‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 12 sur 117 · I. P.iri. I, Ur, XIV · texte numérisé non relu

I. P.iri. I, Ur, XIV

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objets et de leurs diverses qualités , de ces mouveinens et de leurs divers phénomènes? D'où nous viendrait ridée des facultés de Tâme ? D'où nous viendraient les idées de ressemblance, d'analogie, de cause et d'effet? Âurioos-nous les idées du bien et du mal morail ? . Puisque avec les sensations seules on ferait de vains efforts pour rendre raison de rintelligence, telle que nous la possédons, il faut qu'il y ait en nous quelque manière de sentir, différente de celle qui nous vient de rimpression des objets ; quelque manière de sentir, autre que celle d'où naissent les idées sensibles : il faut que nous éprouvions des sentimens autres que les sensations.

Et d'abord, l'âme ne pouvant acquérir des idées sensibles qu'autant qu'elle agit sur les sensations , elle doit nécessairement avoir le sentiment de son action ; car l'âme ne peut pas agir et ne pas sentir qu'elle agit : or, cette nouvelle manière de sentir semble étrangère aux sensations. Qui pourrait confondfe ce que l'âme éprouve par l'exercice de ses facultés, avec ce qu'elle éprouve par l'impression des objets sur les organes du corps ? le plaisir de la pensée , avec celui que donne la satisfaction d'un besoin physique ? le ravissement d'Archimède qui résout un problème , avec la grossière volupté d'Apicius, lorsqu'il dévore une hure de sanglier.

Le sentiment qu'éprouve l'âme par l'action de ses facultés subit toutes les vicissitudes des facultés ; fort et vif dans les momens de leur exaltation ; languissant et faible , lorsqu'elles tombent dans le repos , ou dans un calme voisin du repos , car il est a présumer qu'il

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ii*y a jamais cessation absolue d'action dans notre âme : elle veille, elle agit, jusque (lans le sommeil du corps; elle agit tant qu'elle désire ; et la vie n'est-<elle pas un désir continuel?

L'âme n'est donc jamais privée du sentiment de Tao tion de ses facultés ; ou du moins il doit être très-rare que 06 sentiment l'abandonne ^ et qu'il s'éteigne tout a fait.

Cependant, il ne suffit pas d'avoir le sentiment des facultés pour les connaître, pour les distinguer les unes des autres y pour en avoir idée.-

Comme le sentiment-sensation n'aurait pu se changer eu idée sensible, si l'âme l'avait éprouvé d'une manière toute passive , et si son activité ne se fût mise promptement en exercice ; de même le sentiment de l'action des facultés ne pourra jamais devenir l'idée de cej» facultés, si l'activité de l'âme ne s'applique à ce sentknent, pour l'observer, pour l'étudier; si l'âme, après s'être portée au dehors par l'attrait des causes de ses sensations, ne rentre en elle-même ; si elle ne s'interroge sur ce qu'elle éprouve, sur ce qu'elle fait, sur toutes les manières dont elle est affectée, sur toutes les manières dont elle agit.

Nous ne sommes pas également bien placés lorsque nous cherchons à nous faire l'idée d'une faculté de VàmOy et lorsque nous voulons nous donner une idée sensible. D'un côté , l'aiteation aidée par les organes agit sans effort; de l'autre, il faut nous faire violence, lutter contre un penchant qui nous entraîne au dehors ; et, sans secours, par l'ordre seul de la volonté, appli-

quer rattention au seatimeDt de rattention , et Tàme à rame.

Aussi tous les hommes ont-ils les mômes idées sensibles. Pour tous , le ciel est parsemé d'étoiles , la terre est couverte d'arbres, d'animaux et d'une multitude innombrable d'objets ; tandis qu'un très-petit nombre de philosophes ont cherché à connaître leur esprit, a se faire des idées de ses facultés, à se rendre compte de ses opérations. Et encore combien leurs recherches ne laissent-elles pas a désirer * !

a Les idées des facultés de l'âme ont leur origine dans le sentiment de l'action de ces facultés , et leur cause dans l'attention qui s'exerce indépendamment des organes, o

5° Si les idées sensibles que nous acquérons successivement, et une a une, par la direction successive de nos organes sur les différentes qualités des corps, disparaissaient a l'instant môme que cette direction eesse, ou qu'elle change ; si, pareillement, les idées que nous nous faisons des facultés de l'âme s'anéantissaient au moment qu'elles viennent de naître ; alors, n'ayant jamais plusieurs idées à la fois, nous serions dans l'impuissance de connaître l'objet le moins composé.

Les choses ne se passent pas ainsi dans notre esprit. Ce qu'une fois il a acquis, il ne le perd pas aussitôt : ses richesses ne se dissipent pas a mesure qu'elles se forment ; et la jouissance, loin de les user, les rend plus propres a de nouvelles jouissances.

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