‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 38 sur 90 · TRENTE-ET-UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-ET-UNIÈME LEÇON

De la quantité des substances corporeUes.

Définition et division de la quantité.

On appelle généralement quantité, la triple extension de la substance corporelle, savoir la longueur, la largeur et la profondeur ; et elle se divise : a) en quantité continue, si cette substance n'est pas divisée en ellemême, l) et en quantité discrète, si elle est divisée. Toute substance corporelle continue, soit grande, soit petite, se nomme atome, suivant la signification du mot grec aTo^xoç; c'est ainsi que nous trouvons dans les poètes grecs, une barbe atome, pour une barbe non rasée, et un herbage atome, pour un herbage non encore fauché. Toutefois, on appelle très-souvent atomes, ces corps excessivement petits, qui échappent aux perceptions de nos sens. La substance corporelle, en raison de la quantité, est appelée quanta. La limite

(1) Voi non andate già per un sentiero Filosofando : tanto vi Irasporta L'amor dell' apparenta, e '1 suo pensiero. '

de la quantité, c'est la superficie : la limite de la superficie, est la ligne : la limite de la ligne, est le point. Gomme nous Tavons déjà vu, en parlant des accidents, la limite est un mode qui, par lui-môme, ne peut subsister; il est donc impossible que la superficie seule, la ligne seule, le point seul, puissent exister dans Tordre physique sans la quantité, mais ils ne peuvent se concevoir de la sorte, que par une abstracction mathémati(jue.

Il nous faut maintenant pénétrer philosophiquement la notion de la quantité, et il est très-important de le faire. Gomment parvenons-nous à connaître que les corps sont étendus ou quanti? Dans un espace déterminé, nous éprouvons une résistance, et, de là, nous concluons que l'espace d'où vient cette résistance, est occupé par une substance qui est étendue en elle-même. D'où il est facile de distinguer : a) une extension intime et entitative de la substance corporelle, en vertu, de laquelle une partie de cette substance n^est pas l'autre, par exemple, la main n'est pas la tête, et dans laquelle les parties d'un tout ont un certain ordre entre elles, par exemple, la main est jointe au bras, et non à la tête immédiatement; l?) une extension locale externe, en vertu de laquelle la substance qui est en soi e7ititativement étendue, est encore étendue par rapport à l'espace qui, par là même, en est rempli; c) enfin, il faut distinguer des deux propriétés précédentes, cette disposition par laquelle une substance qui en soi est entitativement étendue, devient étendue par rapport à l'espace, c'est-à-dire d'étendue i/itrinsèquement, devient naturellement étendue extrinsèquement et localement.

L'essence de la quantité ne consiste pas en cette première extension intime et entitative de la substance corporelle, in ordine ad se; elle consiste encore moins dans la seconde extension extrinsèque, in ordine ad alia, parce que la première est la racine ou le principe de la quantité, et la seconde n'*en est que rellot. La quantité tient, pour ainsi dire, le milieu entre ces deux extensions, et consiste précisément en cette disposition indiquée en troisième lieu, par laquelle la sub-

stance corporelle, étendue en soi, tend naturellement à se manifester, comme étendue localement dans Tespace et aux êtres circonvoisins. D'où il est évident que plusieurs substances corporelles qui, toutes, ne seraient douées que de la première extension, pourraient demeurer dans le même espace, puisque, comme les esprits, elles n'exigeraient aucune relation au lieu. Mais elles ne pourraient occuper le même lieu-, si elles avaient toutes la seconde extension.

Si une substance corporelle n'avait que la première, elle pourrait être présente dans l'espace d'une autre substance, qui aurait de plus la seconde extension. Enfin, il est clair que, si Dieu n'y met empêchement, p^œler ordinem natures, en dehors du cours naturel des causes secondes, lioc ipso qu'une substance corporelle existe en soi entitativement, elle a naturellement cette disposition (qui est la quantité considérée dans son essence) à être eœtrinsèquement étendue par rapport à l'espace, et a de plus l'extension locale extrinsèque.

Dans une matière de si haute importance , nous aimons à présenter ladoctrine de Suarez {Met., dist. 40, sect. 4). Voici comment il parle de l'essence de la quantité : « L'extension qui produit la quantité, consiste en ce que la chose douée de quantité, en vertu de cette quantité, soit naturellement ordonnée à avoir une extension de ses parties, par ra^pport au lieti, de manière que, une fois posée la nature de cet accident (quantité), il doit nécessairement occuper un lieu étendu. C'est pourquoi, afin de bien employer les termes, nous pouvons distinguer une triple extension. La première est entitative : elle n'est pas un effet de la quantité, comme nous l'avons déjà dit, mais on peut la trouver entre les parties et les propriétés de la substance sans la quantité. La seconde extension peut s^'appeler extension locale ou actuelle de situation (situalis in actu). Et cette extension suit la quantité. Enfin, il y a une troisième extension quantitative qu'on peut appeler une extension dispositive par rapport a la situation (situalis aptitudine), et c'est en cette dernière que nous plaçons la raison formelle de la quantité.

PHYSIQUE RATIONNELLE. 2'Sd

Pour confirmer notre opinion, considérons deux corps.

Que la matière de ce corps soit réellement distincte de

! la matière de cet autre corps, ceci ne dérive pas de la

* quantité, mais de l'entité propre du corps lui-même.

Mais que ces deux corps soient- tellement disposés, que

, nécessairement ils doivent s'étendre dans un lieu, cela

; dérive formellement de la quantité. Et ce que nous

disons des corps entiers séparés, doit aussi s'entendre

des parties d'un môme corps unies entre elles. »

Après avoir ainsi expliqué l'essence de la quantité, Suarcz se pose cette question : Si Dieu, ]^ar miracle, ôtait la quantité d'un corps, ce corps conserverait-il la môme extension intrinsèque dans le même espace oii il se trouvait d'abord? Il répond affirmativement, à moins que Dieu, par sa toute-puissance, n'empêchât encore cet efîet. « En ce cas, la substance pourrait demeurer présente toute entière à tout l'espace dans lequel elle se trouvait d'abord, et présente; quant à ses parties, aux parties du même espace. Et môme, si Dieu ne veut pas ajouter tm changement autre que la séparation de la quantité, cette substance devra naturellement demeurer ainsi. »

Quand Suarez dit que la substance est présente à l'espace, cela doit s'entendre comme une substance spirituelle est présente à un espace déterminé, en sorte qu'elle s'y trouve, mais ne l'occupe pas. Mais si, par le setil fait cV avoir perdu la quantité, le corps cesse d'être en relation avec l'espace et avec les êtres matériels, et s'il continue à exister dans les limites qu'il occupait tout d'abord, il ne suit pas de là que, par une autre cause, il ne puisse subsister entre des limites, ou plus restreintes, ou plus étendues. Au contraire, par là même que l'absence de quantité lui donne une manière d'être semblable à celle d'un esprit, il pourra (comme les esprits) se trouver présent dans un lieu plus ou moins grand.

Conclusion I'^ — Toute suhstance corporelle est intrinsèquement étendue.

Et, en cfTet. toute substance corDorelle est, ou, du

moin due

Ht, en cfTet, toute substance corporelle est, ou, du ins, peut être cxtrinsèquement et localement rtonî, ou quanta : mais, si elle ne l'élail })as intrinsè-

quement, ce serait impossible. Car si elle n'était pas intrinsèquement étendue, il faudrait admettre l'une de ces trois hypothèses :

l'' Qu'une substance individuelle ou atome est uni ^oint inétendu. Mais un point, comme nous l'avon^ dit plus haut, ne peut exister dans l'ordre physique,' et, quand même il existerait, il ne pourrait se montrer que comme il existe, c'est-à-dire comme un point inétendu. Celui qui dit après cela qu'un immt, en tourbillonnant, peut laisser dans l'espace un vestige qui présente le phénomène de l'étendue, comme une étincelle rapidement agitée ressemble à une raie de feu, celui-là montre bien qu'il parle d'un point étendu, et non d'un point inétendu.

2° Qu'une substance individuelle ou atome est bien renfermée dans un point, mais qu'autour d'elle sa puissance est répandue dans un espace déterminé. Cette hypothèse, à l'inconvénient de la première, ajoute cet autre, qu'une puissance, tout en étant un accident, demeure sans sujet propre, tel que doit être la substance. Or, il est insensé d'imaginer \d, puissance comme un fluide émis par la substance tout autour d'elle.

S'' Q'une substance individuelle ou atome est comme constituée par une multitude de points inétendus; mais, ou bien ces points se touchent, et ils devraient tous se compénétrer en un seul point, puisqu'ils sont inétendus : indivisiMlia^ aut non se iangunt, aut se tangunt jnxta se tota;o\x bien ils ne se touchent pas, et^ en ce cas, a) nous n'avons plus une substance individuelle ou atome, mais un agrégat d'un grand nombre de ces substances : h) et, toutes ensemble, elles ne peuvent produire l'étendue précisément parce que chacune d'elles est inétendue. :

Il nous faut donc conclure que toute substance corporelle est intrinsèquement étendue^ et c'est une des; propriétés que nous appelons générales et inséparables des corps. En vertu de cette propriété, la substance corporelle est en une partie quelconque de l'espace, mais non à la manière des esprits, car son entité n'est pas toute en chaque point de l'espace; ni toute en

chacune de ses parties, autrement ses opérations seraient immatérielles, puisque : operatio sequitur esse.

Conclusion IP. — L'extension extrinsèque n'est pas de V essence d'une substance corporelle.

L'essence d'une chose ne peut se concevoir séparée de cette chose sans que celle-ci cesse d'être ce qu'elle était. Ainsi, nous disons que la raison est de l'essence de l'homme, parce que, sans elle, l'homme ne peut plus ctre conçu comme nomme. L'essence de la substance est nécessairement intrinsèque à l'être, ou bien se rapporte à l'être môme en tant qu'il est en soi; et elle consiste dans la matière et dans la forme; mais l'extension extrinsèque est relative à d'autres êtres, et l'on peut concevoir la substance corporelle sans cette extension.

Elle ne fait donc pas partie de Tesscnce de la substance corporelle, bien que comme la raison est ordonnée naturellement d'un usage ou interne ou social, ainsi l'extension intrinsèque est naturellement or-, donnée à l'extension extrinsèque et locale.

Si nous voulons appuyer nos raisonnements sur l'expérience, nous devons dire que l'extension extrinsèque et locale provient d'une force qui sort des substances corporelles et s'oppose à leur propre compénétration. Mais, cette force, qui sort de la substance comme un acte (dans lequel nous avons placé l'essence de la quantité), est à coup sûr réellement distincte de cette substance, et, par là même, la suppose constituée dans son être essentiel ; il ne répugne donc pas absolument que son effet naturel, c'est-à-dire la production de l'extension extrinsèque, soit empêchée.

Conclusion IIP. — La comijénétration de plusieurs substances corporelles est un effet surnaturel, mais elle n'est pas absurde.

a) On nomme surnaturel tout mode d'être et d'opérer supérieur à la nature des substances cornorelles; or^ l'état de compénétration est une manière d'être supérieur à leur nature; donc, il est surnaturel. En effet, celte conpénétration ne peut avoir lieu si l'une au moins de deux substances, par exemple, que nous supposons se compénétrer, ne cesse de posséder l'eflet de la quantité

COUN. PUIL. SCOL. — 16

OU Textension extrinsèque, et, par suite, l'impénétratrabilité. Or, cet effet est exigé par sa nature.

l) On ne peut démontrer que la compénétration est absurde : car elle peut avoir lieu si Tune au moins des deux substances qui se compénètrent, cesse d'avoir son extension extrinsèque. Mais, bien qu'elle soit naturelle, comme nous l'avons vu, cette dernière extension n'est pas exigée par son essence; par conséquent, on ne peut rejeter comme absurde la compénétration.

Conclusion IV^ — La substance corporelle continue^ considérée quant à son extension extrinsèque , est divisible indéfiniment ou à l'infini,

A' En effet concevons une substance corporelle continue, par exemple une substance atome d'or A B qui par ses A extrémités touche les deux droites A' G et B' D; ces droites, en qualité de parallèles^ quand même on les concevrait prolongées à l'infini, ne se rencontreraient jamais en aucun point.

Concevons que la droite A^ G soit prolongée indéfiniment. Du point A' je pourrai, à coup sûr, tracer indé- G finiment, autant que je voudrai, des droites qui iront Tune sous l'autre se terminer en B' D, que je suppose également prolongée à l'infini. Il est clair : 1° que l'extrémité de ces droites n'iTa. jamais se terminer dans la prolongation de A' G, mais se terminera toujours en B' D, aux points a, b, c,d,, : 2'' que toutes les droites abaissées du point A' diviseraient l'atome d'or A B. Donc, cet atome peut être divisé indéfiniment : et, par suite, toute substance corporelle continue, considérée seulement quant à l'extension extrin* sèque, est divisible indéfiniment ou à l'infini.

Conclusion V®. — La substance corporelle continue a des parties entitativement distinctes d'une distinction réelle.

Des parties qu'on peut concevoir comme divisibles ou séparables^ doivent encore, même avant le concept de leur division ou séparation, être réellement distinctes entre elles. Or, telles sont les parties d'une sub-

slance continue, comme on le voit par la conclusion précédente. Après cela si vous me demandez: l*" Quel est le nombre de parties qui existe dans la substance ■ continue? je réponds : Aucun. En effet, le nombre c'est la quantité discrète; or le continu n'est pas la quantité discrète. Dire qu'un nombre de parties existe dans le continu, c'est dire que le continu est une quantité discrète ou que le continu n'est pas continu. 2° Quel nombre de parties peut-on concevoir dans la substance continue? Je réponds : Si, au moyen d'une division mentale, je réduis d'abord le continu a devenir mentalement une quantité discrète, je puis concevoir autant que je voudrai. Mais pourtant : a) si je considère des parties aliquotes qui, bien que très-petites^ sont déterminées dans leur extension et égales, le nombre en sera fini : autrement le continu devrait avoir une extension infinie, ce qui est absurde : h) mais, si je considère des parties toujours petites et proportionnelles^ je puis à mon gré en concevoir un nombre indéfini, comme le fait voir la conclusion précédente. Mais, on ne peut en concevoir un nombre indéfini, parce que ce nombre répugne intrinséqiiement,

Numerus sequitur divisionemy dit saint Thomas (3, 76, 3), et c'est une grave erreur d'affirmer que le nombre ne vient que de la distinction réelle des parties qui sont dans un continu homogène. Car, abstraction faite de la division mentale ou réelle, les parties d'un continu homogène n'ont pas de limites propres. J'ai dit : dans le continu homogène, parce que, dans un continu constitué de parties diverses entre elles, comme dans les plantes, les animaux, dont les différentes parties ont des propriétés diverses ou un organisme divers, il est clair qu'il y a (sans division) détermination de limites. Mais, par là même, ces parties ne sont ni infinies ni indéfinies, mais bien plutôt finies et nombreuses.

Si Ton disait que dans ce cas un grain de sable serait égal à une montagne, puisque l'un et l'autre ont des parties infinies, aie moins en puissance, et, par suite, sont l'une et l'autre divisibles à l'infini, ce serait montrer par cette puérile difficulté l'envie de plai-

244 ' PHILOSOPHIE SCOLASTiQUEc

santer, plutôt que celle de raisonner. En effet, qui ne sait combien est différente la portée de Tinfini et de Vin fini en 'puissance'^ Quel est le nombre des substances possibles ? Il est indéfini. Or, il est clair que Textension de Tindéfîni supérieur contient celle de Tindéfin: inférieur, puisque le premier est un genre, et le seconc une espèce : par conséquent, si le genre contient dem espèces, il est comme un indéfini d'un ordre plus granc qui en contient deux d'un ordre moindre. C'est pourquoi un tout continu est divisible à l'infini, bien qu'i' contienne en soi des 'parties divisibles elles-mêmes l l'infini en particules toujours plus petites.

Conclusion VP. — La sîibstance corporelle continue, considérée dans une nature physique déterminée, n'es] pas divisible à Vinfini.

Les partisans du système mécanique qui admetteni les points inétendus, ceux qui enseignent l'étendue virtuelle, et presque tous les dynamistes, se sont effor ces de défendre cette conclusion, par crainte d'admettre une absurdité en soutenant la divisibilité indéfinie Mais, au lieu de délier le nœud, ils l'ont tranché er niant presque tous l'étendue réelle et en admettant des indivisibles comme principes élémentaires des substances corporelles. Dans la conclusion IV% nouî avons démontré la possibilité de la divisibilité indé' finie; ce n'est donc pas la même crainte qui nous fai défendre notre dernière conclusion, mais c'est tou simplement qu'elle nous semble plus conforme au:? faits et à la raison que ne serait la contradictoire Et, en effet, une induction presque universelle nous montre que les composés organiques et inorganiques exigent une extension ou quantité déterminée, audessous de laquelle leur être substantiel ne peut plus exister. Pourquoi cela? Il n'y a pas d'autre raisor sinon que les formes ou les actuations de la matière n'y peuvent plus demeurer quand la quantité en es1 par trop petite. C'est pourquoi S. Thomas nous dit : c( Chaque espèce a une quantité déterminée et en plus et en moins {\lSent,, dist. 30, 2, 2). » Et non-seulement en parlant de l'homme il dit : « Il y a une quantité trop grande où l'espèce humaine -ne saurait ar-

river, cl une quantité trop petite pour que l'homme y puisse subsister » {De Anima, lect, 8) : mais encore ea parlant des êtres inorganiques, et môme de Teau que Ton croyait chimiquement simple et dont on n'a reconnu la composition qu'à la fin du siècle dernier, il disait avec Aristote :« Toutes les substances qui ont une nature individuelle, ont aussi une limite et un mode de grandeur déterminé ; et, par suite, il doit y avoir une parcelle d'eau qui soit la plus petite : et, comme on dit dans le livre premier de la physique, si l'on soumet cette dernière parcelle à une division ultérieure, elle cesse d'être de l'eau (II Sent., dist. 30, 2, 2). »

Néanmoins, dans cette opinion, les substances hétérogènes ou composées ne pourraient, sans perdre lei(/r nature 'proyre, être soumises à des divisions aussi multipliées que le peuvent être les substances homogènes ou élémentaires; mais si, par la pensée, on continue de diviser ces dernières substances, elles perdront la force de résistance et la quantité, et, par suite, elles perdront cette extension externe et locale qui les rend divisibles. C'est pourquoi S. Thomas dit encore : Hewota qîiantitate, sulstantia omnis indivisiUlis est {Contra Génies, IV, lxv).

Que cette doctrine de S. Thomas soit vraie par rapport aux causes secondes matérielles, c'est évident, puisque, si une substance corporelle, par exemple, un nomme, cessait d'avoir la quantité requise, il cesserait,

f)ar là même, d'être en relation avec l'espace et avec es corps, et que, même il pourrait subsister dans un lieu occupé déjà par d'autres corps. Mais cette doctrine est-elle encore vraie par rapport à la toute-puissance divine? En d'autres termes, quand un corps cesse d'avoir la quantité, est-il, par ce seul fait, indivisible même à l'égard de Dieu? Notez d'abord qu'après avoir perdu la quantité, le corps garde son essence, ou continue d'être une substance composée de matière et de furme. Si donc, la forme exige (comme il semble vrai) essentiellement uïio matière déterminée, il est impossible que le corps puisse être soumis à des divisions indéfi a iCS, tout en conservant son être propre. C'est pourquoi, supposé que Dieu voulût, par des moyens

246 PHILOSOPHIE SCOLASTIQUEi

surnaturels, poursuivre la division non-seulement des corps composés, mais même des premiers éléments, on en viendrait à un point qui entraînerait l'annihilation de Têtre.

Page 1