TRENTE-SIXIÈME LEÇON
Objet de la physique particulière.
L'objet de la physique particulière est le corps naturel (vingt-et-uniôme leçon), considéré dans ses différentes espèces» Gomme on Ta vu dans les leçons précédentes, la diversité d'espèces résulte de la diversité d'essences, puisque l'espèce est formée du genre prochain et de la dernière différence : différence et genre qui, pris ensemble, donnent l'essence complète de l'être. Si l'on considère l'essence telle qu'on la trouve physiquement dans les substances corporelles, il est clair qu'elle est constituée par la matière première et par la forme substantielle, puisque la substance corporelle se définit : Une sicbsiance composée de matière première et de forme substantielle. Or, la matière première étant le sujet des changements substantiels, qui font passer un être corporel d'une espèce à une autre, il suit de là que cette matière première est le principe commun aux différentes espèces, et que la diversité des espèces doit se tirer de la diversité des formes substantielles. Ainsi, il y aura autant d'espèces que de diverses formes substantielles, qui informent les corps; et de là vient ce grand principe : ToiU changement de forme substantielle change ou diversifie Ves- 'pèce.
De cette doctrine on voit clairement que les espèces des substances corporelles sont innombrables. En effet, la diversité des opérations suppose la diversité
des formes substantielles (vingt et-unième et vingtdeuxième leçons); donc, les substances corporelles qui ont entre elles diversité dans les opérations étant innombrables, il en résulte que les formes substantielles et, par suite, les espèces diverses, sont innombrables. Il serait donc impossible de traiter de chacune d'elles, et il convient de s'en tenir à une division moins détaillée. C'est pourquoi nous diviserons la physique particulière en quatre parties seulement, que nous prenons plutôt de la division des genres que de celle des espèces. La première partie traitera des substances corporelles non vivantes, ou des minéraux ; la seconde, qui commence à parler des vivants, traitera des plantes; la troisième, des animaux non raisonnables; la quatrième, de l'homme. La méthode synthétique que nous suivons, nous permettra de traiter amplement dans le genre inférieur ce qui est commun aux genres supérieurs, et nous ne parlerons, pour ainsi dire, dans ces derniers que de ce qui leur est propre.
Il nous semble opportun d'avertir les adversaires de la philosophie de S. Thomas, qu'ils cessent les attaques puériles par lesquelles ils prétendent nous confondre. Ils ont coutume de nous attribuer les erreurs qui Sî3 trouvent chez quelques vieux scolastiques, par la belle raison qu'ils s'appelaient disciples de S. Thomas. Que diraient-ils si nous voulions leur attribuer toutes les folies des anciens atomistes, depuis Epicure jusqu'à Descartes et à Gassendi, ou les ridicules hypothèses de quelques vieux dynamistes? Si nos adversaires veulent agir loyalement, qu'ils prennent ce que nous disons, et qu'ils le démontrent, s'ils le peuvent, contraire à la raison, ou à une expérience certaine.
PHYSIQUE PARTICULIÈRL ^73