‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 59 sur 90 · CINQUANTE-NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

CINQUANTE-NEUVIÈME LEÇON

L'âme intellectuelle est la forme substantielle du corps humain.

Ce que Von entend en disant qiie Vâme intellectuelle est la forme substantielle du corps humain.

En disant que l'âme intellectuelle est la forme substantielle du corps humain, on entend ce qui a été dit dans la physique f/énérale de l'être des formes, et ce ([ai a été appliqué jusqu'ici, dans la physique particu-- Hère, aux divers êtres inorganiques et vivants. La forme substantielle est Vactus primus corporis, c'est-àdire cet acte qui le constitue dans son être substantiel de corps, par lequel, et avec lequel elle le fait être de telle ou telle espèce. Maintenant, en appliquant le concept de la forme substantielle à l'âme intellective de l'homme, et en nous servant de la définition de l'âme que nous à laissée Aristote, et que nous avons déjà donnée plus haut, nous dirons que l'âme intellective est actusprimus cor^goris organicihumanipotentia TÀtam halentis ; et encore qu'elle est '.pnncipiuni quo vivimics, sentirnus. et'intelligimus primo.

Conclusion. — L'âme intellective est la forme substantielle du corps Jiumain.

1° En effet, dans l'homme, il y a l'âme végétative, comme dans les plantes, et dans les brutes, mais plus parfaite : elle est en lui le principe qtio de la nutrition, de l'augmentation et de la génération ; il y a l'âme seusitive, qui est le principe quo de la sensation par les sens externes, le sens commun et l'imagination, comme nous l'avons démontré, en parlant de l'animal: et dans cette démonstration nous comprenons expressément l'homme, en tant qu'animal. Mais nous avons

démontré aussi que, dans ranimal,râme végétative et Tâme sensitive sont essentiellement -zme et précisément la forme substantielle, ou Vactus 'primus, le principinrn ûuo dont nous parlons plus haut. Donc, dans l'homme, rame végétative est la même que Tàme sensitive, et cette âme uniqiœ est la forme substantielle du corps humain. Mais le principe de la vie intellectuelle est en nous, dans son essence, le même que le principe de [a vie sensitive : donc ce principe, c'est-à-àirc Tàme intellectuelle, est dans son essence la forme substantielle du corps humain. Quand nous disons qu'il est le même, nous voulons dire : l"" Dans l'homme il v a une seule cime ; c'est le principe de la vie intellective, qui est une substance. 2"" Les opérations de la vie végétative de l'homme émanent du composé, c'est-à-dire du corps informé par l'âme, comme d'un seul principe. 3*^Les opérations de la vie sensitive de l'homme émanent également du composé, à savoir, de la matière informée par la môme âme, comme d'un seul principe. 4° Il n'en est point ainsi des opérations de l'âme intellective, qui émanent de l'âme intellective seide^ sans que la matière informée par elle y concoure comme cojnnncipe. S*" Par conséquent, ce que l'on a démontré par rapport à la plante et à la brute, à savoir, qu'il n'v a pas en elles d'autres formes substantielles en dehors de l'âme, qui contient virtuellement les formes inférieures, est également vrai de l'homme. 6'' Quand nous disons Vâme intelleciite, nous ne le disons point redîqilicativè, c'est-à-dire en tant qu'elle est intellective, car elle n'est pas forme substantielle du corps en tant qu'elle produit les opérations immatérielles de Tintelligence : nous voulons dire seulement, que cette substance, qui est le principe de la vie intellective est la même forme, qui est le principe de la vie sensitive et de la vie végétative, l"" Pour cela, la même àme, en tant que principe de vie végétative et sensitive et équivalente aux formes inférieures, est matérielle; elle est, comme le dit S. Thomas, dans le même genre que l'âme végétative des plantes, l'âme sensitive des brutes, et les formes substantielles des êtres inorganiques; mais, en tant que principede vie intellective.

elle est dans un genre supérieur et "propre, par lequel elle touche au dernier degré des intelligences séparées de la matière (1).

Donc, comme nous avons déjà démontré que Tâme végétative-sensitive est la forme substantielle de ranimai, on aura prouvé la conclusion, quand on aura démontré que l'âme intelleclive est la même, sous le rapport de l'essence, que la sensitive. La démonstration de cette importante vérité sera aussi courte qu'elle est évidente.

a). En effet, par la conscience intime, je sais que c'est moi qui sens et qui comprends. Ce n'est pas certes que je comprends qu'^f?^ autre veut. Non : c'est moi, moi-même, qui entends la voix de celui qui me parle, et qui comprends la vérité de ce qu'il dit. Douter de cette identité du principe sentant et pensant dans l'homme ne serait pas seulement contraire à la ferme persuation du genre humain, ce serait une folie capable de renverser l'économie, non-seulement de la raison, mais de la nature humaine toute entière. Et celui qui soutiendrait le contraire mériterait de recevoir une bonne bastonnade, et qu'on lui refusât après cela le droit de s'en plaindre et d'en demander raison^ car le sujet qui se prévaut d'un droit, et demande raison, ne peut pas être le même sujet que celui qui a senti la douleur du coup. Par cela seul, l'identité substantielle du principe sensitif et intellectif est prouvée jusqu'à l'évidence, et celui qui en doute ne pourra jamais être certain d'au, eu ne vérité.

Mais, s'il tîSt clair et facile de comprendre que cette identité id, on n'en dira peut être pas autant, s'il s'agit de savoir comment elle est. En effet, comment cette idoitiié a-t-elle lieu ? Ce n'est pas que les deux âmes se servent du même instrument, l'une pour, sentir, i^iutre pour comprendre, parce que: P l'identité de I instrument n'entraîne point avec lui l'identité du

('/} li sera bonde relire le beau texte de S. Thomas, rapporté par nous dans îadéfînilion descriptive et essentielle de Vhomme : on verra rcxposition explicite f*e notre doctrine : aussi celui qui la rej(!tte, né peut pas se vanter de suivre S. Thomas sur cette auestion, la plus importante pcut-ctr/j de toute la philo-

principe ; si, par exemple, deux personnes jouent ensemble du môme piano. Tune ne croira pas pour cela qu'elle est l'autre ; et 2% bien que rame humaine en tant qu'elle est sensitive, ait des puissances organiques et à cause de cela, se serve d'instruments, la même àme, en tant qu'elle est intellective, ne se sert point d'organes ni d'instruments corporels, et, si elle dépend des choses matérielles en tant qu'elles soniohjets de ses opérations, comme nous le verrons plus loin, il répugne qu'elle en dépende comme si elles étaient les coprincipes de ses opérations. Donc; l'identité est placée dans la substance môme do l'àme.

h). Cette identité est encore admirablement démontrée dans cette preuve proposée par S. Thomas et par Dante. Voici l'argumentation du premier : Des forces diverses, qui ne viennent point du môme principe fnon radicantur in eodem principio) ne se gôncnt point mutuellement dans leurs opérations, à moins que ces opérations ne soient contraires l'une à l'autre, ce qui n'a pas lieu dans le cas présent. Or, nous voyons que beaucoup d'opérations diverses, que nous rapportons à l'àme, se gênent mutuellement, de telle sorte que, si l'une est intense, l'autre est faible. Il est donc nécessaire que ces opérations et les formes qui en sont les principes prochains, se ramènent à un principe %inique. Mais ce principe ne peut pas être le corps, car il y a une opération <à laquelle le corps ne communique point, c'est l'intellection ; et, en outre, si le principe de ces forces et de ces opérations était le corps, en tant que corps, elle se retrouveraient dans tous les corps, ce qui est évidemment faux: il est donc clair que ce principe doit être une forme déterminée par laquelle le corps est tel corps, et cette forme est l'àme. Il est donc démontré que toutes les opérations qui, en nous, émanent d'une àme, tirent leur orij^ine de la môme àme intellective : et, par conséquent, il n'y a point en nous plusieurs âmes. »

Rien de plus vrai que ce raisonnement de S. Thomas sur les obstacles mutuels que se créent les diverses opérations de l'àme. L'intelligence de celui qui s'abandonne aux plaisir de la vie peut-elle parcourir libre-

ment le champ immense de la vérité ? Au contraire, une trop grande application à l'étude affaiblit l'homme, et sa vie végétative en souffre. La nouvelle imprévue d'une calamité féconde en conséquences désastreuses, (et pourtant, il faut bien le remarquer, les sens et les facultés végétatives ne raisonnent point), cause quelquefois une telle perturbation de la vie végétative, qu'il peut en résulter des maladies et même la mort. Qu'estce que cela veut dire? Gela veut dire que l'âme est mie; et, parce que sa force est finie, lorsqu'elle dépense plus d'énergie dans l'exercice d'une puissance, elle en a moins, ou même il ne lui en reste point, pour l'exercice des autres. C'est comme un cours d'eau d'une quantité bien déterminée : s'il en donne trop à un canal, les autres en recevront moins.

Il faut confirmer encore cette vérité par le sommeil, nécessité imposée par la nature à totis les animaux sans exception. Cette espèce de suspension absolue, périodique, et assez longue, de la vie feensitive, et chez l'homme de la vie intellective elle-même, ne peut se justifier et s'expliquer, comme l'a remarqué Aristote {Lib. de Sommo et vigilia),qu.Q par le besoin de concentrer toutes les forces de l'âme dans les seules fonctions de la vie végétative. Lorsqu'une puissance agit avec plus de force, il faut que les autres cessent d'agir. C'est pourquoi les enfants dorment plus que les vieillards : parce que chez ceux-ci la vie végétative est faible, tandis qu'elle est plus active chez ceux-là, à cause de l'augmentation qu'elle doit produire. Est-il un argument plus pressant pour prouver l'unité de principe de toutes les facultés qui opèrent dans l'homme ?

Dante l'a revêtu d'une forme poétique splendide, comme lui seul savait le faire, afin de réfuter l'erreur de ceux qui prétendaient que l'âme sensitive se joignait à la végétative, et qu'à ce système venait s'ajouter un troisième lien, l'intellective, tellement qu'il n'y avait pas moins de trois âmes dans l'homme \Purg., IV) :

(( Quand le plaisir ou la douleur s'empare d'une de nos puissances, l'âme se replie tout entière sur cette puissance, ^. '

€ Et il semble qu'elle ne s'occupe plus des autres, preuve qu'ils se trompent ceux qui prétendent qu'une cime' chez nous s^joute à l'autre.

« C'est pour cela que, quand on entend ou que l'on voit une chose qui saisit l'àme et la tend fortement, h\s heures passent inaperçues;

<c Car, autre est la puissance qui écoute, et autre celle de l'ctme entière : celle-ci est comme liée et l'autre agit(1).

Apres avoir démontré ainsi jusqu'à l'évidence l'identité de l'âme intellective, sensitive et végétative, nous ])ouvons en tirer comme conséquence nécessaire que l'âme intellective est la forme substantielle du corps humain, puisque, comme nous l'avons démontré en parlant des plantes et des brutes, il en est ainsi de l'âme végétative et de l'âme sensitive. De plus, il ne peut y avoir dans l'homme d'autre forme substantielle que l'âme intellective, puisque l'âme elle-même est forme substantielle. Mais cette doctrine est si importante que nous regardons comme nécessaire d'y rester un peu plus longtemps, non pas pour rendre la démonstration ]:)lus solide, mais pour l'expliquer et en donner une intelligence pleine et entière.

2** Avant d'arriver à la démonstration de notre conclusiony S. Thomas exposait cette doctrine : « Pour qu'une chose soit forme substantielle, il faut deux choses : la première, que ce qu'on appelle forme soit le principe de l'être subslanticl dans l'être dont il est la forme. Je dis principe non pas efficient, mais formel (2) par lequel {quo) la chose est et est appelée être

(1) Quando per dilcttanza, ovvcr pcr iloglie Che alcuna virlù noslra coinprciula, L' anima bcne ad cssa si raccoglio,

Par ch' a nuUa potcn/.ia più intonda; E (picsio è contro ([uelT errur clic crcdc Ch' un' anima sopr' alira in noi s' acccnda.

E pcr6 quando s' ode «osa o vcdc Che tenj;a foile a se 1' aninui volta, Vasscnc il tempo, cl' uom non se n'avvedc;

C.h' allra potenzia è quclla che V ascolta, Ed altra è quclla che ha V aninui intcra : Qucsta è quasi leg^ita, c quclla h sciolla.

(2) On voit d'après cela, que ceux qui aftirment que l'ùme oxorcc sur la maiivïre, non pas une causalité i'ormcUe, mais une causalité cflicionte, sont diainctraJc-

{quo aliqiiod est et denominatur eus). De là vient l'autre propriété de la forme substantielle : c'est que la matière et la forme coparticipent du même être, ce' qui n'arrive point quand il s'agit du principe efficient par rapport à la chose à laquelle il donne l'être. Et cet être coparticipe'y est celui par lequel subsiste la substance composée, qui est une seule substance composée de matière et de forme {Gontra Oentes, II, Lxvni). Or, nous disons maintenant : l'âme intellective de l'homme est : 1" le principe de Têlre substantiel du corps humain ; 2^" elle n'en est pas le principe efficient, mais formel, par lequel le corps humain est et s'appelle homme; 3" et il suit de là, que l'âme intellective et le corps humain se réunissent et coparticipent à l'être de Thomme dans lequel subsiste la substance composée qui est l'homme, substance seule et unique, constituée par l'âme et le corps. Donc, selon la vraie doctrine de la forme substantielle donnée par S. Thomas, l'âme intellective est la forme substantielle du corps. humain. Démontrons, à présent^ les trois affirmations contenues dans l'antécédent ci-dessus :

a) Nous le demandons : l'être végétant, l'être sentant, l'être raisonnable, est-il un être substantiel oti accidentel? Si l'on dit que c'est un être accidentel, il faudra admettre cette absurdité, qu'il n'y a qu'une différence accidentelle entre une plante et une brute, entre une brute et l'homme. Mais, parce que ce sont des substances d'essence et d'espèce diverses, on est obligé de dire que cet être n'est pas accidentel. Donc, l'âme intellective, qui est dans l'homme le principe de la vie végétative, de la vie sensitive et de la vie intellective, lui confère un être substantiel.

l) L'âme humaine n'est point la cause efficiente du corps humain, ni de la matière première qui est en lui. Donc, elle n'est pas le principe efficient de l'être substantiel de l'homme, mais elle n'est que son principe formel : c'est-à-dire qu'elle n'est pas le principe quod efflcit hominem^ mais le principe quo homo est homo. A plus forte raison on ne peut pas dire que l'âme est

ment opposés à la doctrine de S. Thomas sur la question de l'union de Pâme et du corps dans l'homme.

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le seul principe qui exerce efflcienter sa causalité sur le corps, en tant qu'elle produit en lui les opérations vitales végétatives qui sont un mouvement corporel, car ces opérations ne sont pas seulement un mouvement, et ne peuvent provenir de l'dme seule ou du corps seul, comme d'un principe séparé, mais doivent procéder des deux déjà réuais, et c'est pourquoi on les appelle 02)eratioiies conjv/acti vel corii[ioslti. Donc, l'union doit iiréceder les opérations vitales, et doit être une union formelle, comme celle de la matière et de la forme.

c) Enfin, il est clair que l'àme et les corps sont aussi nécessaires l'un que l'autre à la constitution de riiomme, et aussi bien l'un que l'autre, ils coyarticipeut à l'être homme.

Donc, l'àme intellective est la forme substantielle du corps humain. Mais ajoutons une dernière démonstration :

!V L'àme dans l'homme est : a) ou une forme accidentelle : h) ou une forme assistante ; c) ou une forme substantielle. On ne peut pas concevoir une autre forme qui ne se ramène à l'un des membres compris dans la division précédente. Quelqucs-ims ont bien parlé d'une forme naturelle ,Q\\ par amour de la nouveauté, ou pour cacher certaines doctrines opposées à celle de S. Thomas. Mais la forme naturelle doit être elle-même accidentelle ou substantielle ; et, comme nous le verrons, elle ne peut constituer une seule nature avec l'être informé, sans qu"'elle en sait la forme substantielle. Mais, avançons.

a) L'àme ne peut pas être une forme accidentelle. Car celle-ci est un accident qui donne à la substance, déjà complète dans son être substantiel, un être ultérieur accidentel. Mais, au contraire l'àme intellective est une substance, et donne comme nous l'avons dit, l'être substantiel.

h) Elle ne peut pas être une forme assistante. En effet, la forme assistante ne constitue pas avec l'être qu'elle assiste une nature individuelle : mais l'àme intellective constitue avec la matière du corps humain une nature indioiduelle. Et cela est évident, puisque.

la nature élan! le principe physique des opérations, si Fàme intellective ne constituait pas avec la matière du corps humain une nature individuelle, il n'*y aurait aucune opération qui pût dériver des deux," comme d^iin seul principe physique. Et, cependant, il y a beaucoup de ces sortes d'opérations : telles sont toutes celles dans lesquelles consiste la vie végétative et la vie sensitive; car il serait absurde de dire que ces opérations dérivent de Tâme seule ou du corps, ainsi que nous Tavons déjà démontré. En effet, il est impossible que l'opération, qui est une velaMvement à la nature, dérive d'une forme assistante et de l'être qu'elle assiste : S. Thomas l'a très-bien prouvé de cette manière : « Il est impossible que l'opération qui dérive de choses qui ont un être différent soit une. Je dis VMe, non pas relativement à son terme, mais en tant qu'elle procède de l'agent. Ainsi plusieurs hommes qui tirent un bateau, font une opération une par rapport à l'effet qui est un : mais, par rapport aux agents, ils font des opérations mvMi/ples, car i y a diverses tractions pour tirer le bateau. Et, parce ([ue l'opération suit la forme et la puissance, il est nécessaire que, là oii il y a des formes et des puissances diverses, là aussi il y ait des opérations diverses. Etj quoique l'âme ait des opérations propres à elle, auxquelles ne communique point le corps, telle que l'intellection, il y en a d'autres communes à l'âme et au corps, comme craindre, se mettre en colère, sentir et autres choses semblables : en effet, ces choses arrivent avec la mutation d'une partie déterminée du corps : signe que ce sont des opérations de l'âme et du corps. Donc, il est nécessaire que l'âme et le corps constituent -un seul être, et qu'ils ne soient point différents relativement à Vétre (Contra Gentes, II, LVii.)

Mais en voilà suffisamment sur ce sujet, la conclusion est démontrée avec une évidence presque mathématique. Nous prévoyons bien toutefois que beaucoup ne pourront se rendre compte de la manière dont se fait cette union, et, comment, de la matière et de l'âme, il peut résulter une nouvelle substance qui est l'homme. Mais la difficulté, à notre avis, vient plutôt

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de rimagination que de la raison : et, en tout cas, ou doit admettre uue vérité bien démontrée, quand bien môme on ne comprendrait pas pleinement comment elle a lieu. Du reste, il faudrait toujours bien se rappeler ces deux choses : premièrement, que nous ne connaissons les essences des choses qu'avec Tintelligence, et non avec Timagination, et seulement par leurs opérations : aussi, nous n'en avons qu'une connaissance imparfaite et toujours ol)SCurcie par quelques nuages : deuxièmement, que la toute-puissance et la sagesse du Créateur surpassent infiniment la force et l'art de l'homme. Si nous avons quelquefois de la peine ù saisir le mécanisme d'une horloire ou d'une locomotive, comment voulons-nous comprendre pleinement et tout d'un coup la plus adm.irable de toutes les œuvres sensibles qui soit sortie des mains du Créateur? Ce sera beaucoup d'arriver à y entrevoir quelque chose. Au contraire, la facilité et la désinvolture avec lesquelles certains hommes promettent de nous l'expliquer toute, en ([uelques mots, doit être pour nous la preuve que dans ce cas nous avons affaire plutôt à un charlatan qu'à un philosophe.

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