ST. MICHAEL'8 COLLEGE
encore, quand on considère la gradation des êtres corporels. Depuis les éléments premiers jusqu'à Thomme, il y a une multitude inconcevable d'espèces : et les corps organiques vont en augmentant graduellement de perfection, depuis les plus infimes jusqu'à la dernière espèce des végétaux, qui, quoique essentiellement diverse du degré suprême des êtres inorganiques, semble toutefois montrer à peine le signe de cette divinité. Depuis les algues, les mousses et les plantes parasites, on monte, par une gradation admirable et non interrompue, jusqu'aux cèdres et aux palmiers. On peut en dire autant des animaux, depuis les mollusques qui semblent à peine vivants, jusqu'à l'homme. Si, délimitant à grands traits les substances corporelles, nous les divisons en quatre espèces, les êtres inorganiques, les plantes, les êtres sensitifs irrationnels et l'homme,, toutefois, en parlant rigoureusement, les trois premières espèces sont plutôt des genres qui renferment d'innombrables espèces. Dans l'homme seul, l'espèce se confond avec le genre ; et dans le langage commun on dit avec autant de raison, l'espèce humaine que le genre humain. La raison de ceci, c'est que toutes les différences entre les familles humaines sont accidentelles, et ne touchent point l'essence. Or, quand le spectacle de la nature nous montre cette gradation aussi infinie dans les détails que gigantesque dans son ensemble, nous prétendrions que l'homme est la créature la plus parfaite, et qu'il n'y a plus rien après elle jusqu'à Dieu ! Loin de nous cette pensée ! Nous savons que l'âme humaine est, dans l'ordre des formes substantielles, la seule créée dans son être propre : et cela nous montre qu'à partir de l'homme, degré suprême des êtres corporels^ commence une série de formes et d'intelligences sujjérieures, qui, en croissant dans leurs perfections essentielles, donneront certainement un aussi grand nombre d'espèces qu'il y en a dans les substances corporelles. Ainsi, nous avons devant nous deux mondes : le sensible et l'intelligible, celui des corps et celui des esprits, et Dieu, auteur suprême des deux, qui les embrasse, les gouverne, et y fait régner un ordre et une harmonie admirable.
3° Ce sont là des arguments de convenance, qui sont sans doute probables, mais, néanmoins, ne sont pas convaincants. Toutefois, sur ce sujet, nous ne croyons pas qu'il puisse y en avoir de meilleurs tirés de la nature intime de la chose. Cependant, nous soutenons que l'existence des intelligences " séparées est un fait indiscutable, démontré par le consentement de tous les peuples et de tous les siècles. Chez tous les peuples de toute religion, de toute civilisation, on a toujours cru à l'existence des esprits bons ou mauvais, peu importe. Mais, comme nous l'avons dit en parlant de la liberté humaine, un effet universel et constant demande une cause proportionnée, universelle et constante. Or, cette fois encore, la croyance constante et universelle dont nous parlons, ne peut avoir une autre cause revêtue de tels caractères que la vérité. Il est vrai que, sur ce point, il a dû y avoir de nombreuses et graves erreurs, mais le faux, de sa nature, est postérieur au vrai, tellement qu'il est impossible de penser qu'il court de la fausse monnaie, dans im endroit oii il n'y en a jamais eu de vraie.
4" Du reste, notre siècle, qui prétend ne croire ni à Dieu, ni à l'âme humaine, avec une incohérence digne de lui, nous fournit des preuves très-solides de l'existence des esprits. Avant tout, rappelons ce principe indiscutable : tout effet suppose une cause proportionnée. Or, considérons les deux espèces de phénomènes que l'on désigne sous le nom de magnétisme etdesinritisme. Nous le répétons encore, il y a eu de nombreuses impostures, mais on ne saurait croire que tous ces phénomènes sont des artifices d'habiles charlatans pour voler l'argent des gens simples : il y a pour un grand nombre de ces faits trop de preuves, et des preuves d'un trop grand poids.
l'' LE ^[AGNÉTiSME. Nous voyons le magnétiseur, sans aucun signe externe, et même en dehors de la portée des sens par lesquels il peut entrer en communication avec le magnétisé, lui faire connaître ses pensées et ses volontés. Nous voyons le magnétisé qui connaît les maladies des personnes éloignées, qui voit les choses séparées de lui par la distance, l'avenir, qui parle des
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langues qu'il n'a jamais apprises. Ces phénomènes ne sauraient avoir de cause en dehors des esprits. Donc, si les faits sont vrais, il faut en conclure l'existence des esprits.
Et, en effet, l'âme est la forme substantielle du corps humain ; toutes ses puissances sensitives sont organiques : l'intelligence ne peut penser, sans recevoir des sens la matière de ses pensées : la volonté par ellemême ne peut mouvoir aucun corps extérieur, aucune partie de son propre corps, sans la force motrice qui est une fonction de l'appétit sensitif. Tout cela a été démontré dans notre traité de l'homme. Donc, la communication directe des pensées et des volontés entre les âmes humaines est impossible : il faut nécessairement que les pensées et les volontés soient manifestées par un signe déjà connu et reçu comme signe, la parole, par exemple, un geste déterminé de la main, un mouvement de la figure ou autres choses semblables. Nous avons dit qu'il doit être connu d'avance comme signe, autrement on ne pourrait arriver à connaître la chose signifiée. Ainsi, la mère, en montrant à son enfant une chose, et en y ajoutant une parole, lui enseigne que celle-ci est le signe de celui-là : si l'enfant ne voyait point la chose, il ne comprendrait point la valeur du signe. Donc, puisqu'il n'y a pas dans les communications magnétiques, des signes extérieurs des pensées et des volontés, il faut nécessairement dire qu'un esprit quelconque prend les pensées et les volontés du magnétiseur, et les manifeste au magnétisé, de la manière que nous expliquerons plus bas.
Mais l'intelligence et la volonté du magnétiseur ne peuvent-elles pas imprimer leurs pensées et leurs volontés dans le fluide éthéré, et, par ce moyen, les envoyer directement à Tintelligence et à la volonté du magnétisé? Non; car cela est contraire aux lois physiques. l'' Le fluide est un corps irrationel, bien plus, inanimé, incapable de recevoir les ordres de l'esprit et de les porter à son gré d'un côté plutôt que de l'autre. 2° La pensée et la volonté ne peuvent agir immédiatement sur un fluide corporel, précisément parce que ce sont les actes immatériels d'une àme, qui, en tant que forme
substantielle du corps, ne peut agir sur les corps externes qu'au moyen des puissances sensitives organiques. 3" Et, quand bien môme on accorderait cette impression dans le fluide, comment jamais, quand il Taurait reçue, pourrait-on savoir qu'elle est le signe d'une pensée plutôt que d'une autre, de cette volonté, plutôt que de celle-là. Il faudrait un long a})prentissage, dont on n'a pas vu d'exemple, et qui est impossible. Donc, riiypolhèse du fluide est non-seulement étrange, mais insuffisante et absurde, et il est certain que ces communications ne peuvent avoir lieu que par l'intervention d'intelligences séparées.
A plus forte raison la perception des objets, séparés par le temps et le lieu, est impossible. Car, comme nous l'avons démontré, la nature humaine est ainsi faite, qu'un objet extérieur ne peut être perçu sans qu'il s'unisse médiatement ou immédiatement aux sens externes : puis la sensation doit être transportée au sens commun, et à l'imagination : l'intelligence illumine ses fanto/nes, en forme les espèces intelligibles, et engendre le verbe de la chose, d'où est venue la connaissance sensitive. Voilà pourquoi un objet qui, par le lieu ou par le temps, est hors de la portée des sens, ne peut être connu en aucune façon, à moins qu'un esprit ne le connaisse, et n'en apporte invisiblement à un autre la connaissance.
C'est aussi un effet sans cause que la manifestation d'une science oxi d'une connaissance quelconque acquise sans étude, si elle n'est pas suggérée intérieurement par des esprits invisibles. Gela est évident par la doctrine déjà démontrée qu'il n'y a point de connaissances innées, et qu'elle s'engendrent successivement en nous, au moyen de fantômes, comme nous l'avons dit.
D'après tout ceci, on voit que, dans les phénomènes indiqués, il faut l'intervention d'intelligences séparées, quand ce n'est pas une fourberie bien combinée, ce qui arrive souvent.
2'' LE SPIRITISME. Ce mot indique un mode de communication avec les esprits, au moyen d'objets inanimés, de trépieds, de tables : on en reçoit des ré-
ponses au moyen de coups, de tournoiements, et d'un grand nombre d'autres signes. Si nous avions le temps, nous pourrions démontrer que tous les mouvements physiques, qui se produisent dans les corps inanimés, pendant ces communications, ne peuvent avoir de cause adéquate dans les agents naturels ordinaires ; mais, puisque le temps ne nous le permet pas, examinons-en seulement quelques-uns. Toutes les fois que, sous le seul empire de la volonté humaine, un corps se meut, il faut l'intervention d'un opérateur intelligent, qui ne peut pas être l'homme lui-même : par conséquent, ce sera un esprit. En effet, l'homme, naturellement, ne peut remuer son corps qu'en lui imprimant un mouvement, avec sa puissance locomotrice organique : la volonté seule ne peut agir en dehors de l'homme. Même sans cela, toutes ces réponses qui sont des signes de jugements et de concepts, et qui, en général, renferment une affirmation, ou une négation à des demandes précises, ne peuvent venir que d,un esprit dans lequel existent ces pensées, ces jugements, ces affirmations et ces négations. Cet esprit n'est certainement pas l'esprit de celui qui provoque les . réponses; donc, il faut admettre une intelligence séparée, qui entend les interrogations, et qui, se servant des choses inanimées comme instruments de signes convenus, donne les réponses demandées.
Donc, les phénomènes du magnétisme et du spiritisme prouvent l'existence des intelligences séparées.
On pourait essayer de répondre à ces arguments, qu'il faut, sans doute, l'intervention d'une substance immatérielle, mais que ce peut être Dieu lui-même, ou les âmes des morts, puisqu'elles sont immortelles, comme nous l'avons démontré. Toutefois, pour ne pas donner d'autres raisons, l'intervention divine est incompatible avec l'immoralité qui règne trop souvent dans ces phénomènes, et l'intervention des âmes des morts ne peut pas être admise pour les raisons que nous rapporterons plus bas.
Dans un discours sur le magnétisme animal (1) nous
(1) Ce discours a été prononcé et publié à Rome, puis imprimé avec d'autres discours de l'auteur à Parme. — Fiaccadori, 1875.
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développions ainsi cet argument : <c Je vous ai fait d'abord admettre la vérité de ce principe, que tout effet doit avoir une cause proportionnée, et vous êtes convaincus que toujours, dans nos actions et nos paroles, nous reconnaissons la vérité de ce principe. Appliquonsle aux phénomènes magnétiques. C'est un fait que la somnambule connaît ce que pense le magnétiseur, bien qu'il soit éloigné d'elle. Où en est la cause ? Laissant de côté les ridicules rêveries des partisans de la puissance magnétique naturelle, nous n'avons plus que cette réponse : la cause est dans le magnétiseur qui, au moyen d'un fluide très-léger, parle à la magnétisée; elle comprend, et de même elle parle avec les personnes éloignées d'elle, au moyen de ce fluide. Messieurs, cette raison est plus légère encore que le fluide imaginaire. Mais accordons l'existence et le mouvement de ce fluide : voyez si nous sommes accommodant! Dans ce cas, il faut admettre que le magnétiseur ne peut parler à la magnétisée sans communiquer sa pensée au fluide lui-môme, et sans que le fluide la porte à la magnétisée. Mais la pensée^ qui est spirituelle, ne peut s'imprimer dans un fluide matériel : il faudrait donc imprimer dans le fluide un signe matériel delà pensée spirituelle. Ainsi, quand je vous parle, j'imprime dans l'air en y produisant un son, un signe de pensées que je veux vous communiquer: de même quand j'écris une lettre, je trace sur le papier, le signe des pensées que j'ai l'intention de communiquer cà l'ami auquel j'écris : de môme, quand j'expédie un télégramme par le fil électrique, j'envoie le signe de mes paroles. La communication des pensées entre les hommes est impossible sans l'usage des signes : elle ne peut se faire qu'avec les signes de ces pensées. Or, quand la communication des pensées se fait par signes, avant d'entrer en communication, il faut d'abord apprendre la valeur des signes eux-mômes. Supposez le cas ou j'écrive une lettre à quelqu'un qui ne sait pas lire * je lui manifeste mes pensées, mais il ne peut les connaître : il faut d'abore qu il apprenne cà lire, c'est-à-dire qu'il connaisse la valeur des signes conventionnels de l'écriture. Si je parle italien à un Chinois, il ne comprendra
pas les pensées que ma voix exprime, avant de connaître la valeur des signes de la parole. Mon télégramme ne sera pas compris, si celui qui le reçoit ne connaît point la valeur des signes que je lui envoie au moyen de Télectricité. De même, supposé que le magnétiseur puisse imprimer dans le fluide le signe de ses pensées, la personne magnétisée, bien 'qu'elle reçoive des impressions internes, ne pourra rien comprendre, si elle n'a point étudié la valeur des signes qui lui parviennent : étude que jamais magnétisée n'a faite, et ne peut faire. Cette raison qui montre Timpossibilité naturelle, absolue, de la communication des pensées et du discours mental, entre le magnétiseur et la magnétisée, montre aussi l'impossibilité, d'une semblable communication avec les autres personnes, avec lesquelles on prétend qu'elle peut entrer en communication au moyen du fluide.
« Mais non-seulement la communication des pensées et des raisonnements est naturellement impossible, toute autre communication entre des lieux séparés est aussi impossible, malgré la croyance générale. On dit qu'il suffit dî(, commandement de la volonté .-'^d.x elle, le fluide est envoyé, mis en mouvement, et va trouver la personne éloignée, la frappe, l'endort, ou produit en elle diverses affections. Je vous dirai, messieurs, que le fluide, si subtil qu'on le suppose, n'est pas un esprit, mais un corps inanimé, et un corps inanimé n'obéit pas, ne ])e%it pas exécuter avec connaissance les ordres reçus. Si le fluide était intelligent, il pourrait recevoir un ordre et le transporter, par exemple, à Milan, chercher par les diverses maisons, et par les différentes chambres d'une maison telle dame, et, après l'avoir trouvée, s'acquitter de son ambassade auprès d'elle; mais il n'est pas intelligent, et s'il est mû, c'est d'après les lois auxquelle la matière est sujette. Aussi, quand j'expédie un télégramme, au moyen du fluide électrique, il me faut d'abord donner au courant une puissance en rapport avec la distance, et ensuite Venchaîner à un fil qui va au terme fixé. Donc, si le magnétiseur ou la magnétisée veulent envoyer le fluide, ou son mouvement, supposé qu'ilpuissent le faire,ce qui
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est ridicule, ils devraient connaître le lieu précis où se trouve la [)ersonne et la voie directe pour lui envoyer le fluide, et le lui envoyer de façon à ce qu'il ne s*éy;are pasen chemin. Mais, en fait, on ne demande point, et Ton ne peut avoir cette connaissance, ni imprimer cette direction. Donc, non-seulement la communication des pensées et des jugements est impossible : mais toute autre communication entre des personnes éloignées au moyen de ce fluide imaginaire, est également impossible. Donc, ou cette communication est un songe, ou, si elle est vraie, il faut dire qu'un esprit, déterminé par la volonté du magnétiseur, parle à l'esprit de la personne magnétisée, en lui communiquant les pensées du premier, et parle aussi à l'esprit de ceux avec lesquels la magnétisée se prétend en communication directe.
(( Mais, arrivons à un autre argument plus général. Les phénomènes magnétiques dont nous parlons, ne sont point dus à ces impressions mécaniques ou physiques, naturelles et nécessaires, que l'on reçoit des objets, môme lorsqu'ils sont éloignés, comme il arrive, par exemple, quand une femme s'évanouit à la vue d un meurtre, ou qu'un petit animal reste immobile à la vue du serpent qui le guette, ou que tout votre système nerveux est agité par l'abondance ou la rareté relative de l'électricité extérieure. Il n'est pas difficile de donner une explication scientifique de ces faits et autres semblables. Les phénomènes dont nous })arlons sont .d'un genre absolument différent, et c'est seulement par ignorance, ou par mauvaise foi, que les partisans du magnétisme naturel les confondent. Une femme magnétisée acquiert, dans l'état de somnam- .bulisme, une connaissance anatomique et médicale ([u'elle n'avait point auparavant : une table, ou un objet quelconque inanimé, parle ordinairement avec des signes de convention, comme on dit. Ce sont ^des effets qui dénotent de l'intelligence : ils doivent donc avoir une cause proportionnée. Mais la cause ne serait point proportionnée, si elle n'était point intelligente; donc, la cause de ces effets doit être intelligente. Qui donne la science à la magnétisée?
— Le magnétiseur ? Pas le moins du monde : car il n'a point cette science et n'a recours à la magnétisée, que parce qu'il ne l'a point. — Les cheveux du malade que l'on met dans la main de la somnambule? Mais un cheveu peut-il être un livre, où il y ait un traité d'anatomie, un traité de l'efficacité médicale des herbes et des minéraux, une histoire qui raconte le commencement et la marche de la maladie, un livre tel qu'on puisse le lire d'un seul coup d'œil ! Sérieusement on ne peut pas le dire, et, si on le dit sérieusement, on fera rire les pierres elles-mêmes. Mais accordons encore — et voyez de combien de manières nous réduisons en poudre cette vaine idole, — accordons que tout cheveu soit un livre aussi merveilleux, et que, pour toute -maladie, pour toute origine diverse, ou développement divers de maladie, il reçoive une modification différente, accordons encore que cette modification est perçue en un instant par la magnétisée. Qu'y a-t-il pour cela? Quand bien même cela serait, la connaissance de cette modification ne pourrait faire connaître la maladie, son origine, et sa marche, sans la connaissance préalablement acquise du lien qu'il y a entre les modiiications supposées du cheveu, et la maladie. De même que le médecin par le pouls, par la lividité des chairs, et par les autres signes, que le malade offre extérieurement, ne peut connaître sa maladie interne, s'il ne sait d'avance qu'à telles modifications externes, et à tels phénomènes, répond telle maladie externe : de même, la clairvoyante ne peut pas connaître une maladie par un cheveu, en admettant cette absurdité qu'un cheveu exprime tout, si elle n'a d'abord acquis cette science, qu'à telle modification du cheveu, répond telle maladie, de telle origine, de telle intensité, guérissable par tels remèdes. Or, la magnétisée n^a point cette science préalable. Donc, nous devons dire encore que la science de cette magnétisée, et, à plus forte raison, la science de celles qui sont encore plus extraordinaires, est une jonglerie, ou qu'il y a un esprit qui l'instruit, et lui manifeste les maladies et les remèdes. « Avec autant de raison, messieurs^ avec plus de raison, nous devons en dire autant des tables, et des
objets inanimés, qui, par leurs signes conventionnels, montrent de la science. Qui leur communique cette science ? Aucun des assistants, car ils sont instruits de ce qu'ails ignorent. Donc, ici encore, nous devons dire qu'il y a tromperie, ou que les tables, et les autres objets sont mus par des esprits, et que ces êtres intelligents peuvent produire dans les corps des effets où l'on voit les marques de Tintelligence.
« Les jongleurs, messieurs, sont en grand nombre, pour cette raison, passée en proverbe, que : Vulgus ziilt deciin. Et, à ce propos, je vous raconterai une petite historiette assez amusante. Sur une place d'une de nos principales villes d'Italie, un charlatan faisait avaler au peuple, réuni autour de lui, les inventions les plus incroyables sur l'efficacité de ses remèdes. Pendant qu'il débitait ainsi un beau morceau d'éloquence charlatanesque, un professeur très-célèbre de cette ville vient à passer près de lui. 11 suspend sa harangue, et, gc tournant vers le professeur, il s'écrie : a N'est-il pas vrai, illustre professeur, que: Vulgus miU deciin? Et le professeur lui répondit : « C'est très-vrai, très-vrai, et le fait présent nous en donne la preuve. » Alors, comme s'il avait eu une éclatante confirmation de ce qu'il faisait, il se tourne vers la foule qui ne comprenait pas le latin, et lui dit : « Avez-vous entendu ? Avez-vous entendu? Ce grand homme vient de confirmer mes paroles. » Et la foule satisfaite se mit à acheter le remède à beaux deniers comptants. Ce fait se renouvelle assez souvent. Mais où il y a de la monnaie fausse, il y en a aussi de vraie; et les preuves que j'ai rapportées plus haut montrent que si, assez souvent^ il y ^ <^^i ciiarlatanisme dans les faits merveilleux, soi-disant magnétiques, ils sont parfois et doivent être vrais. Laissons donc de côté les noms inventés par l'ignorance, ou employés pour cacher une odieuse réalité, et, au lieu des mots de magnétisme, de clairvoyance magnétique, d'expérience électromagnétique, mettons les vrais noms. Quand il y a de la tromperie, disons que ce sont des jeux de charlatans : quand c'est vrai, disons nettement qu'il y a communication avec les esprits, avec quels esprits? Les anges, ou les démons! »