et qu'elles se décomposent en ces éléments-là seuls qui sont entrés dans la composition. Or , dans le système mécanique , tous les atomes étant égaux, il n'y a plus de fondement pour cette loi très-constante, d) La chimie admet que les opérations sont diverses soit dans les éléments de diverses espèces, soit dans les divers composés. Mais, dans le système mécanique, tout se réduisant à des chocs, il ne peut y avoir de variété que en plus ou en moins. Et si nous faisons abstraction du sujet dont il traite, Dante, au chant IP du Paradis exprime pleinement cette vérité dans les vers suivants où il déclare que des forces opposées ne peuvent sortir d'atomes de môme nature plus ou moins rapprochés entre eux, mais bien de divers principes formels,
« Si cet effet n'était produit que par la plus ou moins grande densité des corps, il n'y aurait en tout qu'une .seule et môme force également distribuée. ) « Leurs qualités diverses demandent nécessairement différents principes formels, et ces principes, excepté un^ seraient détruits par ton raisonnement (1).
e) La chimie dit que les substances sont produites
(1) Se raro e denso ciô faccssor tanto, Una sola virlù sarcbbe in tutti Più 0 mon disiributa ed altrctianto, Virlù diverse esscr convcngon frulli
Di principii forniali, e quoi fuorcli' uno, Scguii-'riono a tua ragion, dislrulli.
par de vraies attractions et opérations mutuelles, suivant la nature diverse des éléments. Mais, dans le système mécanique, il n'y a en réalité que le hasard, qui préside aux chocs des atomes pour produire les différents corps. Et, en effet, les seules impulsions extrinsèques devraient retenir toujours les atomes dans ces agrégations. Ainsi, par exemple, une goutte d'eau doit se former parce que les mêmes atomes que ceux dont For est formé, sont poussés par d'autres atomes à former tel agrégat ou sphérique ou pyramidal (ou que sais-je encore?) lequel agrégat soit de l'eau, mais puisqu'ils sont réunis seulement par des chocs externes, ils en ont encore besoin pour se conserver dans la position et le mouvement nécessaire ; autrement, l'eau cesserai d'être telle à l'instant même. Et, d'ailleurs, pouvons-nous concéder que le hasard préside à la formation et la conservation de toutes les substances? Nullement. De recourir après cela à une impulsion donnée par Dieu aux atomes, si on l'entend d'une action médiate et primitive, cela ne suffit pas ; si on l'entend d'une action immédiate et présente, cela n'est pas philosophique, puisque c'est dépouiller les causes secondes de toute vraie activité.
La physique expérimentale ne peut se contenter du système mécanique. N'admettre que des chocs externes dans les atomes semble, en effet, répugner aux lois, suivant lesquelles se déploient les forces de cohésion, d'attraction moléculaire, d'élasticité, d'attraction universelle. Otons des corps toute véritable énergie et force intrinsèque ; comment expliquerons-nous les phénomènes de la nature? Par exemple, prenez une lame d'acier et pliez-la : si les atomes, dont on la dit composée, eussent été contraints par des chocs externes à se tenir réunis par le fait même d'une force majeure, qui les sépare un instant, ils ne devraient plus se rapprocher sans l'intervention de nouveaux chocs, qu'il serait ridicule d'imaginer à plaisir pour chaque moment sans en indiquer aucune cause probable.
Prenez un corps doué de propriétés attractives, et nn autre corps qui en soit attiré de tous les côtés de sa .surface. Soraient-ce, par hasard, les chocs des atomes
PHYSIQUE RATIONNELLE. 22o
voisins qui poussent l'un à l'autre? Et pourquoi n'y poussent-ils pas un autre corps? Mais, quand même ils le pousseraient, ce serait dans une direction déterminée, par exemple, de droite k gauche. Et pourtant, si je place à gauche le corps attiré, il ne laisse pas d'aller vers le corps attirant! Ah ! direz-vous, il y a des courants d'atomes qui tourbillonnent autour de l'aimant. Et moi, je vous réponds : N'oubliez pas, s'il vous plaît, qu'il faut une cause qui fasse ainsi tourner en cercle les atomes, une cause qui conserve en eux ce mouvement malgré le contact continuel des autres corps, puisque, souvent, par un seul contact, les corps perdent la direction de leur mouvement, et le mouvement même peut cesser tout à fait, quand^ par exemple, des atomes égaux se choquent à leur centre dans des directions opposées. Ensuite, n'oublions pas qu'un mouvement circulaire exige une force instantanée et une force continuelle ; or, d'oii cette dernière peut-elle venir?
D'ailleurs, un pareil mouvement nous semble une vraie contradiction, puisqu'il devrait se faire non dans une seule zone sphérique d'atomes, mais de tous côtés à l'entour, et que, par suite, il y aurait un choc continuel des atomes eux-mêmes dans leurs diverses et contraires directions.
De plus, si l'on supposait que le mouvement rotatoire au corps central attractif fit tourner les atomes autour de son axe, entre tant d'absurdités que semble entraîner avec soi une telle hypothèse, il faudrait noter encore que les corps circonvoisins, au lieu de se diriger vers le corps attirant, en seraient rejetés au loin, comme le dit Dante {Paradis, XIV).
«Suivant qu'elle est refoulée du milieu ou du dehors, Tcau d'un vase sphérique se meut du centre à la circonférence ou de la circonférence au centre (1). »
Mais voici un autre fait. Le pendule se penche dans ses oscillations vers une montagne, quand de l'autre côté il n'y a pas de montagne.
Est-ce parce qu'il y a dans la direction de la mon-
(1) l)<il centra al cerchio, c si diil c.crcliio al ccn'.ro Muovosi r acqua in un rilomlo vaso, Secundo clf o porcossa fuori o deulro.
Conx. PiiiL. ScoL. — 15
22G PHILOSOPHIE SGOLASTIQUE.
tagne un courant d'atomes qui pousse le pendule? Mais si le mont était d'un côté opposé, le pendule se dirigerait de ce côté. Et puis, dans cette hypothèse, le pendule devrait se tourner également vers le mont, qu'il soit plein ou qu'il soit vide; or, quand il est vide, rinclinaison du pendule n'est pas la même, comme le démontrent les expériences faites |)ar Gavendisch.
Rappelons encore ici que, soumis à l'analyse, le fait de la pesanteur terrestre (disons même de la gravitation uiverselle), qui consiste en ce que, de toutes les parties de la périphérie, les corps se dirigent au même centre^ ce fait, dis-je, semble non-seulement inexplicable, mais impossible dans le système mécanique. En effet, suivant ce système, le phénomène doit être attribué à des tourbillons mystérieux dont on chercherait en vain une cause, et qui paraissent devoir être contraires dans leurs mouvements, comme nous le disions en parlant d'un corps qui attire d'autres corps circonvoisins.
Si l'on considère la raréfaction des corps dans le système mécanique, ce phénomène sera dû à la plus grande distance mutuelle des atomes. Mais, sans parler de tant d'autres énormes difficultés, nous ne parlerons que de l'impossibilité de la transmission de la lumière dans les espaces éthérés. En effet, a) en vertu des principes du système mécanique, on doit admettre que les atomes de l'éther très-raréfié sont entre eux trèséloignés, si l'on compare leur distance à leur diamètre : 1)) de plus, on admet sans doute l'opinion commune, qui est que la propagation de la lumière se fait non par émission, mais par ondulation ou oscillation des atomes dans des plans parallèles entre eux. Ceci étant admis, vous serez contraint d'admettre, ou le choc des atomes à une vraie distance, ou l'impossibilité absolue de la communication réciproque du mouvement vibratoire entre les atomes. Or, l'action à distance répugne absolument; donc, cette communication est absolument impossible dans le système mécanique.
Si l'on observe la nature entière, on est contraint par la voix du sens commun, autant que par la raison, de dire que les atomes inertes, créés et mis en meuve-
ment d'abord par Dieu, ou bien, comme le veulent certains matérialistes, môme parmi les modernes, les atomes éternels, poussés par hasard et tourbillonnant dans le vide^ ne suffisent pas à rendre compte de tout. En cette opinion-là, comme il ne peut y avoir autre chose qu'échange de mouvement mécanique, la quantité du mouvement {produit de la masse par la vitesse) devrait constamment demeurer la môme. Mais, au contraire, en combien de cas ne peut-elle demeurer dans le môme état?
Faisons une hypothèse : on remplit de coton fulminant une caverne très-profonde dans une montagne. Avec une étincelle nous y mettons le feu, et, en vertu de Texplosion, d'énormes quartiers de roche sautent en Tair, la terre tremble à une grande distance, Tatmosphcre est agitée et une immense chaleur s'est développée. Dans le système mécanique, il faudrait dire que le produit de la masse de toute la substance corporelle, que nous appelons coton-poudre, par sa vitesse^ égale le produit de la masse par la vitesse de toute la matière qui est en combustion au moment de V explosion, de la terre qui tremble, des rochers qui sont ébranlés, de l'atmosphère qui s'agite et de toutes les substances échauffées, puisque, dans le système mécanique, la chaleur se produit seulement r/rec le mouvement, et môme n'est qu'un pur mouvement. Qui voudra souscrire une pareille équation ? Il faudrait imaginer dans le coton-poudre d'invisibles, d'infinis tourbillons d'une vitesse inimaginable, un mouvement d'une impétuosité absolument incroyable, et néanmoins cachée. D'ailleurs, après cette fiction, qu'aurions-nous obtenu ? Rien du tout; car en s'appuyant au sol et aux parois de la caverne, le coton-poudre ou plutôt les mystérieux courants qui s'y cachent, auraient dû, en peu de temps, perdre leur mouvement, en le communiquant aux corps avec lesquels ils sont médiatement ou immédiatement ^n contact. On ne peut se tirer de cet argument sans admettre l'une de ces deux absurdités : ou que la communication du mouvement mécanique ne se fait pas par le contact, ou bien que les atomes demeurent séparés entre eux et se choquent à distance, et que
tantôt ils communiquent, tantôt ils ne communiquent pas le mouvement aux autres corps, sans autre règle que le bon plaisir des mécanistes.
Pour un partisan du système mécanique qui admet les atomes intrinsèquement immuables sous l'action des forces physiques, tout est mystère, puisque,- dans l'explication des phénomènes, quand vient le nœud de la difficulté, il ne- le tranche que par des phrases vides de sens. Si vous lui demandez, par exemple^ pourquoi un ballon ou un nuage s'élève dans les airs, il vous dira bien que c'est 'par la j^lns grande dilatation des substances renfermées dans le ballon ou dans le nuage; mais, dès qu'il s'agira de montrer la nature de cette dilatation, sa possibilité et sa valeur explicative, il vous dira des mots et rien de plus.
Mais, toutes ces difficultés énormes, qui surgissent dans le système mécanique, n'ont plus aucune raison d'exister dans le système physique .-ainsi, dans le coton fulminant nous reconnaissons un mouvement non exact, mais vraiment virtuel et en puissance.
Si je ne craignais d'allonger outre mesure cette leçon, je pourrais démontrer comment, dans le système mécanique, il devient impossible d'expliquer la génération des plantes et des animaux, leur accroissement, l'assimilation des substances externes et tant d'autres phénomènes. Nous ne pouvons croire que le hasard soit capable de réunir avec ordre les petits cristaux de figures différentes pour en former des cristaux plus grands, et nous reconnaissons en eux une force ou énergie attractive qui les dispose de manière à exciter notre admiration; et nous attribuerions au hasard la formation des semences et la constante reproduction des plantes pendant toute la suite des siècles? Or, dans le système mécanique, la semence n'est autre chose que des atomes, tous de même nature, poussés par des chocs extrinsèques de manière à former un petit agrégat qui, grâce au rapprochement d'autres atomes identiques, choqués eux-mêmes par une série d'autres atomes, croît en forme de plante et fructifie toujours de la même manière. Cicéron confondait Epicure en disant qu'il est impossible que des atomes, accrochés par ha-
sard, forment une maison ou un temple; mais, combien est plus merveilleusement ordonnée une plante, ou le corps d'un animal, qu'une maison ou qu'un temple!
Quand nous traiterons de Thomme, nous verrons que l'âme fait avec la matière du corps humain une smle substance, une seule nature complète, c'est-à-dire un seul principe d'opération : ce qui est inconciliable. avec le système mécanique. Enefïet, dans ce système, v 'que les atomes soient des substances formellement ou virtuellement étendues, peu importe : dès qu'ils n'ont pas en eux puissance et acte, ils demeurent dans le corps humain identiquement dans leur être intrinsèque ce qu'ils étaient auparavant ; et, cependant, l'union de l'àme avec la matière corporelle en unité de substance et de nature, doit nécessairement produire un changement intrinsèque dans les atomes eux-mêmes.
Concluons en disant que, si l'on soumet à une analyse rigoureuse les faits de la nature, ils semblent tout à fait inconciliables avec le système mécanique sous quelque forme qu'il se présente : mais ici nous le rejetons surtout, parce qu'il s'oppose à l'essence du système physique, qui consiste en ce qu'il y a des substances de nature diverse, et qu'elles sont soumises à de Trais changements, non-seulement dans leur être accidentel, mais encore dans leur être substantiel.
Après avoir ainsi examiné ce que les trois formes du système mécanique ont de commun, nous nous croyons dispensés de mettre en discussion ce que chacune d'elles a de propre, soit parce qu'on y trouverait peu d'avantage, soit parce que leur défauts partiels sont faciles à constater pour quiconque les considère.
Eu effet, le système mécanique de la première forme laisse intacte la question de l'essence des atomes, et ne s'occupe que de leur extension et de leur exii^tence pour se plonger dans un océan de fausses hypothèses. I Et qui ne voit, par exemple^ que la seconde forme du système mécanique réduit l'univers au néant? Qui ne voit, de plus, combien il est absurde de dire que des 'points inétendus se choquent, qu'ils forment des pyramides, que l'éther en est composé, que par eux se transmet la lumière et que dans l'ordre mécanique
tous les phénomènes de la création leur doivent être attribués ? Et, pourtant, voilà ce qu'affirme la seconde forme du système mécanique.
Qui ne voit que la troisième, en ne parlant que d'extension virtuelle ou de résistance, traite des propriétés, mais laisse de côté l'essence? Affirmer que l'entité des étendus virtuels est naturellement toute en tout J espace et toute en chacune de ses parties j, entraîne la spiritualité des opérations, et détruit le concept de substance corporelle. Qui ne le comprend? Mais, bien que les défenseurs de cette troisième forme accordent aux substances corporelles ce mode d'exister en soi-même, qui est propre aux substances immatérielles, ils ne leur concèdent pas d'autre force que la résistance^ d'autre opération que de résister. Nous pourrions apporter de nouvelles et importantes démonstrations contre le système mécanique considéré dans toutes ses formes ; mais nous croyons en avoir dit assez pour que chacun voie combien il y a de bonnes raisons pour ne pas l'embrasser.