‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 5 sur 90 · QUATRIEME LEÇON · texte numérisé non relu

QUATRIEME LEÇON

De la cause matérielle de l'ordre logique.

De la définition et de la division des termes.

De la cause matérielle de Vordre logique.

Tout ce qui est capable de recevoir quelque actuatioîi, modification, disposition, porte le nom générique de matière; et Ton appelle forme Tactuation elle-même, la modification et la disposition. Ce n'est pas seulement dans les choses corporelles, c'est aussi dans les choses incorporelles que l'on emploie cette double dénomination ; ainsi, dans nos pensées elles-mêmes nous pouvons distinguer la matière et la forme. Ceci posé, les actes de l'intellect, qui peuvent être facilement ordonnés pour l'acquisition de la vérité, seront la matière ou la cause matérielle de l'ordre rationnel. Dans la leçon précédente, nous avons dit que l'on raisonne mieux sur ces actes quand on les considère dans leurs signes : nous prendrons donc pour matière de l'ordre rationnel le terme et la "pr opposition (1).

De la définition et de la division des termes.

a) On peut définir le terme absolument, ou relativement à l'ordre rationnel. Pris absolument, il est le signe extérieur de la chose pensée par le verbe incomplexe; ainsi lion, xertn, Uen, force, sont autant de termes. Pris relativement, le terme est défini par Arislote : Ce en quoi se résout toute proposition, comme en

(1) Plusieurs philosophes modernes veulent traiter,. ej?;)ro/esso, dans la logique, ce qui se rapporte aux actes internes de l'esprit humain, et ne réussissent qu'à mettre de la confusion dans les idées des jeunes gens. Ceux qui commencent à étudier la philosophie sont comme les enfants : il leur faut une nourriture simple et saine.

sujet et attribut. Voici une proposition : Le sage est digne (Thonneitr. Le sage est sujet {stihjicitur) à ce qui suit; digne dlionneicr, être digne d'honneur est attribué au sujet {attrïbuitnr siibjecto, de eo p^edicatur) et pour cela est attribut ou prédicat. Cette proposition, si on la résout, se divisera en sujet et en attribut, qui sont unis ensemble par le verbe substantif est, pour former un tout. Alors Vliomme sage sera un terme; digne d'honneur sera Tautre terme; et le verbe substantif e^^^ ne sera pas terme ou partie d'un terme, mais le lien d'un terme avec l'autre.

V) Le terme se divise de différentes manières. Voici ses principales divisions :

1° Il se divise en terme îcnivoque, éqîiivoque et analogue. Il ne faut pas croire qu'un terme univoque ne puisse être en même temps équivoque ou analogue; non : notre division indique seulement qu'un terme peut avoir une signification univoque, ou équivoque, ou analogique.

Il a une signification univoque, quand il s'applique à plusieurs choses dans le même sens. Ainsi le terme homme, appliqué à Pierre, à Paul, à André, est univoque, parce qu'il a le même sens dans ces trois cas.

Il a une signification équivoque, quand il s'applique à plusieurs choses tout à fait diverses : ainsi le terme ours, taureau, poisson, appliqués à des animaux et à des constellations.

Il a une signification analogique, quand il s'applique à plusieurs choses diverses sous un rapport, égales sous un autre rapport. On. distingue pour les termes une double analogie : la première a attribution, la seconde de proportion. La première existe dans les termes qui signifient des choses diverses de nature., mais qui ont du rapport entre elles, dans le sens exprimé par le terme analogue; ainsi le terme sain s'applique à la médecine, à l'air, à la nourriture, à la couleur du visage, à Vexercice, à VhaUtation, à ranimai : il s'applique à ces choses, parce qu'elles sont ou causes ou signes de la santé de ce dernier. La seconde existe entre les termes qui signifient des choses diverses de nature, mais entre lesquelles se trouve une certaine

similitude de proportion. Ainsi Ton dit que l'homme rit, que la prairie est riante, parce que l'agrément est dans la prairie ce que le sourire est dans Thomme. Pour la même raison on dit d'un homme cruel que c'est un Néron ; d'un homme hardi que c'est un lion ; d'un homme affamé que c'est un loup, etc..

2'' Le terme se divise en singulier, universel, trans cendental, "particulier.

Le terme singulier est celui qui peut s'attribuer seulement à un individu, par exemple : Antoine, cet homme, ce siège, etc..

Le terme universel est celui qui peut s'attribuer à beaucoup d'individus dans une signification univoque. Ce terme est :

ci) Syécifiqiie, quand il indique toute l'essence des choses auxquelles il s'^attribue, par exemple : homme. Homme signifie animal raisonnatle ;, et dans ces mots se trouve l'essence complète de' Pierre, d'Antoine, de César, auxquels j'applique le terme homme;

V) Générique, quand il indique cette seule partie de l'essence qui se conçoit comme indéterminée et déterminable. Ainsi animal est un terme générique, parce qu'ail indique une partie de l'essence de l'homme, laquelle est déterminée par la qualité, de raisonnaUe, autre partie de l'essence humaine;

c) Différentiel, quand il indique la partie de l'essence qui se conçoit comme déterminant le genre : ainsi raisonnable, est un terme différentiel;

(T) Propre, quand il indique ce qui est inséparable de l'essence complète, et ne peut s'appliquer qu'à ceux qui ont la même essence. Ainsi la faculté de raisonner est propre à l'homme; car elle appartient à tous les hommes, et aux hommes seuls;

è) Accidentel, quand il indique ce qui n'appartient point à l'essence et peut s'en séparer. Ainsi Iflanc, appliqué à l'homme, sera un terme accidentel : il pourra être affirmé d'un grand nombre et nié d'un grand nombre aussi.

Les cinq choses, ainsi indiquées par ces cinq termes, sont appelées universanx et aussi prédicalles : ce sont le genre, Yespèce, la différence, le propre et, Vaccident,

On les appelle nniversanx, parce qu'ils sont participés ou peuvent être participés par beaucoup d'êtres : ainsi beaucoup d^'etres ont le même genre, la même espèce, la môme différence, le même propre et le même accident. On les appelle encore prédicabïeSy parce que dans toute proposition le prédicat, que Ton peut, avec le sens unwoqiie, attribuer à beaucoup de choses, doit être ou genre, ou espèce, ou différence, ou irropre, ou accident.

Le terme transcendental peut s'appliquer non-seulement à beaucoup de choses, mais encore à toutes les choses possibles et réelles, bien que ce ne soit pas toujours dans un sens univoque. Le transcendental est ce qui est signifié par le terme lui-même. A vrai dire, les termes transcendentaux, ayant une signification différente, sont seulement au nombre de quatre : Etre, unité, vérité^ lonté. Le premier indique le transcendental, et les trois autres indiquent les attributs. Toute chose est être, et, en tant q%Cêtre, une, vraie, lonne, bien que, sous d'autres rapports, et dans un autre sens, on puisse la dire multiple, fausse et mauvaise.

Le terme particnlier n'est autre que Vuniversel ou transcendental pris avec une restriction indiquée par quelque j)articule, par exemple : qitelqu/être, quelques hommes. Si la particule limite l'universel ou le transcendental à un seul individu, alors il en résulte le singnlier, par exemple : cet homme, ce chien.

3" Le terme se divise en ahsolu et 'relatif. Le premier, par exemple : homme., se dit de la chose considérée en elle-même ; le second, par exemple : maître, domestique, père, fils, se dit de la chose considérée par rapport à une autre.

4*" Enfin, en laissant les divisions de moindre importance, le terme se divise en terme abstrait et en terme concret. Le terme abstrait signifie la détermination d'un objet eu tant que séparée de l'être, par exemple : humanité, sagesse, blancheur . Le terme concret signifie l'être avec sa détermination, par exemple : honime, sage, blanc.

Nous n'en disons pas davantage sur la définition des termes

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