‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 6 sur 90 · CINQUIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUIÈME LEÇON

De la définition et de la division.

De la définition et des règles à suivre pour qu'elle soit Men faite.

En général, on peut dire que la définition est un terme composé, qui, en circonscrivant la chose dans certaines limites, la fait distinguer de toute autre. Elle est nominale, ou réelle. La première explique le mot soit par Tétymologie, soit par l'usage commun, soit par l'usage propre de celui qui écrit ou parle. La seconde manifeste la chose, ou en expliquant son origine, ou en la décrivant avec ses propriétés, ou en exprimant son essence complète par le genre prochain et la différence spécifique. La définition réelle est la vraie définition philosophique; c'est elle surtout que nous devons avoir en vue.

a) La définition philosophique n'est pas toute la proposition, mais seulement le terme que l'on appelle attribut. Ce terme ne peut pas être simple ; il est composé de plusieurs termes dont chacun pourrait être par lui-même attribut. Ainsi, dans cette proposition : — Vliornme est un animal raisonnable, — la définition n'est pas toute la proposition; le sujet homme est le défini, et l'attribut animal raisonnable est la définition.

V) En second lieu, la définition doit être aussi claire que possible, parce qu'elle doit donner du défini une connaissance claire. Mais cette clarté est relative; et quand il s'agit de définitions philosophiques, il est absurde d'exiger qu'elles soient comprises immédiatement par les ignorants. C'est donc à tort que certains savants ont rejeté beaucoup de définitions philosophiques des choses, comme difficiles à comprendre, et en ont donné d'autres qui, non-seulement, ne sont pas philosophiques, mais sont encore fausses, sous les dehors d'une trompeuse clarté. Voici, par exemple, des définitions claires et fausses : La substance corporelle vivante est %in agrégat d'atomes symétriquement disposés. — L'âme est le mouvement des atomes qîii sont dans le -cerveau.

c) En troisième lieu, la définition doit .être distincte, c'est-à-dire qu'elle doit être faite de manière à donner à la chose définie les qualités qui conviennent à elle seule; et à en donner ainsi une connaissance distincte par laquelle on pourra la distinguer de toute autre. Par conséquent, on définirait mal la vertu en disant : La vertu est ime qualité de l'âme, car on pourrait donner la même définition du vice. Il faut donc faire entrer dans la définition les dernières déterminations de l'essence de la chose à définir, de manière que cette définition ne puisse convenir à d'autres objets. Je dis les dernières déterminations de l'essence, car ce que l'on enseigne communément, qu'une définition parfaite doit indiquer le r/enre prochain et la dernière différence de l'objet à définir est très-juste^ mais souvent bien difficile à mettre en pratique. Il faut remarquer ici que les genres des choses, c'est-à-dire la partie déterminalÂe de l'essence sont multiples, et que les différences, c'est-à-dire la partie déterminante de l'essence, sont multiples aussi. D'abord, au-dessous de la notion transcendentale de l'être, qui s'étend à tout, on peut placer deux genres très-universels : ce sont le genre de la substance, ou de l'être qui est en soi, et le genre de l'accident, ou de l'être qui, de sa nature, s'attache à un autre, comme au sujet qui lui convient. Ensuite, à ces deux genres très-universels sont subordonnés un grand nombre d'autres qu'il serait long et peu utile d'énumérer ici. Cependant, afin que chacun comprenne bien le sens de ces mots, prochain, appliqué au genre, et dernière, appliqué à la différence, nous donnons ici le tableau de la substance :

Suhstance

Composée

Corps

Non composée

Animé

Vivant

Non animé

Sensitif

Animal

Non sensitif

Raisonnable

Homme

Non raisonnable

Corn. Puil. Scol. — i

Le mot sulstanœ indique le genre siqrrême ainsi appelé parce qu'il n'est placé au-dessous d'aucun autre genre, mais seulement au-dessous de la notion transcendentale d'être. Les mots de la colonne du milieu : C07'ps, zhant, animal, représentent les genres subordonnés, et, en même temps, les choses définies. Les deux colonnes latérales donnent les différences qui forment, en s'unissant aux genres, les espèces et les définitions parfaites. Voulez-vous définir le corps? Vous direz :Ze cor'îjs est une siibstance composée. Voulez-vous définir le vivant? Dites : Le vivant est un corps animé. Voulez-vous définir l'animal? dites : L'animal est un vivant sensitif. Voulez-vous définir l'homme? Dites : L'homme est un animal raisonnahle. Mais la notion d'homme ne pouvant jamais devenir genre, parce qu'il est impossible de concevoir qu'une partie essentielle déterminante, la différence, vienne s'adjoindre à cette notion, il en résulte que, au-dessous de l'homme, il n'y aura plus que des individus, et l'homme sera l'espèce dernière. — Et, pour que personne ne soit choqué dès le début, il faut savoir que, lorsqu'on définit le vivant une substance corporelle animée, il faut entendre une substance corporelle douée d'un principe vital, qui, bien qu'insensible, s'appelle communément âme.

d) D'où il résulte 1" qu'on ne saurait donner une vraie définition des choses qui ne sont pas composées de genre et de différence : c'est pourquoi les transcendentaux, la substance, l'accident, ne peuvent pas être définis philosophiquement, bien qu'on puisse en donner une certaine connaissance ou une explication telle quelle : mais on peut parfaitement définir les différentes espèces de substances et les accidents déterminés des choses. Il en résulte 2° qu'il n'est pas à propos de définir des choses très-claires, car, loin d'en éclairer la notion en la définissant, on la rendrait plus obscure. '^ On ne peut non plus donner une définition stricte des choses qu'on ne connaît pas suffisamment pour en indiquer l'essence : par conséquent, les nombreux savants, qui laissent de côté l'essence des choses, et s'arrêtent aux seuls phénomènes, ne peuvent donner de vraies définitions philosophiques.

Si Ton considère attentivement tout ce que nous avons dit de la définition, on comprendra combien il est utile de définir, et combien les anciens avaient raison de placer la définition au nombre des principaux modes de savoir ou instruments de la science. Quiconque traite d'une science sans se préoccuper de donner des définitions exactes, court grand risque de tomber à chaque pas en de très-graves erreurs.

De la division et des règles qvfil faut observer pour qu'elle soit lien faite,

La division, comme l'indique ce nom lui-même, est la distribution d'un tout dans les parties dont il est composé soit réellement, soit suivant notre manière de concevoir. Il importe peu d'énumérer les diverses dénominations du tout, il suffit de savoir que toute chose, qu'elle soit idéale ou réelle, existante ou possible, peut être divisée dès lors qu'on peut distinguer en elle plusieurs parties. Nous n'entendons pas dire pour cela que cette division puisse toujours se faire en réalité comme elle se fait dans l'intelligence, car nous pouvons diviser mentalement beaucoup de choses qui, de fait, sont indivisibles. Voici maintenant les lois suivant lesquelles la division doit se faire :

a) La division doit être renfermée en une proposition dont le sujet sera le divisé, et l'attribut sera la division.

1)) Elle doit être adéquate, c'est-à-dire elle ne doit rien avoir de plus, rien de moins que le divisé. Ainsi, ma division ne sera pas adéquate si l'on dit que la substance corporelle se divise en substance vivante, sensitive et raisonnable, puisqu'il manque à cette définition un membre qui est la substance corporelle non vivante.

c) Il faut que les parties de la division s'excluent mutuellement : c'est-à-dire que l'une ne renferme pas l'autre. Ainsi, l'on diviserait mal la terre en disant qu'elle comprend : l'Europe, l'Asie, l'Afrique, l'Amérique, l'Au- 3tralie et l'Italie, puisque l'Italie se trouve comprise dans l'Europe.

d) Aucune partie de la division ne doit égaler toute seule le divisé. Ainsi, si l'on divisait l'animal en sensitif

et raisonnable, il est clair que la division serait mauvaise, parce que la notion de l'être sensitif a la mê>me extension que celle d'animal et l'être raisonnable luimême est sensitif.

é) Enfin, la division doit être simple et renfermer un petit nombre de membres, autant que faire se peut. On pourra prendre ensuite, pour les diviser, si cela est nécessaire ou utile, chacun des membres de la division déjà faite, et puis encore les membres de cette nouvelle division. C'est ce qu'on fait dans les ouvrages scientifiques de physique, de médecine, etc. On commence par les questions générales, et l'on descend aux particulières, en ayant soin de mettre entre elles l'ordre convenable.

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