‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 40 sur 90 · TRENTE-TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-TROISIÈME LEÇON

Suite du même sujet. — Attraction.

Parmi les qualités des corps il en est une qu^'on ap- •pelle pesanteur, en vertu de laquelle une substance corporelle tend vers une autre : elle peut être considérée comme une propriété générale des corps, et, quelquefois, comme particulière à quelques-uns , et même dépendante de certaines conditions. La pierre est attirée par la terre, le fer est attiré par Taimant; frottez un bâton de gomme laque, approchez-le de petits morceaux de papier, vous les verrez attirés ; une goutte de mercure ou de tout autre liquide attire à soi d'autres gouttes plus petites pourvu qu'elles soient très-rapprochées : enfm l'attraction des corps est un phénomène presque général. Certains savants ne pouvant se faire une idée des forces attractives, se sont mis à nier toute véritable attraction; ils attribuent le rapprochement des corps aux chocs des autres corps, et ils imaginent des myriades de tourbillons sans pouvoir, avec quelque probabilité, assigner aucune cause de tant de mouvements mécaniques, ni de leur durée ou de leur direction ; or, vouloir même expliquer par des moyens purement mécaniques la simple attraction de petits morceaux de papier par la cire, est, à notre avis, une tentative impossible. Et comme c'est là une chose d'une importance souveraine pour la connaissance de presque tous les phénomènes cosmiques, nous tâcherons de l'éclaircirautant que possible suivant les principes du système physique.

Commençons par une couiparaiso/i tirée d'un être vivant. L'herbe attire l'agneau : et comment? Au moyen de la lumière qiii la rend visible, et do son parfum qui la rend sensible à l'odorat, cette herbe devient présente à l'agneau qui, cédant à l'attrait, s'en ra droit vers elle. Dans ce fait il faut distinguer : IMe princii^e

action exercée par le moyen des sens et de l'imagination sur Tappétit sensitif de Tagneau; 4° le principe du mouvement par lequel l'agneau se meut, et va au but : ce principe est sa nature même qui actuellement le détermine à s'y diriger, tandis que d'abord elle n'y était déterminée qu'en puissance. Mais la nature ne suffit pas, il faut qu'elle soit revêtue de certaines qi^alités : car l'agneau ne se dirigerait pas vers l'herbe s'il n'en recevait d'abord en soi quelque impression, et l'impression ne suffirait pas si l'agneau n'était réduit à l'acte de tendre, et il n^y serait pas réduit sans une disposition précédente à tendre plutôt vers l'herbe que vers les autres choses placées devant lui; or, V impiession, Vacte de tendre, la disposition sont elles-mêmes ou entraînent avec elles autant de qualités.

Tout ceci paraît clair dans le vivant sensitif; mais, s'il s'agit d'un être inanimé, en sera-t-il ^ie même? S. Thomas l'enseigne : « Il y a une opération qui, sous un rapport, est commune aux substances animées et inanimées, mais qui, sous un autre rapport, est propre aux substances animées ; et c'est le mouvement. En effet, les substances spirituelles ont une nature par laquelle elles peuvent mouvoir absolument, mais ne peuvent être mues. Les corps,il est vrai, se meuvent; mais, bien que l'un puisse mouvoir l'autre, aucun d'eux ne peut se mouvoir lui-même, parce que les substances qui se meuvent elles-mêmes ont deux parties dont Tune est motrice, et l'autre mobile : ce qui ne peut avoir lieu dans les substances purement corporelles, c'est-à-dire non vivantes, puisque leurs formes ne peuvent être regardées comme de purs moteurs, bien qu'elles puissent avoir celle de principe de mouvement, par lequel une chose est mue (ut quo aliquid movetur); ainsi, dans le mouvement de la terre, la pesanteur est le principe par lequel elle est mue (quo movetur), mais n'est pas le moteur {De Veritate, XXII, m). »

Pour bien comprendre cette doctrine, il faut savoir que, pour pouvoir dire qu'une chose se meut elle-même.

il doit y avoir en elle deux parties diverses, Tune qui meuve, l'autre qui soit mue. Ceci nous semble clair; car, en cette chose qui se meut elle-même, on doit trouver et le principe du mouvement et le sujet qui le reçoit; or, si les parties oidiieni identiques, il n'y aurait pas de raison suffisante pour que Tune fût le moteur plutôt que le mobile, et réciproquement. C'est pourquoi les vivants seuls, précisément parce qu'ils sont composes de diverses parties el de propriétés diverses (bien qu'elles ne soient pas séparées entre elles), peuvent se mouvoir eux-mêmes ; et ce mouvement, qui leur est intime, s'appelle action immanente. Il n'en est pas ainsi des êtres non vivants, qui, n'ayant dans leurs parties aucune diversité d'organisme, sont privés de toute action immanente, bien c(u'ils puissent opérer sur les autres corps, et qu'ils aient, par suite, l'action qu'on nomme en latin transiens; c'est par cette diversité d'action que les corps vivants diffèrent spécifiquement des corps non vivants.

Ces principes posés, il est évident que, si un corps non vivant se dirige vers un autre, il ne pourra pas le faire en se mouvant lui-même, comme nous l'avons dit, mais seulement en se transportant, pour m'exprimer ainsi, dans tonte sa masse.

Par conséquent dans t'attraction des corps non vivants, les choses se passeront ainsi : 1° dans le corps qu'on suppose attiré, il y aura une dispiosition (qualité) à se diriger vers un corps plutôt que vers un autre ; 2^ le corps qu'on suppose attirant devra, grâce à un milieu, opérer sur le corps attiré de manière à se le rendre, pour ainsi dire, présent; 3° le corps qu'on suppose attiré devra recevoir l'impression que le corps attirant lui envoie par ce moyen; 4° l'ayant reçue, il sera mis en acte, m se ti^ansportont vers l'autre dans toiUe sa masse, sans qu'une partie en meuve une autre. Telle est encore la pensée de S. Thomas : « Toutes les choses, dit-il, sont disposées et ordonnées à leurs effets. Ceci posé, une chose est ordonnée et dirigée vers une autre comme vers sa fin de deux manières : premièrement par eUe-mê/ne, ainsi l'homme se dirige vers le lieu où il tend; secondement

far un autre, ainsi la flèche de l'archer se dirige vers le but fixé. Or, les choses qui connaissent la fin peuvent seules se diriger par elles-mêmes, puisque celui qui dirige doit avoir connaissance du terme auquel il dirige; celles qui ne connaissent pas leur fin peuvent y être dirigées par un autre être : ce qui arrive encore le deux manières. En effet, tantôt la chose dirigée est poussée wiiquement par celui qui la dirige, sans recevoir pour cela aucune forme qui la détermine à cette direction et à cette inclination, laquelle, en ce cas, est violente {et c'est le ^gur mouvement mécanique)^ comme la flèche que l'archer dirige à un but déterminé. Tantôt la chose dirigée reçoit de celui qui la dirige et la meut certaines formes grâce auxquelles elle a telle inclination à la fin proposée : et cette inclination lui sera naturelle {le mouvement ici sera ^physique), parce qu'elle dérive d'un principe naturel; ainsi ce qui donne la pesanteur à une pierre, lui donne précisément, par là même, une inclination à se transporter naturellement; c'est pourquoi l'on dit que ce qui produit la pesanteur d'un corps en est aussi le moteur. Et toutes les choses naturelles ont cette inclination vers celles qui leur sont convenables {à'ou les diverses espèces d'attractions), et ont en elles-mêmes le principe de telle inclination, qui leur est naturelle; si bien qu'elles mêmes vont en quelque sorte et ne sont pas simplement conduites à leurs fins {guodam modo ipsa vadant et non solum ducantur). Ainsi les choses violentées sont simplement conduites, et ne concourent point avec le moteur , mais les choses naturelles vont à leur fin, en tant qu'elles coopèrent avec celui qui les incline et les dirige, par le principe intime dont elles sont douées {De Bono, XXII, ai^t. 1).

La gravitation d'un corps vers un autre ne doit donc pas être attribuée à une impulsion extrinsèque, capable seulement de produire un mouvement mécanique; mais elle doit être attribuée à un principe interne qui est la raison du mouvement naturel ou physique : et les corps pesants peuvent et doivent se' dire mus par d'autres, en tant que le principe intime du mouvement est produit en eux par d'autres, et en

PHYSIQUE RATIONNELLE. 25l>

tant qu'ils ont besoin d'un corps qui les attire en la manière que nous avons dite.

Si Ton avait quelque difficulté à admettre cette marche, ce transport de toute la substance par ellemême vers une autre substance, habitués que nous sommes à nous servir des pieds pour marcher, son- \ geons aue les forces de la nature sont plus puissantes ' que celles qui sont soumises à la libre volonté de l homme; là où il ne peut faire qu'une peinture, une statue ou une poupée, une bête et une plante produisent des êtres animés, doués d'un admirable organisme. Quand on a cette différence sous les yeux, c'est une pauvre manière de raisonner que de ne vouloir pas reconnaître d'autre espèce de mouvement que le mouvement mécanique, par la seule raison que l'art humain ne peut en dépasser les limites.

Si nous voulons désigner sous des noms modernes cette inclination de toutes les substances corporelles à se rapprocher et le transport d'elles-mêmes qu'elles opèrent les unes vers les autres, nous l'appelerons gravitation universelle; et cette action que, moyennant un milieu, les substances exercent sur d'autres qui sont attirées, peut s'appeler attraction universelle. Néanmoins, si tout finissait à la gravitation universelle et aux autres gravitations spéciales, suivant les différentes espèces des corps, il n'en résulterait que des agrégats et il n'y aurait pas dans le monde cet ordre et cette beauté qui résulte de la diversité des subtances et de la différence spécifiq^îte de leurs opérations. Nous pouvons donc considérer le rapprochement mutuel des substances comme miecondition préalable, ^onv qu'elles puissent exercer les opérations qui leur sont propres les unes sur les autres. De 'là, ce changement continuel non-seulement de lieu, mais encore de formes accidentelles et substantielles : de là, cette unité dans la variété, et cette variété qui se concentre dans l'unité de tout le monde.

Observons, en terminant, que Tattraclion et la gravitation universelles étant communes à toutes les substances corporelles, en tant que corporelles, ces, forces demeureront constantes, même dans le changement

de l'être subétantiel : c'est pourquoi le poids des corps résultant précisément de la gravitation, le poids que les éléments avaient pris collectivement demeure le même dans la substance composée qui en résulte, et le poids de celle-ci restera dans les éléments qui la composaient.

TRENTE-QUATRIÈME LEÇON De l'espace : du lieu : du mouvement : du temps.

Définition de Ves'pace.

On conçoit l'espace comme une cajpacité qui peut contenir les sulstances cor^porelles. L'espace est plein, si on le considère comme occupé par des corps; il est vide, si effectivement il n'est pas occupé par des corps.

Conclusion. — Il y a de Ves;pace absolument vide.

En effet, toutes les substances corporelles qui existent actuellement sont en nombre fini, puisque le nombre infini répugne. Donc, le monde corporel doit avoir certaines limites, hors desquelles il pourrait y avoir des corps qui n'y sont pas; donc, il y a de l'espace vide. Et nous ne croyons pas improbable que parfois i] puisse y avoir, même entre les corps terrestres, çà e1 là, de Tespace vide. Mais il ne faut pas enseigner aux élèves qu'au moyen de l'art on puisse obtenir un vide parfait et que tel est celui qu'on fait dans le baromètre. C'est toute autre chose que le vide ! L'espace qui sépare les parois du tube est absolument plein, et la preuve évidente en est que, à travers ces parois, on distingue les objets. Donc, la lumière y circule; or, la lumière ne saurait subsister sans un sujet corporel ou continu 01 continué. On objecte pourtant que sans le vide le mouvement est impossible. Ceci serait vrai si l'extensior de tout corps était immuable, c'est-à-dire si son extension n'était pas sujette à des variations : mais, si ur corps peut avoir une extension plus ou moins grande, il est clair que l'espace, laissé vide par le corps qui se restreint, peut être occupé par celui qui se dilate, ou

par un autre qui, sans se dilater, vient de ce côté. Et cette mutabilité de la quantité des corps est, à notre avis, un fait indubitable et très-important dans la nature : fait qui, bien considéré, donne la clef de l'explication d'innombrables phénomènes, comme nous le verrons dans la suite.

Dans cette matière il faut nous garder de transporter à la réalité extrinsèque ce qui n'est autre chose qu'une manière, dont nos facultés, limitées par l'espace et existantes dans le temps, sont forcées de concevoir les choses. Ce serait une grande erreur que d'attribuer à l'espace pur ou au vide absolu quelque chose de réeh L'espace pur n'est rien en lui-même, et c'est pour cela qu'on a coutume de l'appeler imaainaire. Aussi devons-nous dire qu'avant l'existence du monde corporel Dieu était en lui-même; et si nous disons qu'il était dans les espaces imaginaires, il faut retrancher de ces espaces toute relation à Dieu, parce qu'ils ne sont rien dans Tordre de la réalité. Suarez dit fort bien {Met., disp. 30, lect. 7) : « Si Ton veut dire que Dieu est hors du monde seulement par sa présence réelle sans relation actuelle à aucune chose hors de lui-même, on ne peut nier en ce sens que Dieu soit hors du monde : et c'est évidemment conforme aux doctrines de la foi et à là raison naturelle. Et si Ton dit dans le même sens que Dieu est dans les espaces imaginaires, on dit vrai. Mais c'est tomber dans l'équivoque de croire que la phrase : être dans l'espace entraîne une relation à l'espace comme à une chose distincte et, pour ainsi dire, tangente (quod contingitur), et de démontrer par là que cela répugne, puisque l'espace n'est rien. Or, ce n'est pas le sens de cette phrase, mais elle doit être prise dans une signification intransitive (pour m'cxprimcr ainsi) , et elle s'entend très-bien alors par rapport à notre manière de concevoir : nous concevons, en effet, l'espace comme un vide apte à être rempli par la substance corporelle; nous devons donc dire que la substance divine y est très-présente et le remplit entièrement (ibi est pnesentissimadivina substantia, totumque illud substautialiter replet). »

Conx. PiiiL. s^coL. — 17

Définition du lieu.

Le lieu, en général, est T espace considéré en reïatiofi avec les corps. Cette notion paraîtra plus claire encore, si nous distinguons le lieu intrinsèque et le liei extrinsèque : l'* le lieu intrinsèque est l'espace actuellement occupé par le corps, et ce concept n^a pas besoii d'explication : 2** le lieu extrinsèque est cette superficie immobile de V espace, que Von conçoit comme entouran un corps. Cette définition exprime le concept unanim( de tous les hommes. Une planète erre-t-elle sans cesse Tout le monde dit qu'elle change continuellement d( lieu. Si nous concevons une tour au milieu d'un vasti continent oii s'élèvent des habitations et des collines supposé qu'elle seule restant debout, tout ce qui l'en toure tombe en un gouffre ou se change en une mer personne ne dira que cette tour a changé de lieu. Ei outre, bien que cela ne tombe poitit sous nos sens, 1 point de la terre que nous occupons nous fait change dans son tour continuellement de lieu, et maintenan nous occupons le lieu qu'il y a sept ou huit heure occupaient les Chinois.

C'est pourquoi, afin d^'avoir une juste idée du lieu il nous faut considérer dans l'univers quatre point comme immobiles que nous pouvons appeler nord, sud est, ouest (indépendants de la terre et du soleil), e chaque point de l'espace intermédiaire, occupé ou noi par des corps, comme immobile également comparé ces quatre points cardinaux. Par conséquent, nou pouvons considérer la superficie de l'espace, qui entour chaque corps, comme immobile par rapport à ce points cardinaux : d'oii l'on voit pourquoi, les corp restant entre eux dans les mêmes relations et le mêmes distances, nous pouvons dire avec vérité qu'il changent de lieu, et que tel corps qui paraît en changer n'en change pas en réalité.

Tel est le concept du lieu absolu; nous laissons d< côté celui du lieu relatif et particulier, dont on parL souvent dans le langage ordinaire. Ainsi, quand oi demande d'une personne ou d'une chose quelconque Où est -elle ? On répond : A Rome, sur la place, dans si maison; on a donc égard à ce qui avùisineou entoura

Tobjet sur lequel tombe la demande; et, de môme que la demande, la réponse se rapporte au lieu relatif et "particulier.

Définition du mouvement.

Souvent on donne une définition générique du mouvement en tant qu'il indique un changement quelconque ; et alors on dit que c'est le passage de la puissance à Vacte. Dans ce sens, le mot de mouvement s'applique même aux êtres spirituels en qui il y a, d'une certaine manière, vraie distinction entre la puis* sance et l'acte. Ainsi nous pouvons dire que l'intellect se meut pour penser, et que la pensée est son mouvement; que la volonté se meut pour aimer, et que l'amour est son mouvement dans son sens propre. Pour un changement corporel, le mouvement est : L'acte de Vêtre corporel qui est en puissance, en tant qu'il est en puissance; antique définition donnée par Aristote et pleine de philosophie. Pour bien la comprendre, employons un exemple tiré du mouvement local, c'està-dire du passage effectué par un corps d'un lieu à un autre : Antoine s'en va de sa campagne à sa maiso7i. Considérons ici : l°le terme d'où il part : la campagne; 2*" le terme oui\ arrive : la maison; 3° le passage entre le premier et le second terme. Dans le terme d'oït il part, Antoine est en puissance puisque, réellement, tant qu'il est à la campagne, il peut se mouvoir, mais il ne se meut pas encore; dans le terme ou il arrive, le mouvement a cessé puisque Antoine, rendu dans sa maison, est considéré comme en acte parfait. Depuis l'instant où Antoine commence jusqu'à celui où il cesse de se mouvoir, nous avons le mouvement. Ce mouvement, certes constitue Antoine en acte quand il se sépare du terme d'où il part, mais en acte imparfait, puisque tant qu'il n'est pas parvenu au terme oii il tend, il est en puissance d'y parvenir. Le mouvement est donc un acte, mais un acte d'un être qui est encore en puissance, et précisément parce qu'il est en puissance.

De cette notion on voit que le terme d'oU l'on part ne peut s'identifier avec le terme ou l'on tend, puis- 1 qu'il doit y avoir au milieu l'acte imparfait, qui est

précisément le mouvement. De cette définition on voit encore que le mouvement doit être essentiellement continu, puisque s'il n'est pas continu, il cesse et fait place au repos dans lequel il n'y a pas d'acte, mais seulement puissance, et, par suite, il n'y a pas de mouvement.

Ce mouvement donc désigne les changements qui s'opèrent dans les substances corporelles dont l'être va de la puissance à l'acte parfait, moyennant un act6 imparfait (qui est le mouvement). On distingue : l"" le mouvement local; 2° le mouvement d'altération: 3° le mouvement d'accroissement et de décroissement, Le mouvement local se trouve dans toutes les choses qui nous entourent, et nous en avons déjà parlé. Il y £ mouvement d'altération dans les changements accidentels : ainsi le malade, moyennant un changemeni (altération), acquiert la santé (qualité). Cette altération^ qui est le passage entre les deux termes de maladie ei de santé, est l'acte imparfait ou mouvement. Un enfam grandit peu à peu jusqu'à la taille et à la quantit( requise : cet accroissement est un acte imparfait^ c'esi un mouvement de la troisième espèce ou d'accroissement.

Reste maintenant à considérer le mouvement local et pour cela il est bon d'observer qu'on doit distingue! dans un corps mis en mouvement : 1° l'impulsion ou h force motrice; 2° la direction de son mouvement; S*" h terme où il tend.

1° L'impulsion ou la force motrice a) doit être dans le corps en mouvement, car si l'effet y est, la cause ^ doit être également; or, l'effet, c'est-à-dire le mouve ment, est dans le corps ; donc, la cause, c'est-à-dire l'im pulsion ou la force motrice, y doit être aussi : l) cett( impulsion est complètement distincte du mouvement c'est évident puisqu'elle est séparable du mouvement Ainsi dans une pierre posée sur une table, il y a im pulsion ou force motrice, mais il n'y a point mouvement à moins qu'en retirant la table, on ne laisse i l'impulsion, ou force motrice, la liberté de produire sor effet, c) Elle se distingue également de la substance du corps, puisqu'il peut l'avoir et nô l'avoir pas, e1

qu'il peut Tavoir en plus ou moins grande intensité. Donc d), le mouvement doit être considérée comme un accident produit dans le mobile qui est déterminé au mouvement par la force motrice.

2^* La direction doit être considérée comme un effet de rimpulsion; si donc celle-ci reste uniforme, la direction sera droite; autrement, elle variera suivant les variations de sa cause. D'où il suit que, s'il reçoit une tendance d'une cause motrice à un moment donné, le corps décrira une droite dans sa marche; mais il s'en détournera si une autre cause vient par de nouvelles impulsions modifier ou changer la tendance première. De là vient que le mouvement curviligne doit être causé par un moteur instantané et par un moteur continu, c'est-à-dire qui sans cesse modifie la tendance du mobile.

3" Le terme. Il convient ici de distinguer le mouve- [ ment mécanique du mouvement naturel. Le mouve- , ment mécanique provient de la force motrice que le j corps reçoit al extrinseco : le mouvement naturel provient de la force motrice que le corps possède alintrinseco. Un boulet de canon est lancé contre une forteresse; la force motrice du boulet vient d'une cause extrinsèque et l'on peut dire ici que le boulet est la cause instrumentale de l'effet qu'il opère en frappant la forteresse : c'est un mouvement naturel. Le terme dans le mouvement mécanique est déterminé par le moteur extrinsèque; dans le mouvement naturel il est déterminé par le créateur, qui a placé dans la nature ce principe de mouvement (précédente leçon), principe qui, en certaines circonstances extrinsèques, passe à 4We.

On voit par là combien est vrai le principe : Omne quod wovetar, movetur al) alio. Dans le mouvement mécanique c'est évident : mais, môme dans le mouvement naturel, c'est également clair, puisque : 1° le principe de ce mouvement vient de Dieu, et 2*^ que |D*est par l'opération d'un être externe que ce principe n vient à l'acte. L'homme, lui-même, tout libre qu'il est dans ses actes, fournit une preuve do la vérité de cet axiome, car, quand il se meut, il se meut mû par

d'autres, puisq^ue : 1° Thomme ipar nature tend ai bien, c'est-à-dire que Dieu a placé dans l'homme L principe du mouvement au bien, et quand Thomm opère librement, il ne fait ^incliner le mouvemen au bien, vers tel ou tel bien particulier, à son propr gré; 2'^ et encore pour se déterminer à tel ou tel bien il faut qu'il y soit excité par l'objet.

Pour ce qui est de déterminer, en particulier, quel sont, en réalité, les mouvements mécaniques et le mouvements naturels, ce n'est pas l'affaire du philc sophe, puisque cela repose spécialement sur l'obseï vation expérimentale; observation qui exige les plu grands soins et une habileté consommée, parce qu autrement on pourrait tomber dans des erreurs d très-grave importance.

Définition de la durée dans la flus large extensio de son concept; sa division.

La durée est la permanence de Vêtre dans son eœii tence. Il y en a trois : 1° l'éternité; 2^ Vimmortalii (œvum); 3^ le temps. En effet, autant il y a de manière dont l'être demeure dans l'existence, autant il y ad durées. Or, il est un être qui a une permanence in muable, en sorte qu'il n'a ni commencement, ni fin^ ^ aucun changement accidentel : c'est la durée de Diei qui s'appelle éternité. Les intelligences séparées de 1 matière, c'est-à-dire les esprits, ont une succession dan leurs actes d'intelligence et de volonté : c'est pourqu( ils ont en eux le mouvement pris dans sa définition 1 plus générale, et l'on pourrait dire plutôt, ils ont u mouvement métaphorique : la permanence dans leu être s'appelle immortalité {cevum). Enfin, les êtres coi porels ont une permanence dans V existence sujette no% seulement à un mouvement métajphorique, mais enco7 au mouvement propre, dont nous avons déjà parlé leur durée constitue proprement le temps. Voici don la notion du temps que l'oiî a coutume de donne communément : le temps est la durée dans V existent des êtres sujets au mouvement.

Définition philosophique du temjps.

Aristote a défini le temps : La mesicre du mouvemen sous le rapport de V antériorité et de la postériorité

en latin : N^f^meriis est motus secundum prius et poste* riics. Profonde et admirable définition ! Pour la comprendre, considérons que l'homme peut compter ce qui est nombrable, d'après une succession déterminée, c'est-àdire d'antériorité et de postériorité, en disant, par exemple, un, deux, trois, etc. Si, par la pensée, il divise une ligne continue, il en comptera successivement les parties ; mais, ensuite, il peut les faire connaître d'un seul mot, et alors la succession d'antériorité et de postériorité n'est plus dans les parties de la ligne, qui existe toute entière en même temps, mais seulement dans la pensée de celui qui les compte. Mais un vaisseau déployant ses voiles sillonne la mer, je le vois se mouvoir, et je divise en parties arbitraires la ligne du wioz;^eme?i^;j'en compte une, deux, trois, etc., avec une succession de priorité et de postériorité; ici, la succesr sion n'est plus seulement en moi, elle est encore dans les parties elles-mêmes, puisque la ligne du moucement n'existe pas toute entière en même temps, mais dans une succession contiiiue. Ce nombre des parties, dont l'une est antérieure, dans la ligne du moicvernent, est précisément le temps.

D*oii l'on voit que le temps est la durée môme de la chose soumise au mouvement, en tant précisément qu'elle est sujette au mouvement; et, par suite, on peut considérer les temps comme aussi nombreux que les choses sujettes au mouvement. Or, de même qu'on peut comparer une chose permanente avec une autre également permanente, par exemple une ligne avec une autre, et comme de la première comparaison nous avons la mesure et la chose mesurée dans l'ordre de la permanence, ainsi de la seconde, nous avons la mesure et la chose mesurée dans l'ordre de la succession. Mais il est bon de prendre une mesure exacte, c'est pourquoi nous prenons le mètre pour les choses permanentes, et le jour pour les choses successives. Et ainsi j'applique aux autres successions le jour ou l'une de de ses parties, l'heure par exemple, et je dis : Eu telle succession, l'heure est contenue dix fois, tout comme en appliquant le mètre ou Tune de ses parties sur une tour, je dis : Elle a 100 mètres de hauteur.

Enfin, observons que, si le mouvement cesse, avec lui cessent ses parties et le nombre de ses parties, et, par *suite, le temps cesse lui aussi. C'est pourquoi le temps est, comme le mouvement, essentiellement continu. D'où Ton voit que le temps présent ne peut être considéré philosophiquement comme une particule stalle, mais comme un instant indivisible plus rapide que la pensée.

TRENTE-CINQUIÈME LEÇON Des lois physiques.

Concept général de la loi : la raison divine est la loi de toutes les choses créées,

La loi est la règle et la mesure des opérations; ^i comme c'est le propre de la raison seule d'être une règle et une mesure, la loi doit provenir de la raison. Mais, il ne lui suffit pas d'être d'une manière quelconque une règle et une mesure, il lui faut, en outre, la force de mouvoir qui procède de la volonté ; la loi suppose donc la volonté, puisqu'elle est un commandement de la raison. Ainsi l'enseigne S. Thomas : « Commander est un acte de la raison, présupposant l'acte de la volonté, en vertu duquel la raison meut ^diV son commandement à Texercice de l'acte {Sum.,\,2, 17, 1). » Ensuite il explique ainsi comment s'exprime ce commandement : « Commander est essentiellement un acte de raison, puisque celui qui commande ordonne celui à qui il commande, à opérer quelque chose, en intimant ou en notifiant (denuntiando). Or, ordonner par manière d'intimation appartient à la raison, qui peut intimer et notifier une chose de deux manières : premièrement, d'une manière absolue, et cette intimation, s'exprime par le verbe au mode indicatif, comm(^ quand on dit à quelqu'un : Vous devez faire ceci ; secondement, lorsque la raison intime quelque chose à quelqu'un en le mouvant à cette chose, et cette intimation s'exprime par le verbe au mode impératif, comme quand on dit : Faites ceci. » Ce concept général

une fois posé, cherchons quelle e^i la raison qu'on peut appeler règle et mesure ae toiUes les choses créées. Ce doit être certainement la raison dinne, qui, unie à la volonté divine, est le modèle et l'exemplaire de l'ordre tout entier de l'univers : on doit donc la reconnaître comme la loi universelle, et, de même que la raison divine est éternelle, de môme cette loi doit être appelée éternelle. C'est pourquoi S. Thomas nous ait : « Supposé que le monde soit gouverné par la providence divine, il est clair que l'univers est dirigé par la raison divine. D'oii le modèle de la direction des choses a en Dieu, comme souverain universel, essence de loi. Et, puisque la raison divine ne conçoit aucune chose dans le temps, mais que son concept est éternel, cette loi est appelée éternelle {Summ. loc. cit.). » Donc, l'éternelle raison de Dieu commande l'ordre de toutes les choses créées, afin que, en tendant à leurs fins, elles soient non-seulement dans leur être, mais encore dans leur opération, l'expression créée de la bonté incréée de Dieu; et c'est ainsi que dans l'univers brille l'image des perfections divines, c'est-à-dire cette gloire extrinsèque en vue de laquelle le Créateur dirige l'univers créé. Ordonner est une chose si essentielle à la législation et au commandement, que, dans les langues d'origine latine, formées depuis le christianisme, ordonner est devenu synonyme de commander, ordre synonyme de commandement, non pas que tout ordre soit un commandement, mais parce qu'il ne peut y avoir de vrai et légitime commandement sans ordre.

Application de la loi éternelle aux créatures raisonnahles et non raisonnables .

Pour que la loi soit la règle et la mesure des opérations, il faut encore qu'elle soit appliquée aux êtres qui doivent l'exécuter, car elle ne servirait à rien, dès qu'elle resterait, pour ainsi dire, solitaire dans la })cnsée du législateur. « La loi, dit S. Thomas, est imposée comme une règle et une mesure : mais la règle et la mesure sont imposées précisément ^^r//* Vapplication aux choses qui sont réglées et mesurées (1, 2, 90, /i). y) Or, cette application" varie suivant la

diversité des choses : si elles sont raisonnables, elles participent à la loi éternelle par la lumière de la raison, qui, en tant qu^elle réfléchit naturellement, comme un miroir, les principes de cette loi, porte le nom qui lui est propre de loi naturelle : si elles sont sensitives, elles participent à la loi éternelle par les instincts imprimés dans leur nature, et ces instincts ne sont que la connaissance Imaginative d'un terme et la tendance nécessaire à Facquisition de ce terme : si elles sont privées de toute espèce de connaissance, elles participent à la loi éternelle moyennant une dis- 'position de leur nature, qui les incline à une fin déterminée. Laissant, pour le moment, la profonde doctrine de S. Thomas sur l'application de la loi éternelle faite à l'homme et aux êtres sensitifs, voyons comment il l'explique en parlant des créatures insensibles, auxquelles se rapportent spécialement les lois physiques. « Il semble, dit-il, que les êtres naturels contingents (il parle des non vivants), ne soient pas soumis à la loi éternelle : en effet, la promulgation est de l'essence de la loi; or, la promulgation ne peut être faite qu'à des créatures raisonnables, à qui seules on peut notifier quelque chose; donc, seules, les créatures raisonnables, et non les choses naturelles et contingentes, sont soumises à la loi éternelle. Mais il est dit, au contraire, dans les Proverbes (viii, 29) : Quando circumdabat mari terminum suum, et legem ponebat agiuis ne transirent fines suos. Il nous faut donc dire que nous ne devons pas parler de la loi humaine, comme de la loi éternelle, qui est la loi de Dieu. En effet, la loi de l'homme ne s'étend pas au delà des créatures raisonnables qui lui sont soumises, parce que la loi est directrice des actes convenables à celui qui est soumis au gouvernement d' autrui; d'où, à proprement parler, personne ne donne de loi à ses propres actes. Or, toute l'action que l'homme exerce sur les choses non raisonnables qui lui sont soumises, dans l'usage qu'il en fait, il l'exerce par son acte propre qui les meut, puisque ces choses ne se meuvent pas elles-mêmes (trente-deuxième leçon), mais sont mues par d'autres : c'est pourquoi l'homme ne peut leur donner des lois, en tant qu'elles

lui sont soumises ; mais il peut en donner aux créatures raisonnables qui lui sont soumises, en tant que, par un précepte ou notification, il imprime dans leur esprit une certaine règle qui est un principe cVoyération. Or, de même que l'homme, par sa notification, imprime à l'homme, qui lui est soumis, ce principe interne d'opération, de même Dieu imprime à toute la nature les principes de ses opérations propres : c'est pourquoi l'on dit ainsi que Dieu commande à toute la nature, selon ce mot du Ps. cxLViii : Prceceptum posuit et non p^eterihit; et c'est aussi pour cela que tous les mouvements et tous les actes ae la nature sont soumis à la même loi. Les créatures non raisonnables sont donc soumises à la loi, en tant qu'elles sont mues par la providence divine, mais non pas comme les créatures raisonnables, moyennant l'intelligence du précepte divin. C'est pourquoi nous répondons à la difficulté proposée que l impression du principe actif intrinsèque est, par rapport aux choses naturelles, comme la promulgation ae la loi par rapport aux hommes, qui reçoivent par elle un principe directif de leurs opérations {Sicmm., 1, 2, 93, 5). »

Ces doctrines si élevées rendent évident ce qu'on doit entendre par lois physiques. En efifet, on considère la loi ou bien dans le législateur qui est la mesure et la règle, ou bien dans les choses qui sont réglées et mesurées par lui. Sous le premier aspect la loi éternelle, en tant qu'elle prescrit l'ordre que doivent suivre les créatures raisonnables dans leurs opérations, en les dirigeant vers leurs fins prochaines et, par le moyen de celles-ci, à leur fin dernière, la loi éternelle, disons-nous, prend le nom de loi morale : en tant qu'elle prescrit l'ordre que doivent suivre les choses non raisonnables, vivantes ou non vivantes, dans les opérations par lesquelles elles sont dirigées à des fins déterminées, elle s'appelle loi physique. Sous le second aspect la loi éternelle, en tant qu elle est une loi morale, doit être cette impression de la raison éternelle faite dans la lumière intellectuelle des créatures raisonnables, qui en reçoivent ainsi les principes de vérité pratique comme des expressions des principes

éternels de la pensée divine. La loi physique est l'impression faite par Dieu dans les créatures non raisonnables, afin que, par leurs opérations, elles tendent aux fins que se propose la loi éternelle; or, cette impression consiste précisément dans les dispositions^ dans les habitudes {halitus), dans les instincts, dans le caractère, et, en un mot, dans les qualités que Dieu leur a données, et en vertu desquelles elles sont inclinées et déterminées à opérer de telle manière plutôt que de telle autre. Dans ces qualités réside comme en germe la disposition physique de tout l'univers ; car c^est d'elles que dépendent les changements de toutes les choses par cette série de révolutions cosmiques, qui ont commencé avec le premier acte créateur et dureront tant que le monde continuera d'exister. Aussi S. Augustin et S. Thomas ont reconnu dans les qualités, qui comprennent les forces actives et passives des substances, ils ont reconnu, dis-je, les principes ou raisons séminales de toutes choses : « On tire les dénominations des choses, dit le Docteur angélique, de ce qu'elles ont de plus parfait. Or, les plus parfaites de toutes les substances corporelles sont les vivants. Mais les principes actif et passif de leur génération, sont les semences d'où elles sont engendrées; donc, c'est avec raison que S. Augustin (III, de Tr in. ^ donne le nom de raisons séminales à toutes les forces actives et passives, qui sont les principes des générations et des changements naturels, Qes forces actives et passives peuvent être considérées en différents ordres. Ainsi, elles se trouvent principalement et originairement dans le Verbe divin selon leurs formes idéales : elles sont d'une seconde manière dans les éléments du monde, desquels au commencement elles furent produites, comme causes universelles ; elles se trouvent d'une troisième manière dans les choses qui, par la suite des temps, grâce au concours des causes universelles, se produisent, par exemple, en telles plantes déterminées, en tel animal déterminé, comme en des causes particulières; on les remarque enfin d'une quatrième manière dans les semences que produisent les plantes et les animaux : et ces semences

sont, par rapport à d'autres effets particuliers, comme les premières causes universelles par rapport à la production des premiers effets {Summ , 1, 105, 2). » Nous pouvons donc dire que les lois physiques, prises in concreto dans les êtres créés, sont les principes séminaux, qui donnent naissance à révolution de Tunivers entier dans Tordre naturel ou physique; or, ces principes sont précisément les qualités ou forces dont nous parlions.

Tel est le sens des mots lois physiques : sens non pas vague, mais précis et déterminé; et si quelqu'un refusait les principes exposés aux créatures sans raison et sans vie, je ne vois pas comment il pourrait s'empêcher de nier même l'existence des lois physiques, ou tout au plus de se résigner à employer un mot vide de sens réel pour lui. Rappelons-nous, en outre, (lue, comme l'ordre moral consiste dans la disposition des opérations humaines, faites suivant l'exemplaire de la loi morale imprimé dans la raison humaine, ainsi l'ordre . physique consiste dans la disposition des opérations de toutes les créatures non raisonnalles suivant l'exemplaire de la loi physique déposé dans ces principes d'opérations qui leur sont communiqués par Dieu. Par suite, de même que, si vous ôtez la loi morale, l'ordre moral cesse; de même, si vous ôtez les lois physiques, l'ordre physique doit cesser également. Aussi l'on ne voit pas comment on peut rejeter cette doctrine, sans en tirer encore l'une de ces conséquences logiquement nécessaires : ou bien de nier 1 ordre physique et l'harmonie qui se manifeste dans les trois rcgoes de la nature et en chacun de leurs individus; ou bien, si on l'admet, de l'attribuer à un aveugle hasard, ou bien, enfin, en tranchant le nœud au lieu de le délier, d'attribuer le tout à Dieu, non-seulement comme cause première^, suprême et universelle, mais encore comme cause seconde, immédiate et totale, au risque de tomber en quelque opinion touchant à l'erreur de ces anciens qui faisaient de Dieu l'àme de l'univers, heureux encore s'ils ne poussent pas plus loin en affirmant, avec trop d'extravagants de nos jours, cette absurdité : Dieu est tout, et tout est Dieu,

Mais il^ est temps, après avoir jeté les fondements, d^'en venir à la construction de Tédifice; après avoir donné sur la toile les premiers coups de pinceau, il est temps de colorier chaque figure : je veux dire que, après avoir traité en général des choses physiques, nous devons traiter de chacune de leurs espèces. On verra que les grands progrès de la physique expérimentale dans notre siècle sont en lutte ouverte avec ces systèmes philosophiques, qui sont à présent trop répandus dans l'enseignement; et qu'au contraire ils ne sont conciliables qu'avec le système ^liysiq^ue, dont, sur les traces des anciens philosophes, nous avons suivi les doctrines.

PHYSIQUE PARTIGULIÈRT5

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