‹ Leçons de philosophie scolastiqueChapitre 72 sur 90 · SOIXANTE-ET-ONZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

SOIXANTE-ET-ONZIÈME LEÇON

Diversité spécifique des intelligences séparées : leurs facultés

intellectives.

Comment les intelligences séyarées diffèrent entre^ elles.

Les choses peuvent différer de deux manières : par leur essence, ou par leurs accidents. Il est évident que les intelligences séparées doivent différer par leurs accidents, car, leurs opérations n'étant point leur essence, ne peuvent être que des accidents. Mais n'y a-t-il point peut-être une autre différence par rapport à l'essence ?

Conclusion P^ — Les intelligences séparées sont spécifiq^uement diverses entre elles, et il y a autant d'espèces qu'il y a d'individîis,

1° La première partie est clairement démontrée par ce que nous avons dit, dans la leçon précédente, de la haute convenance qu'il y a à reconnaître un grand nombre d'espèces dans les intelligences au-dessus de l'homme, comme il y en a un grand nombre dans les êtres corporels au-dessous de l'homme, limite commune des deux mondes, et anneau" de jonction entre les deux.

2" S. Thomas démontre aussi la seconde partie: « Les choses qui se distinguent numériquement, bien qu'elles soient de la même espèce, ont néanmoins la même forme, et ne diffèrent que par la matière. Donc^ si les esprits ne sont pas composés de matière et de forme ( et ils ne le sont point, puisque ce sont des intelligences séparées de la matière), il s'ensuit qu'il est impossible qu'il y ait deux esprits de la même espèce : comme il est absurde de dire qu'il y a plusieurs blancheurs séparées {à savoir, du sujetUanc), ou plusieurs humanités : car il n'y a pas plusieurs blancheurs, sinon

parce qu'elles se trouvent en plusieurs substances

Les animaux irrationnels diffèrent spécifiquement, à raison des divers degrés de la nature sensitive, et tous les esprits diffèrent spécifiquement, suivant les divers degrés de la nature intellective {Summ., 1 , 50, 4).»

^ous n'ignorons point que des docteurs assez relommés pour leur science, sont d'un sentiment conraire, non pas qu'il regardent la doctrine de S. Tlionas comme erronée, mais plutôt comme peu intelligible et peu probable.

Toutefois, les contradicteurs de S. Thomas n'apporent aucune bonne raison pour combattre sa thèse. jCs uns ont confondu l'individuation, avec la simple listinction numérique, comme si cette doctrine préendait qu'il ne peut pas y avoir d'individuation sans natière. Il y a certes une individuation : mais elle est elle que l'espèce se confond avec l'individu, comme lans rhomme l'espèce se confond avec le genre. Donc, lous disons que toute intelligence séparée a, dans sa )ropre essence individuelle, quelque chose qui la disingue de toutes les autres. Pour développer l'argunent apporté par S. Thomas, considérons comment ont homme participe à l'essence humaine, aucun ne )eut donc dire qu'il est V humanité, pas plus qu'il ne )eut dire qu'il est 'plus homme qu'un autre, sinon par nétaphore,pour marquer la supériorité des facultés hunaines proprement dites. L'humanité est l'espèce toute mtière. Dieu peut-il exprimer hors de. lui l'idée archéype de cette humanité ? S'il la pouvait exprimer dans in individu, cette expression totale serait possible, ^lais s'il ne peut pas l'exprimer en un individu, l'expression n'en sera jamais que partielle et elle serait oujours partielle en chaque homme, quand bien môme 1 y en aurait un nomlre infini. Mais pourquoi l'humalité ne peut-elle pas être exprimée en un seul indiiridu? Parce qu'elle est participée dans la matière. 'Vest la même chose pourTempreinte du cachet, qui se ïiultiplie, parce qu'elle est reçue par des cires diverses. Et si, pour ainsi parler, tout ce qu'il y a l'expressible dans ce cachet, s'exprimait sur une seule îire, il n'y aurait qu'une seule expression du cachet. Mnis si l'on répétait les expressions extrinsèques totales ? C'est impossible, si elles sont vraiment totales, [larce que s'il y en a plusieurs, aucune ne l'exprimera autant qu'il est cxpressible. C'est de là que S. Thomas tire la raison pour laquelle les âmes humaines se mul-

tiplient à rinfini, sans constituer d'espèces diverses. Cette raison est, que Dieu les crée forme substantielle du corps humain, et principe, non-seulement de la vie intellective, mais encore de la vie sensitive et de la vie végétative : pour cette double vie, elles sont du genre de l'âme des brutes, et du genre de l'âme des plantes. Mais, lorsqu'elles sont séparées, elles conservent toujours une relation naturelle avec les corps qu'elles ont déjà informés.

Pour qui pénètre bien cette doctrine, il s'ensuit que, dans la pensée de S. Thomas, toute intelligence séparée, épidsant 'pleinement, et totalement, son idée archétype spécifique, devra avoir une espèce d'infinité, très-difficile à saisir pour nous^ parce que nous avons beaucoup de peine à nous élever au-dessus de notre manière habituelle de comprendre. Gela n'a point échappé à l'esprit pénétrant de S. Thomas, qui disait : c( Toute créature est finie, en toute rigueur d'expression: parce que son être n'est pas subsistant sans aucune limitation, mais qu'il est limité par sa propre nature particulière. Toutefois, il n'y a rien d'absurde à dire qu'une créature est, sous un certain rapport, infinie. Les créatures matérielles ont une sorte d'infinité, du côté de la matière (qni est en soi très-indéterminée, et capable de recevoir un nombre indéfini de formes), et elles sont finies du côté de la forme, qui se limite elle-même, parce qu'elle est reçue dans la matière. Mais les substances immatérielles créées sont finies dans leur être, et infinies en ce que leur être n'est point reçu dans une autre chose : comme si l'on disait que la blancheur, existant séparément {c'est-àdire, en dehors de la qiiantité)^ est infinie sous la raison de blancheur, parce qu'elle n'est point attachée à un sujet particulier; car alors son être serait fini entant que déterminé dans les limites d'une nature, particulière {Sitrnm., 1, 30, 2). »

Faisons observer à ceux qui, accoutumés à ne regarder comme vrai que ce dont ils peuvent, en quelc[ue sorte, se former les fantômes dans leur imagination, rejettent cette doctrine de S. Thomas, et d'autres aussi élevées, faisons-leur observer, disons-nous, que si la

raison ne peut aller au delà des sens, elle aura les ailes coupées, et sera forcée d^aller terre à terre. Môme quand elle déploie ses ailes pour s'élever aii-dessus des choses matérielles, elle sent qu'elles sont bien courtes : que sera-ce si elle ne les déploie même pas? Nous avouons, toutefois, que la question présente est difficile, et à ceux qui s'étonnent de la doctrine de S. Thomas^ nous adressons ces vers de Dante {Par,^ II) :

« Elle sourit un peu, et me dit : « Si l'opinion des hommes, se trompe dans les choses que la clef des sens n'ouvre pas,

« Il n'y a certes rien qui doive t'étonner, car la raison a, les ailes trop courtes pour s'élever beaucoup au-dessus des sens (1). »

Conchision IP. — Les intelligences séparées sont 2)ar ?lles-mêmes dans V espace de V univers, mais elles ne sont voint dans le lieu corporel,

l*" La première partie est évidente, parce que sans 3ela elles n'existeraient point. Et comme l'immensité 3St une perfection infinie, et par cela môme irropre à Dieu seul, nous devons dire encore qu'elles ne sont 3oint partout, mais dans un certain espace, d'une malière qui leur est toute particulière, k savoir: qu'elles sont terminées {definitœ) de telle sorte qu'elles ne sont 3oint en dehors d'elles, mais non pas cependant ^ornme les corps, dont une partie de la substance est lans une partie de l'espace, et dont toute la substance 3st dans tout l'espace occupé. Cette manière d'exister ians l'espace, propre au corps, s'appelle circum- ^criptlva. Voilà pourquoi l'on dit que les intelligences séparées sont dans l'espace définitive, et non circuïti' ^criptlve,

2'' Les intelligences ne peuvent pas être par ellesnômcs dans le lieu corporel, ou quantitatif, et, pour \insi dire, matériellement mesurable; autrement elles

(1) Ella sorrisc ahiuanto; e poi: S' egli erra L' opinion, mi disse, de' morlali Dove cliiavc di scnso non disserra,

Cerlo non ti dovrion punjïcr gli strali D" amniirazione oniai; poi diotro a' scnsi Vcdi clie la ragione ha corle l' ali.

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seraient mesurables et sujettes aux mêmes propriétés, que la quantité corporelle. Elles y sont seulement d'une manière virtuelle, c'est-à-dire par Tapplication de leurs puissances, et si, par exemple, une intelligence produit un effet dans un corps de deux mètres^ nous pouvons dire que, relativement à son opération, elle est mesurée par deux mètres.

i^^ Corollaire. — S'il est question de la première manière d'exister dans l'espace pour les intelligences, il .. est clair qu'il peut y en avoir un grand nombre dans le même espace. Gela est vrai, avons-nous dit, des corps dépouillés de leur quantité intrinsèque : à plus forte raison, cela est vrai des intelligences. Mais, s'il est question de la seconde manière d'exister, lorsqu'un esprit est cause totale et adéquate de l'opération produite^ il est certain qu'il ne peut pas y en avoir un autre en ce lieu. En effet, il ne peut y avoir deux causes adéquates et immédiates d'un même effet : et c'est ce que disait S. Thomas {Siiimn., 1, 52, 3).

2° Corollaire. — Relativement au premier mode d'existence, les intelligences ne peuvent aller d'un point à un autre sans passer par l'intervalle qui lès sépare : mais elles le peuvent relativement au second mode. Il suffit pour cela qu'elles cessent d'opérer dans l'intervalle, et c'est seulement ce qu'entendait S. Thomas {Siunm., 1, 53, 2), qui disait : « Elle peut, à son gré {Vintelligeyice séparée), appliquer sa puissance au iieu, avec ou sans intervalle. »

3® Corollaire. — L'intelligence séparée peut opérer en divers lieux, sans opérer dans les lieux intermédiaires; et comme l'opération, en tant qu'elle procède de l'opérant, ne peut pas se séparer de la substance, on doit dire que l'intelligence séparée peut être, avec sa substance, en plusieurs lieux. Mais, comme elle n'est pas immense, la distance des lieux oii elle pourra se trouver doit être limitée.

Conclusion IIP. — Relativement à ses facultés intellectives, Vintelllgence séparée diffère essentiellement de Tâme humaine.

L'opération suit l'être ; or, ici, les êtres sont essentiellement différents. En effet, l'âme humain.e est la forme

substantielle du corps, et, par conséquent, Tintellcct humain est obligé de tirer des fantômes, les espèces intelligibles, qui sont les formes par lesquelles il engendre les verbes. Au contraire, les intelligences sont comme des formes séparées de la matière ; donc, leur intellect ne pourra pas tirer les espèces des fantômes, puisqu'il n'en a point. Et voici les différences qui en résultent; bien que, comme intelligences, les esprits aient, dans leur manière de comprendre, beaucoup de ressemblance avec Tâme intellective.

l^'' Coroïlaive, — Dans les intelligences séparées, il n'y a pas d'intellect agent, car celui-ci est la puissance qui abstrait les espèces des fantômes. Dans l'esprit pur, cette abstraction n'existe pas; V agent n'existe donc pasnon plus. Mais, relativement à la fonction d'engendrer les verbes et d'illuminer, l'intellect des esprits a quelque ressemblance avec l'intellect possible, et l'intellect agent.

2'' Corollaire, — Précisément parce que VintelJect 'possible dépend dos fantômes, il ne peut pas engendrer un verbe, par lequel il dise directement l'essence de l'âme: au contraire, l'intellect de Tintelligence séparée peut engendrer un verbe, par lequel il dit sa propre essence.^Et, comme elle lui est toujours présente, elle lui tiendra lieu d'espèce intelligible, tellement que, depuis le commencement de son existence, le pur esprit est continuellement en acte, relativement à luimême.

W"" Corollaire. — Dans toutes les espèces des choses, nous avons vu que le supérieur contient la perfection de l'inférieur et quelqv.e chose de plus. Aussi l'homme a toute la connaissance des brutes, et, de plus, la connaissance intellectuelle; par conséquent, on no peut veiiiser à l'esprit la connaissance des choses matérielles que l'homme connaît. ]\Iais les connaîtra-t-il en les tirant des fantômes? Cela répugne, comme nous l'avons dit. Donc, il faut admettre que le Créateur, au commencement de l'existence de l'intelligence séparée, lui a donné les espèces intelligibles infuses des choses, à la connaissance desquelles elle est naturellement ordonnée. L'étude de la nature de Tàme humaine nous a

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obligé à lui refuser ce que l'on appelle les idées innées : rétude de la nature des intelligences séparées nous contraint à les leur accorder. Ce serait, toutefois, une grande imperfection pour cette nature supérieure que d'avoir des espèces intelligibles, qui lui montreraient les choses matérielles indépendemmeût du lieu ou du temps de leur existence. Donc, les espèces qui leur sont connaturelles devront représenter aussi ces circonstances. Par conséquent, de même que nous avons les espèces intelligibles des choses passées, avec lesquelles nous engendrons les verbes, et nous disons, par exemple : Telle chose est arrivée tel jour ^ en tel lieu; de même, les esprits ont des espèces déterminées, avec lesquelles ils disent, par exemple : Pierre est dans tel ou tel lieu, et fait telle ou telle chose.

Il n'est pas difficile de comprendre cette infusion d'espèces déterminées, quand on considère que, supposé la création, il y a en Dieu une science déterminée des choses présentes et futures, et, par conséquent. Dieu pourra exprimer dans ces esprits une partie de cette même science ; et l'impression, en tant que reçue, sera l'espèce innée, ou immatérielle, dont nous parlons. C'est la sublime doctrine de S. Augustin et de S. Thomas. Ce dernier dit : « Suivant S.. Augustin (IL Super Gènes, ad lit., c. viii), les choses qui ont préexisté dans le verbe de Dieu al) ceterno sont émanées de lui de deux manières : la première, dans l'intellect angélique, la seconde, de façon à subsister dans leurs propres natures. Elles sont émanées dans l'intellect angélique de telle sorte que Dieu y a imprimé les similitudes des choses qu'il produit dans leur être naturel. Dans le Verbe divin {dans lequel tout a été dit et sera dit) ont existé al ceterno, non-seulement les raisons des choses corporelles, mais encore les raisons des créatures spirituelles. Donc, les raisons des choses spirituelles et corporelles ont été imprimées en chacune des créatures spirituelles par le Verbe de Dieu : de telle sorte qu'en chaque esprit est imprimée la raison de sa propre espèce, selon son être, être naturel et intellectuel, tellement qu'il subsiste dans la nature de sa propre espèce, et se comprend par elle. Mais les rai-

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sons des autres choses spirituelles et corporelles, n'ont été imprimées que suivant leur être intellectuel : et c'est par ces espèces infuses qu'il connaît les choses corporelles aussi bien que les spirituelles {Summ., 1, b6, 2). » On voit par là comment l'intelligence séparée oeut connaître non-seulement les choses matérielles îomme existantes, mais encore les immatérielles.

Mais comment pourra t-elle connaître Dieu naturellement? Nous, comme nous l'avons dit, nous ne pouvons le connaître, que par la voie analogique, parce que nous ne pouvons pas en avoir une espèce ^propre, et que l'instruction immédiate de l'essence divine surpasse notre puissance naturelle. Nous devons en dire autant de l'intelligence séparée. Néanmoins, comme elle est beaucoup plus parfaite, elle {)ourra se servir d'une image de la beauté divine, beaucoup plus belle que nous, et les choses qui nous entourent. « Parce que l'image de Dieu est imprimée dans la nature de l'ange, l'ange, au moyen de sa propre essence, en tant qu'elle est similitude de Dieu, pourra le connaître (Sîcmm,, 1, 1)6, 3). »

On pourrait demander ici : Dans cette impression des espèces faite par Dieu dans Tintelligence séparée, doiton comprendre aussi celles qui peuvent lui donner la connaissance des actes libres de la volonté humaine, et des opérations intellectuelles qui en dépendent? S. Thomas le nie; et, bien qu^il accorde aux esprits la connaissance de ce que la volonté a déjà manifesté au dehors d'elle, toutefois Dieu, respectant aussi la liberté intérieure de l'homme, leur a refusé les espèces qui leur feraient connaître nos actes intérieurs, malgré notre xolonté. Et l'on doit en dire autant, relativement aux intelligences entre elles. Et l'on voit bien la convenance naturelle de cette doctrine.

tv' Corollaire. — Nous n'avons pas l'intuition immédiate des choses, pour deux raisons: la première, parce que nous tirons successivement les espèces de fantomes, et que nous devons toujours les employer dans la génération des verbes par lesquels nous connaissons les choses ; il nous faut donc composer, raL:^nner, c'està-dire^, faire des jugements, tantôt aftirmatifs, tantôt

négatifs, et argumenter four chercher la vérité : et la seconde raison, est que nous connaissons les essences par les ;phénomènes^ qui, seuls, nous sont présentés par les fantômes. Il n'en est point ainâi de Tintelligence séparée. D'un seul regard, pour ainsi dire, elle verra, au moyen d'espèces intelligibles parfaites, toute Tessence de la chose, et se la dira toute entière par un seul verbe. Il n'y a donc pas en elle de raisonnement. Et, de même qu'en nous l'erreur est impossible, quand il y a un pur acte d'intuition, de même les purs esprits ne peuvent se tromper. De là vient Vimmoiilité des actes de leur volonté.

S® Corollaire. — Dans les intelligences séparées, précisément en tant que telles, il y aura un appétit intellectuel dont l'objet adéquat sera le lien: il y aura aussi, par conséquent, la liberté vis-à-vis des objets inadéquats. Mais il faut considérer ce que nous avons dit, dans la dernière leçon, sur l'homme : à savoir qu'avant l'élection, il doit y avoir une attraction de la part de l'objet, à laquelle la volonté peut céder ou ne pas céder. Cette attraction provient de ce que l'objet se présente comme bien. Or, lorsqu'une intelligence qui embrasse Toljet d'un seul regard, sans raisonnement, se laisse entraîner par le bien et l'embrasse, sa détermination est irrévocable {naturellement), cela s'entend, et en faisant abstraction d'une opération divine, surnaturelle), car il n'y a aucun côté de Vol jet qui n'ait foint été vu, et qui, en se présentant, puisse l'amener à ne plus vouloir ce qu'elle voulait d'abord. C'est la doctrine de S. Thomas : « La puissance appétitive est dans tous les êtres^ proportionnée à la puissance appréhensive, par laquelle elle est mue, comme le mobile par le moteur. Ainsi l'appétit sensitif va au bien particulier, la volonté ^w. bien universel, de même que le sens saisit le singulier, et l'intellect l'universel. Mais la puissance appréhensive de l'ange, diffère de la puissance appréhensive de l'homme, en ce que l'ange comprend d'une manière immoUle par son intelligence, comme nous comprenons les premiers principes : et l'homme comprend les choses d'une manière moUle, , çii, allant 4e l'une à l'autre, et il peut aller aux con-

Iraires. Voilà pourquoi la volonté de rhommc adhère aux choses d\me 'manière mobile, et reste en puissance de s'en détacher pour adhérer aux choses contraires : mais la volonté ae l'ange s'attache aux choses d'une manière fixe et immobile. Si donc on le considère avant l'adhésion, il peut librement adhérer à une chose ou à son opposée, quand ce sont des choses auxquelles il n'est pas naturellement ordonné : mais, après l'adhésion, la détermination est irrévocable {Summ., 1, 64,2).» Nous voyons quelque chose de semblable dans les hommes : plus l'esprit est pénétrant et les connaissances développées, plus il y a de fermeté dans les délibérations : les femmes sont moins fermes, les enfants très-mobiles, les brutes très-instables, car elles changent avec les fantômes et les sensations des objets singuliers.

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