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QUARANTE-SIXIÈME LEÇON

De la génération des plantes

De la géiiération en général, et de la génération des "plantes en ])articitlier ,

Il est assez facile de comprendre la nutrition et l'augmentation dont nous avons parlé plus haut; la génération des plantes est un peu plus difficile à comprendre. Le mot génération, il importe avant tout de le savoir, peut avoir deux significations : une générale, et une spécifique. Selon la première, on appelle génération tout changement dans l'être sv.lstantiel : l'eau et les autres substances inorganiques sont engendrées de cette manière. Dans une signification plus restreinte et spécifique, la génération est «• l'origine d'un vivant d un autre vivant comme d'un principe conjoint, avec ressemblance de nature » : Gcneratio est origo viventis a rivente conjuncto in similitudi' nem naturœ. Telle est la définition scolastique, la meilleure de celles qu'on a données depuis. Ainsi une plante tire son origine d'une autre plante puisque le pollen et Tovule, où se trouvent les deux principes séminaux, l'actif et le passif, étaient conjoints à la niante génératrice, et que, du pollen, uni ensuite à l'ovule, est

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formé le germe parfait qui produit la plante semUalle en nature à celle qui fournit les principes séminaux. Mais, comment une plante nouvelle peut-elle perpétuer Tespèce? C'est à cela que nous allons répondre.

Conclusion, — La 'plante confère au germe, comme à son instrument, icne jouissance capable de produire^ dans la matière, Je changement d'où résulte la forme matérielle, qui est une âme végétative semUaUe à la sienne proirre.

Il faut d'abord observer que, dans tous les changements cosmiques, on rencontre un vestige de la Trinité créatrice. En effet, a) dans toute substance corporelle, on trouve : la matière ou le sujet en puissance; la forme ou l'acte, et le composé dérivant de l'union des deux autres. C'est pourquoi Platon, dans le Timée, parlait ainsi de la matière première, de la forme substantielle et du composé : « Il y a ici une triade : ce qui est produit; ce en quoi l'on produit; et ce qui est le principe efficient de la production. On peut donc comparer le produit à V enfant ; ce en quoi l'on produit, à la mère; et ce qui est le principe de la production au fère. )) Ce qui est plus admirable encore c'est que, comme dans la Trinité incréée, les trois personnes sont réellement distinctes entre elles, ^t sont cependant la même essence, la même nature et un seul principe d'opération à l'extérieur; ainsi, dans touhi substance : corporelle, ce composé est réellement distinct de la i matière ou de la forme; la matière et la forme aussi i sont distinctes entre elles, mais, réunies, elles sont l'es- i sence même et la nature complète, principe unique d'opération, l) Dans les êtres inorganiques ou minéraux, cette loi, que les chimistes appellent loi de la i combinaison hinaire ou dualisme, est, à vrai dire, la . loi cosmique du trialisme, s'il est permis de parler ainsi, puisqu'il y a toujours deux substances qui en engendrent une troisième, comme dans la combinaison de l'eau, par exemple, oii l'oxygène et l'hydro- ' gène forment l'eau, de sorte qu'on n'y trouve plus qu'une seule nature, c) De même, nous avons, dans toutes les substances corporelles vivantes, deux principes générateurs et le produit qui en résulte ; celui-c^

n'a pas, à la vérité, une môme nature individuelle avec SCS principes, mais une môme nature spécifique.

On pourrait appliquer aussitôt à la production de tous les* accidents cette loi mystérieuse de la production des substances ; cette loi, en effet, s'y trouve fidèlement observée et pas un acte accidentel n'est produit .autrement que par deux principes. Mais ce serait trop nous éloigner du sujet ; laissant donc ce point à la méditation des élèves, nous revenons à la plante.

Il nous faut donc considérer dans la génération delà plante : a) le père; h) la mère; c) le produit. Quelques plantes présentent une séparation de suppôts entre les deux principes : une plante est alors le père; une autre la mère. Dans d'autres plantes, et ce sont les i)lu3 nombreuses, on ne-voit point cette séparation des suppôts, mais seulement une séparation de parties : ainsi, une partie de la plante donne le principe actif, et, ])our ainsi dire, paternel; l'autre donne le principe passif ou maternel. I.e principe actif paternel est dans le pollen ; le principe maternel, dans l'ovule; c'est ce que rappelle cet antique axiome : Onine viviim cih ovo. Seule, la Ibvilla du pollen est incapable de produire ; de môme, l'ovule seul ne pourrait engendrer un vivant : il faut que la fovilla s'unisse à l'ovule et le féconde ; celui-ci, ainsi fécondé, donnera le vivant.

Dans certains vivants la génération, c'est-à-dire la fécondation de l'ovule, s'opère au lieu où se fait ensuite le premier développement du vivant et sa naissance; il n'en est pas de môme dans les autres, comme dans les plantes et tous les animaux qu'on appelle ovipares. Comme ces animaux, les plantes laissent se détacher d'elles-mômes dans un germe parfait, par exemple dans un grain de froment ou de maïs, une fève ou un

Sois, l'ovule fécondé, qui, sous l'action de la terre, e l'eau, de l'air, de la chaleur, et sous les influences mystérieuses du soleil et de la lune (1) , s'actue dans un ôtre vivant de la nature môme des principes engendrants. Il est impossibles qu'il s'aciuc dans

(1) La inV'Cssilé crunc certaine clialriir ot l'influence du soleil et tle h Iun« 4nns b pt^nérulion do» Tivanis, est le fait le |>liis uniTersollaiiicul connu, uoiiseulenicnl par Us iilivsiolo^istcs, mais ausi'i par le pouplo.

une autre nature, comme il est impossible (ju'un sceau oii se trouve une étoile, laisse dans la cire la trace d'une rose; de même, le pinceau ne pourra jamais peindre des objets autres que ceux qui sont comme archétypes dans l'esprit de l'artiste : d'autres objets demanderaient d'autres mouvements dans la main du peintre, et la main doit être guidée par la pensée. Nous verrons bientôt la raison de ces comparaisons.

Ceci posé, voici l'explication de notre conclusion. Le créateur donna à la plante le pouvoir de produire le pollen et, dans celui-ci, la fovilla, qui a une puissance fécondante dont, peut-être, est l'indice le mouvement perpétuel des corpuscules qu'elle renferme. Il a donné aussi à la même plante le pouvoir de produire l'ovule dont on voit une petite partie apte à recevoir la première puissance fécondante. Ainsi, d'après saint Thomas et aussi la physiologie moderne, le principe actif viendrait du père, le principe passif, de la mère. Ces deux principe sont réunis dans l'ovule fécondé que, dans les plantes, comme nous l'avons vu, on appelle la semence "par faite. On ne trouve point dans cette semence la plante vivante en acte, ni même l'organisme de la plante au moment où les deux principes productifs se réunissent; mais il y a en acte une puissance active qui procède de ces deux principes. C'est cette vertu qui, placée dans des circonstances convenables, change la matière pour la rendre organique et en faire résulter cette forme matérielle qui est l'âme de la plante engendrée (1). Alors commence à vivre le nouvel être.

Cette puissance qui est dans la semence parfaite, par exemple dans le cône de pin ou le gland, n'est pas la forme substantielle de la semence, encore moins une petite âme destinée à grandir plus tard jusqu'à former un pin ou un chêne. Quand l'art, en effet, pourrait produire un véritable ovule, comme il produit Teau, en usant des forces qui sont dans les éléments, cet ovule égal, dans

(1) Voici ce que dil saint Thomas : « Materia Iransnmtalur a virtutc qua; est jn scmir.e, quousquc pevclucatur in aclum animaî, non ita, quod ipsamcl vis quœ o'ot in semine, fiai anima, quia sic ideni essel geneiaus et gcneralum {Sumnuy 1, 118, i), •

ses éléments physiques, kVoYule fécondé de la plante, serait toujours privé de cette puissance qui provient des deux principes générateurs et ne produirait jamais une plante vivante. Ce qui prouve la vérité de ceè autre axiome : Omne vivum ex vivo. D'oii Ton voit que la puissance génératrice est dans la semence, comme dans un instrument, et, pour employer la comparaison de saint Thomas, comme la puissance de Tartisan est dans le pinceau ou dans la hache; ou bien encore, Tàmc de la plante engendrée est dans le germe, comme la figure d'un meuble dans Toutil du menuisier, comme la disposition des couleurs de la toile peinte dans les pinceaux de l'artiste. Il doit paraître raisonnable d^accorder à la puissance divine, et, par conséquent, aux forces de la nature, quelque chose de plus que ce qu'on accorde aux forces de Tart et à la puissance de Touvrier. Quoique l'artiste ne puisse faire demeurer dans le pinceau la puissance qui le meut actuellement pour peindre, mais doive le mouvoir continuellement, on peut cependant bien concevoir que, par le moyen des plantes, Dieu ait mis dans le germe, qui est un instrument, une puissance qui y demeure pour être activé toutes les fois que ce germe sera placé dans les conditions requises, quand même il se serait écoulé un long espace de temps depuis sa séparation de la plante génératrice.

Il est clair qu'on doit embrasser sans crainte la doctrine de la génération de la plante, expliquée ainsi selon notre conclusion, surtout 1° car cette conclusion fournit, mieux que tout autre système, une manière claire d'expliquer les phénomènes étonnants de la génération sans contredire aucun fait, mais plutôt en s'accordant parfaitement avec tous, et, autant que le permet une matière aussi ardue, en les expliquant tous. 2*" On doit l'admettre d'autant plus volontiers que tout autre système est absurde en ce point. Si on la rejette, en elfet, il faudra embrasser une des hypothèses suivantes :

a) Le germe serait une plante vivante, ou bien on trouverait dans le germe, la plante vivante avec tout son organisme. Mais quelle en a été la cause? On dira

que cette toute petite plante dérive dans le germe de la plante qui Ta produit. Mais cette petite plante microscopique, que personne n^a jamais vue, immédiatement avant que d'être dans la semence parfaite ou l'ovule fécondé, sera dans le pollen, ou Tovule non fécondé, ou bien à Textrémité de l'un, ou à l'extrémité de l'autre. Ces opinions ne méritent même pas d'être réfutées, tant elles sont étranges et fausses eu égard à ce que Texpérience nous apprend touchant le pollen et Tovule.

Mais supposons-les vraies un instant. Cette petite plante est dans le pollen, et, par cela même, la moindre particule de la plante engendrée est de même nature que le principe engendrant, puisque chaque molécule est fécondatrice. Dans cette hypothèse on est forcé de dire que la plante a eu le pouvoir de produire la petite plante dans chaque grain du pollen : on retomberait ainsi dans l'opinion que nous défendons, mais en la rendant moins conforme aux faits. Si l'on accorde au vivant le pouvoir de déposer une telle puissance dans le pollen placé au-dedans de lui, on n'a aucune raison de nier que le vivant la donne au même pollen avec le concours de l'ovule maternel. Pour le nier, il faudrait soutenir que dans une plante il y a en acte autant de millions de petites plantes entières qu'il y a de molécules de j)ollen dérivant de cette plante; et comme cette première plante fut aussi dans le germe qui lui donna naissance, celui-ci dut avoir aussi des millions de plantes vivantes, et ainsi de suite jusqu'à la plante dont toutes les autres sont nées. Et, puisque la génération, considérée en elle-même ^ peut se continuer dans une suite indéfinie de siècles, et, puisque aussi chaque plante donne une multitude incroyable de grains de i pollen, il faudra dire qu'il existe, dans chaq^ue germe, ' un nombre, réellement et dans toute la rigueur des termes, infini, de petites plantes; c'est là une chose tout à fait incroyable et ridicule. On doit donc absolument rejeter cette opinion comme fausse.

V) On pourrait peut-être imaginer une autre hypo-^^ thèse. On dira que la petite plante ou l'être organique,;' a V instant où l'ovule est fécondé, n'est pas encore dans:

le germe, mais que plutôt au commencement cet être est tout simplement une substance inorganique, autour de laquelle les substances extérieures viennent se disposer régulièrement ou par une simple agrégation, ou même par des combinaisons chimiques, jusqu'à ce qu'enfin on obtienne l'organisme et la nouvelle plante vivante (1). C'est ainsi que la chose arriverait sans la mystérieuse puissance que la plante génératrice transmet au germe. Il serait trop long de donner une réfutation complète de cette hypothèse; il nous suffira de faire les observations suivantes :

1*" Cet argument des substances extérieures autour du germe est-il l'effet du hasard? Si l'on répond que oui, nous dirons : s'il est absurde de croire que le hasard puisse une seule fois disposer les atomes de telle sorte qu'ils produisent un agrégat ou un organisme d'une sagesse infinie, il répugne bien davantage qu'il puisse le faire dans tous les siècles, en opérant d'une manière toujours uniforme dans chacune des plantes des espèces les plus variées.

2° Il ne suffirait pas encore d'affirmer que cet agencement des atomes autour du germe et ces agrégations ou combinaisons pour produire l'organisme sont l'effet d'une détermination du mouvement donnée par Dieu aux atomes, au commencement même du monde. Le mouvement, en effet, dont il s'agit serait reçu ah extrinseco par les atomes, et, par conséquent, il serait impossible de supposer que, dans le même lien, où l'on trouve les germes de plantes de diverses espèces, les atomes soient doués de mouvements divers, comme le réclame le mode divers d'agencement pour l'organisme des plantes de telle ou telle espèce. Si l'on ajoute à cela que la génération est toujours uniforme dans l'identité de l'espèce, la multiplicité de ces agrégations d'atomes devient entièrement impossible et incroyable.

(1) Dans l'opuscule « I sistcmi nicccanico e dinaniico circa la costituzione dcllc sostanzc corporec considerati rispello aile scionze fisichc (Vérone. 1S64) »: Le système mécanique et le syslèmc dynamique, sur la conslilulion d<'^ corps, considère'^ relativement aux sciences physiques, j'ai dcinonlrL' que le syslème mécanique et le syslcnic dynamique, ne peuvent s'accorder avec rexnlicatiou raisonnable des sciences piiysiques. et au chapitre V de la !'• partie, j'ai parlé un peu de la génération des vivants*

34 'i PHILOSOPHIE SCOLASTIQUE.

3° Enfin, à qui voudrait nous opposer Demn ex ma* cJiina, en disant que Dieu fait immédiatement toute chose, nous répondrions qu'ainsi Ton détruit Tactivité des causes secondes, ce qui est absurde, comme nous l'avons démontré; c'est aussi une affirmation déraisonnable, puisqu'on n'a aucune raison de nier que Dieu communique à ses créatures une puissance finie. D'un autre côté, cette communication paraît très-uniforme à la bonté et à la puissance infinies de Dieu; elle est démontrée par les faits et semble d'accord avec les pensées et le langage de tous les hommes.

On voit par là que notre conclusion est très-acceptable et très-vraie. Si nous avons parlé longuement de la génération des plantes, c'est que de là naissent les nombreuses et grossières erreurs des rationalistes modernes; c'est aussi pour cela que nous nous abstiendrons d'en parler quand nous traiterons des autres vivants.

QUARANTE-SEPTIÈlMt: LEÇON.

De la mort des plantes : leurs divisions et leurs unions.

De la mort des plantes .

Toute substance corporelle a un commencement et une fin. Ce n'est, à projDrement parler, ni la conception, ni la naissance, qui est le commencement de la vie, mais bien V animation ; i^d^v conséquent, la mort, qui est le contraire de la vie, puisqu'elle en est la privation, consiste dans l'absence de l'âme dans le vivant, c'est-à-dire dans la cessation de l'être animé. Et, pour ne rien laisser de côté dans une question aussi importante que celle qui nous occupe, nous dirons que la génération, dont nous avons donné plus haut la définition (précédente leçon), commence dans la plante par l'union des deux principes séminaux, l'actif et le passif, et se termine au moment où l'âme végétative de cette plante résulte du changement et de l'organisme produit par la puissance séminale. Le premier instant où commence la génération, c'est-à-dire le premier instant de l'union des deux principes engendrants, lév

fovilla et rovule, est la conception; V animation est rinslant oli elle s'accomplit par Tactuation de la nouvelle forme dans la plante vivante. C'est pourquoi S. Thomas considère la génération comme un mouvement ordonné en vue de Tacquisition de la forme, et il l'appelle : motus ad fonnam. Et, comme dans tout mouvcvement, les deux termes a quo et ad quem ne peuvent être réunis et se compénétrer dans un point indivisible, ainsi, pour la génération, il est impossible, du moins naturellement, que la conception et l'animation se fassent au même moment, car il faut un certain espace de temps pour la construction de l'organisme nécessaire à V existence du vivant.

La conception de la plante se fait dans l'ovaire, c'està-dire dans la plante génératrice, où l'ovule est fécondé par la fovilla; V animation ^q fait en dehors de la plante, quand le germe se trouve dans les conditions requises. Le vivant engendré dure, mais cette durée a ses limites naturelles qui ne sont pas établies dans un terme fixe et immuable pour les plantes, et souvent encore la plante cesse de vivre avant ces limites. Pourquoi cela? Parce que cette perfection ou forme substantielle, c'est-à-dire l'âme végétative qu'elle avait auparavant, cesse d'exister en elle. D'où l'on voit que, si le germe se corrompt avant V animation, on pourra dire que la plante est avortée, mais non morte, puisque la mort est le propre des vivants, et que ceux qui ne sont point animés ne sont pas vivants.

Conclusion V°, — La cause qui produit dans la 'plante un changement essentiellement contraire ato changement qui résultait de la puissance séminale, en détermine la mort.

Ceci est évident ; en effet, l'àme végétative et la vie de la plante résultent du changement produit dans le germe par la vertu séminale avec le concours des agents extérieurs ; donc un changement essentiellement contraire à celui-là doit causer la privation de l'àme, et, par conséquent, la mort. De même, comme la puissance séminale produit l'organisme de la plante, et, dans l'organisme, des patios essentielles à son être de vivant, c'est-à-dire nécessaires pour qu'elle ait

la vie, et des parties nécessaires non pas pour qu'elle soit, mais qu'elle soit bien; ainsi, toutes les fois qu'il y a dérangement dans l'organisme, il en résulte un dommage proportionné dans la vie. SI ce dommage est tel qu'il détruise les parties essentielles, la mort s'ensuivra nécessairement.

Conclusion IP. — L'âme végétative ne peut survivre à la fiante.

Si elle survivait, en effet, on en conclurait qu'elle a %ine vie propre; mais elle ne le peut, puisqu'elle n'a jamais eu un être propre, comme nous l'avons démontré. Donc, comme cette forme a commencé à exister par un changement opéré dans la matière, ainsi elle cesse d'exister par un changement contraire reçu dans )a matière. Par exemple, la forme de pyramide cesse d'exister dans une pyramide de cire, lorsqu'on donne à la même cire la figure d'un cylindre ou d'un cône.

Conclusion IIP. — A la mort delà plante, la matière fremière ne demeure point privée de toute forme substantielle.

C'est un fait palpable. Un cyprès meurt, et pourtant son tronc reste ainsi que ses racines, ses rameaux et ses feuilles. On n'y trouve plus la vie, puisque le principe de la vie n'y est plus; mais, cependant, la matière première n'y est pas privée de toute forme substantielle ; dans ce cas elle ne pourrait être en aucune façon. Le fait est clair; comment peut-il s'expliquer?

Ceux qui affirment que la plante est un agrégat d'atomes symétriquement disposés et agités de divers mouvements, se tirent facilement de cette difficulté et de plusieurs autres, comme cet Amafanius dont parle Gicéron et que nous avons mentionné dans notre Introduction, Mais cette opinion est ridicule, et, en outre, entièrement fausse, comme nous l'avons prouvé.

D'autres pourraient croire que, outre l'âme, la plante et chacune de ses parties a d'autres formes substantielles, superposées les unes aux autres sans qu'aucune perde sa propre individualité. Mais ceux-là parleraient des formes substantielles du corps comme d'autant de petits esprits moteurs des corps sans faire avec eux une seule substance. Si plusieurs esprits meuvent un

corps, l'un peut partir et l'autre rester, il n'y a rien à dire à cela. Mais si l'on entend la forme substantielle comme un acte de la matière première, on ne peut raisonner ainsi : nous l'avons 'démontré avec S. Thomas (vingt-cinquième leçon). Il est tout aussi impossible de trouver deux actes substantiels ou formes substantielles dans la môme matière première, comme sujet, que de trouver ensemble deux actuations accidentelles du même genre dans la même matière seconde, c'est-à-dire que de voir en même temps la même cire être, par exemple, un cube et une sphère. Nous admettons dans la plante vivante une seule forme substantielle, qui est son âme végétative, conférant au tout, et à chaque partie, la nature, les propriétés, les modes de faire et de recevoir les actions, que nous y voyons. Quand arrive la mort de toute la plante, elle est toute entièt^e clidiU^ée substantiellement, et, comme nous l'apprend l'expérience, elle cesse tout à fait d'être vivante. Mais ce changement, faisant cesser l'actuation qu'elle avait en premier lieu, est en même temps la cause de la nouvelle actuation que nous voyons dans la plante après sa mort. Mais j'y vois encore, me dira-t-on, le bois et le feuillage! Très-bien; cela prouve seulement que la cause de la mort a produit da7is toute la matière un chdiiii^cmeni d'où résulte l'être substantiel propre au bois mort et aux feuilles desséchées. Si c'est une cause plus puissante, le feu, par exemple, qui réduit en quelques instants la plante en cendres, le changement produit dans la matière sera aussi beaucoup plus grand, et, par conséquent, la forme, qui en résulte, différera davantage de celle qu'aurait produite l'action d'un agent plus faible.

Pour comj)rendre parfaitement cette doctrine, il faut considérer que les cliangements substantiels, qui s'opèrent dans tonte la matière, admettent plusieurs degrés; d'où il arrive que, bien que tonte la matière soit véritablement changée dans son être substantiel, parfois le sujet peut, après ce changement, conserver quelque chose de son être substantiel précédent : cela arrive quand l'agent de destruction est doué d'une puissance médiocre ; s'il eu a une grande, le nouvel

être ne conservera presque rien du premier. Par exemple, si d'une figure circulaire, formée par une série de petits globes, on veut faire une figure elliptique, on ne le pourra pas sans donner une autre position à tous les petits globes; néanmoins, si Tellipse qu'oh veut faire est peu prononcée, c'est-à-dire a les foyers tout près du centre du cercle primitif, il paraîtra n'être survenu aucun changement dans les petits globes; pourtant il y a eu changement; le cercle est mort et l'ellipse l'a remplacé. Mais si, de ces petits globes, formant une circonférence, on veut figurer un triangle, on devra changer aussi la position de tous les petits globes, et ici l'on apercevra à première vue le changement notable apporté dans la disposition des globes. Il faut remarquer que l'on ne peut enlever à ces globes leur position respective s^ns leur en donner une autre. Il en est de même dans la mort de la plante; toute la matière est changée, et ce changement cause le départ de la forme précédente et l'arrivée de la suivante; mais le changement sera plus ou moins grand selon que l'opération de la cause qui apporte la mort^ est plus ou moins puissante.

La plante morte peut s'appeler en quelque sorte un cadavre : voici à quoi se réduit, en dernière analyse, cette forme cadavérique dont nos philosophes modernes sont aussi épouvantés que les enfants du loupgarou. Cette forme n'est rien autre chose que la nouvelle actuation produite dans la plante, alors que la matière, ayant subi un changement total, cesse d'avoir la forme d'une substance vivante. Toutefois, la plante morte garde souvent la continuité, et, par cela même, on devrait dire que sa forme est une tant qu'elle la conserve. Mais, comme celle-ci, semblable en cela aux formes inorganiques, n^a plus de rapport au tout, ainsi que le faisait l'âme végétative, mais seulement aux parties, la plante morte n'a plus la puissance unificatrice qu'elle avait d'abord, et ne pourra désormais résister à l'activité des causes extrinsèques, qui pourront produire la dissolution. De même, la substance étant changée, et la forme de la plante morte n',ayant plus du tout, pour qu'elle soit et qu'elle soit Men, la jouissance

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conservatrice qu'avait la première forme de la plante vivante, il suit qu'on ne retrouve plus dans la plante ces changements substantiels qu'elle avait d'abord, mais qui ne peuvent jamais avoir lieu hors des vivants. Aussi, les racines, le tronc et les rameaux n'opèrent plus comme auparavant et commencent à se corrompre, et les feuilles se flétrissent rapidement.

Mais la division de la plante ne devrait-elle point causer la mort? A première vue, on répondrait affirmativement, puisque la forme substantielle, qui est l'àme, ne paraît pas pouvoir être divisible, car la forme est simple. Mais cette opinion, outre qu'elle va contre l'expérience, ne peut soutenir l'examen. La forme substantielle, en effet, quoiqu'étant une àme, n'est point indivisible, généralement parlant, si elle n'est en môme temps immatérielle et spirituelle, car alors elle a en elle-même un être propre, tandis que, bien qu'elles soient des âmes, les formes matérielles, qui résultent du changement de la matière, n'ont pas un être propre et peuvent être divisibles comme le composé où elles se trouvent.

Il faut, à ce sujet, distinguer : a) les formes matérielles qui actuentle tout comme chacune des parties; V) celles qui actuent le tout comme plusieurs parties; c) celles qui actuent le tout et les parties d'une manière différente. Les premières sont dans les êtres inorganiques et peuvent être divisées par chacune des divisions du composé dans les limites que nous avons indicpées en parlant de la quantité. Toute partie que 1 ouvrier sépare d'un bloc de marbre, a la forme substantielle du marbre, aussi bien que tout le bloc. Il faut cependant observer que, dans ce cas, on dit que le composé est divisible \Kr se, et sa forme, 2)er accidens. Parlant de ces composés dont chacune des parties peut être un tout et en est un après sa séparation du tout, S. Thomas dit : « Il y a un tout qui se divise en pe^rties quantitatives, comme une Mgne. Cette sorte de tolalité ne convient aux formes que lier accidens, et à colles-là seulement qui ont un égal rapport au tout quantitatif et à ses parties; ainsi, la Dlanchour est ordonnée à toute une superficie, o me à chacune de

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ses parties. Et, par conséquent, si Ton divise une superficie, la blancheur est aussi divisée "per accidens {Summ., 1, 76, 8). » Cette comparaison est prise d'une, forme accidentelle, mais on doit raisonner de même pour les formes substantielles des corps inorganiques ou homogènes : de For, par exemple, de Teau, de la pierre, etc. « Il n'en est pas ainsi, continue S. Thomas, pour les deux autres espèces de formes, parce que la forme, qui requiert la diversité dans les parties, comme l'âme, et principalement celle des animaux parfaits, n'a point un rapport égal au tout et aux parties, et, par conséquent, ne se divise point j^^er accidens dans la division du tout qu'elle informe (Z. c?.).» A ces deux espèces appartient la forme substantielle, qui est l'âme de la plante. Il y a donc des plantes dans lesquelles l'organisme du tout est égal à celui de plusieurs de ses parties. Si l'on enlève une de ces parties qui ait un organisme essentiellement parfait dans son espèce et égal à l'organisme du tout, cette partie séparée du tout pourra conserver sa forme substantielle, principe de vie végétative, et vivre. C'est pour cette raison que, dans un grand nombre de plantes, on coupe des rameaux, qui, plantés dans le sol, produisent d'autres plantes : il en est ainsi d'une certaine façon des marcottes de la vigne; elles doivent cependant avoir un nœud pour contenir l'organisme du tout. Si l'organisme de toute la plante n'est commun à aucune partie, toute partie séparée du tout ne pourra jamais garder son être vital, mais, par cela même qu'elle est séparée du tout, elle mourra.

Il nous faut ici faire une remarque. Dans les formes immatérielles, toute division et toute réunion de plusieurs formes pour constituer un seul être total, sont impossibles ; au contraire, dans les formes matérielles des vivants, qui, étant plus imparfaits, ont un organisme plus simple, et^ par conséquent, peuvent souffrir une division, la réunion, généralement parlant, est aussi possible. Comme la matière divisée peut, en se réunissant, constituer un être continu, ainsi plusieurs formes peuvent, par leur réunion, donner une seule forme pour ainsi dire continuée. C'est ce que nous

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voyons dans les greffes des plantes qui ont lieu lorsqu'il y a ressemblance d'or^^anisme entre Vente ou Vanneait que Ton insère dans la plante et la plante qui le reçoit. Le rameau inséré modifie selon son être propre les sucs qui viennent du rameau où il est inséré, et produit ensuite son propre fruit e* non celui de la plante sur laquelle il a été inséré. Par ce moyen on peut faire porter à une plante plusieurs fruits différents; il suffit pour cela que les bourgeons soient pris sur des plantes ayant un organisme semblable à celui delà plante sur laquelle on les insère. Ainsi, sur une plante produisant des fruits à noyaux, par exmple sur un amandier, on pourra greffer un rameau de cerisier oli de pécher ou de toute autre plante ayant cette sorte de fruits; mais on ne pourrait y enter les rameaux d'un pommier ou d'un poirier, qui réussiraient cependant sur un cognassier. Ce fait très-étonnant, n'est pas inexplicable. Car, dans ces plantes, la forme, c'est-à-dire Tàme végétative, est une par continuation, et cependant elle n'a pas le môme rapport avec chaque partie de ces plantes, mais elle opère dans chacune des parties selon l'organisme qui est propre à cette partie.

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