‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 14 sur 117 · II · texte numérisé non relu

II

de notions mal faites, d'assertions hasardées , d'opinions incertaines.

La nature, en nous donnant quatre espèces de sentimens, a mis en nous quatre sources de connaissances. Nous pouvons discerner les qualités des corps; nous nous sommes fait une idée des facultés de Tâme ; nous savons en quoi consiste la moralité de nos actions ; nous percevons enûn des rapports de toute espèce. Toutes ces connaissances , il est vrai , laissent beaucoup a désirer; elles peuvent recevoir, elles pourront sans cesse recevoir de nouveaux développemens ; mais elles sont, elles seront toujours appuyées sur autant de sentimens dont elles dérivent. Celui qui n'a pas remarqué ces divers sentimens, manque des idées premières et fondamentales de la philosophie. Il n'aura dans son esprit que des vérités mal assurées , ou des erreurs dont il lui sera comme impossible de se délivrer.

Cependant on croit renverser notre théorie. Les quatre sources de connaissances , dit-on , ne remontentelles pas à une source unique? Les quatre manières de sentir ne sont-elles pas, dans le principe, une seule manière de sentir? Le sentiment-sensation ne se transforme-t-il pas successivement en sentiment de Taction des facultés, en sentiment de rapport, en sentiment moral? De quelque manière que Ton sente, en un mot, n'est-ce pas toujours une môme nature de sentiment? et alors pourquoi attacher tant d'importance a la diversité de quelques points de vue d'une môme chose ?

Pourquoi ? D'abord notre doctrine est à l'abri des attaques dirigées contre la doctrine d'Aristote , de Gas^

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sendi y de Locke et de Condillac ; et par conséquent toutes ces argumentations si célèbres parmi les anciens platoniciens , ensuite oubliées par les scolastiques, plus tard reproduites par les disciples de Descartes pour être renversées par Locke, et que, depuis quelques années enfin , on renouvelle , nou avec plus de force , mais avec plus de confiance que jamais, ne sauraient nous atteindre. Ceci est déjà de quelque importance.

Mais cette considération ne suffit pas. 11 ne suffit pas que la distinction de quatre espèces de sentimens nous soit utile et commode. Il faut que cette distinction soit fondée; il faut qu'elle soit fondée sur la nature.

Le mot nature a un si grand nombre d'acceptions; il se prête avec une si trompeuse facilité k tout ce qu'on veut lui faire signifier ; on en a tant usé ou abusé, qu'on ne sait plus ce qu'il veut dire , et qu'on est toujours eiposé à lui faire exprimer des choses différentes ou même opposées , si Ton ne surveille avec une grande attention les emplois multipliés qu'on en fait.

Malgré tant de variabilité, je répondrai, en fixant par l'étymologie la signification du mot nature, que nos quatre manières de sentir ont chacune leur nature propre, et qu'elles diffèrent essentiellement les unes des autres; que le sentiment-sensation, quoique le premier *, n'est pas le principe ; qu'à la vérité, les autres sentimens ne viennent qu'après lui, mais qu'ils ne viennent pas de lui.

Nature , nous en avons déjà fait la remarque , tire son

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