‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 36 sur 90 · TRENTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTIÈME LEÇON

Autres théories contraires à, la diversité et au changement des substances.

SYSTÈME DYNAMIQUE. — SYSTEME MIXTE. I. — Système dynamique.

a) Première forme : Forces attractives et répulsives inétendues.

Sous cette première forme, le système dynamique, c'est-à-dire des forces (Suva^xcç force), enseigne que toute substance corporelle n'est qu'un agrégat de forces attractives et répulsives, dont chacune occupe un point inétendu de l'espace. Leurs mutuelles .attractions et répulsions se font à distance, puisque, si ces êtres inétendus se touchaient, ils se compénétreraient, suivant l'antique axiome d'Aristote : Punctay a/tU non se tangunt, aut se tangunt jaxta se tota. Mais, s'ils s'attirent entre eux, pourquoi ne s'attirent-ils pas jusqu'à se compénétrer? Voici comment Boscovich

résolvait celte difficulté : « C'est une loi des forces, que ces forces, dans les plus petites distances, soient répulsives, et d'autant plus répulsives indéfiniment aue les distances mutuelles deviennent indéfiniment plus petites, de manière qu'une force soit capable d'arrêter la plus grande vitesse avec laquelle un point (ou une autre force) peut se porter sur cette force avant que le point lui soit devenu réellement contigu. Mais, à mesure que croissent les distances, cette force répulsive décroît tellement, qu'à une distance encore petite elle devient nulle; puis, la distance croissant^ elle se change soudain en une très-grande force attractive, qui diminue peu à peu, se change ensuite en force répulsive, puis en attractive, jusqu'à ce que, les distances étant considérables, il n y ait plus que la force attractive {Theoria virkim, 10). » Tous les phénomènes corporels des minéraux, des végétaux et des animaux devraient avoir leur cause dans ces forces et dans les lois d'après lesquelles elles se développent.

h) Seconde forme: Forces immenses et points centraux.

On doit, disent les partisans de celte forme du système dynamique, concevoir l'immensité de Dieu comme une sphère immense qui a son centre partout, et la substance matérielle, au contraire, comme un centre situé dans un point indivisible et déterminé do l'espace : ce centre fait rayonner sa force dans l'espace immense. Ces sphères immenses d'énergie s'entrelacent; la position diverse des contres donne les diverses substances, et cause tous les phénomènes cosmiques.

c) Troisième forme : Forces dilatées dans V espace.

Dans la troisième forme de ce système, il faut concevoir les forces comme des substances spirituelles ; chacune de ces forces se tient dans l'espace limité, de manière à être toute dans tout cet espace et toute en chacun de ses points. Ces forces ont difi'érentes énergies actives et passives, et leur position mutuelle

aj^p; stances étendues. Cette troisième forme du svstème

dynamique est, en grande partie, semblable à la troisième forme du système mécanique. La différence essentielle qui les distingue, consiste en ce que le système mécanique de la troisième forme, n'accorde aux substances virtuellement étendues d'autre force que la résistance; ce qui fait que tous les phénomènes doivent se réduire à des chocs mutuels, à des positions et des mouvements divers des mêmes substances : le système dynamique deZ« troisième forme, au contraire, accorde différentes forces aux substances virtuelleriieni étendues; ce qui fait que nombre de phénortiènes ne sauraient être attribués à un échange de mouvement, ou aux diverses positions des substances.

On le voit, ce qu'il y a de commun dans ces différentes manières de présenter le système dynamique, c'est : P de ne pas reconnaître l'extension comme essence de l'atome ; et contre cela, nous n'avons rien à dire ; 2° de ne pas admettre que tous les phénomènes de la nature ne soient que de simples échanges de mouvement mécanique; et nous en convenons aussi; 3° d'admettre, outre la faculté de résister, d'autres énergies dans les substances corporelles; et cela, nous le disons avec eux ; 4° de nier toute, espèce d'extension réelle; et ceci nous refusons de l'admettre ; b° d'affirmer que les substances composées ne sont que des agrégats de forces, et de nier le changement dans Têtre substantiel; et, sur ce point, nous sommes en complet désaccord. Ce désaccord existe encore sur d'autres doctrines qui sont la conséquence du système exposé; mais nous ne voulons pas le discuter séparément sous sa triple forme, parce qu'il a très-peu de partisans. C'est pourquoi nous l'expédierons brièvement dans la conclusion suivante.

Oonclusion. — Le système dynamique ne peut être adopté ni comme thèse ni comme hypothèse,

a) Gomme thèse : parce que ses partisans n'en apportent aucune démonstration. A dire vrai, nous trouvons un raisonnement qu'ils nous présentent comme une preuve, mais qui nous paraît un misérable sophisme. Le voici : Ou les éléments des corps sont composés ou ils sont simples : s'ils sont simples, nous

triom[)hons ; s'ils sont composés, ils seront eux-mêmes divisibles, et la division ira enfin prendre un terme dans les êtres simples, puisqu'il ne peut y avoir de division à Tinfini. Mais, à cet argument, je réponds : L'élémenl simple peut s'entendre ou chimiquement ou physi([uoment. Chimiquement, il est vrai qu'il faut en venir à des éléments simples; mais ce ne seraient pas les forces des dynamistes, mais plutôt des substances constituées par aes formes élériieyitaires. Physiquement, il est faux qu'on soit obligé d'en venir à des éléments simples; car une substance quelconque, composée de matière et de forme, nous parait devoir être plus admissible et l'on ne peut obtenir par division, la forme séparée de la matière. Pour raisonner logiquement dans ce système, il faudrait ainsi modifier l'argument : ou les premiers éléments sont des agrégats de forces, ou ils sont de simples forces; mais ils ne peuvent être des agrégats ; donc, ils sont des forces simples. Argument dont la majeure serait niée sans hésitation par quiconque admet les éléments composés de matière et de forme.

h) Ce système ne peut être adopté comme hypothèse. Je ne parle pas de ce que, spécialement dans les deux premières manières de présenter le système, on admet l'action à une véritable distance : ce qui est tout à fait absurde, puisque la puissance ne peut être séparée de son sujet (vingt-deuxième leçon); je ne parle pas de ce que la première forme viole le principe de raison suffisante, puisque, sans raison aucune, ces forces, de répulsives, deviennent attractives au plus haut degré, et que la force répulsive alterne avec la force attractive suivant le seul bon plaisir de celui qui a imaginé le système ; je ne parle pas de ce que, spécialement dans les deux premières manières, on rend absolument impossible le phénomène de V étendue, puisqu'elle ne peut résulter de points inétendus; je dis seulement que les opérations diverses des différents corps, et les |)hénomènes cosmiques exigent absolument cette diversité et ce changement des substances : ce qui est radicalement nié dans le système dynamique sous toutes ses formes, puisqu'il n'admet que de purs

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agrégats de forces, ou bien tout à fait inétendues comme des points, ou bien étendues virtuellement, mais non formellement.

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