‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 21 sur 117 · Part. H , leç. m et it · texte numérisé non relu

Part. H , leç. m et it

80 DBUXiitMB PAH^riK,

C'est donc Tactivité qui fait éclore les germes que la nature a déposés dans le sentiment ; c'est l'activité qui , tour a tour s*appliquant aux différentes manières de sentir, forme rintelligence : elle la fait naître ; elle la développe ; elle lui donne t(^ute sa perfection.

Telle est la doctrine, aussi simple que sûre, dont il ne faudra plus nous écarter. Nous Tavions déjk annoncée, lorsque, dans un langage peu exact, il est vrai, nous n'avions pas craint de mettre en avant que, dans l'esprit humain , tout se réduit aux sensations , au tra* vail sur les sensations, etc. ^ Nous savons aujourd'hui que les sensations ne sont pas le seul' principe de connaissance; que les sentimens éprouvés immédiatement k la suite de l'impression des objets, ne sont pas la source unique de nos idées. Nous nous sommes assuré qu'il est d'autres manières de sentir, d'autres sentimens qui sont principes de connaissance , sources d'idées. C'est donc le sentiment , et non la sensation , qu'il semble que nous aurions dft nommer alors ; mais, en nous exprimant avec plus de vérité, nous nous serions exposé à n'être pas compris; et, en conmiençant, nous étions obligé de parler moins bien pour paraître plus clair.

Comment se fait-il que des choses qui se présentent si naturellement, aient échappé k tous les philosophes, et que depuis des siècles on dispute sans pouvoir s'accorder, sans qu'il soit possible de prévoir un terme aux disputes? Un tel phénomène mérite qu'on l'explique.

On le concevra, si, remontant aux causes de ces

*, Part, lyleç. if.

GINiQUIÈMS LEÇON. B4

divisions y on observe d'abord que la queslion de l'origine des idées fut mal posée par les anciens philosophes, et que ceux qui les ont suivis se sont toujours obstinés a vouloir en donner la solution sans songer à la poser autrement. On l'avait ramena en effet, et on la ramène encore de nos jours, a deux propositions également fausses. Les uns disent : Toutes les idées viennent des sens; toutes ont une origine unique et conunune, la sensation. Les autres disent : Aucune idée ne vient des sens; plusieurs du moins ne sauraient en venir; un grand noml)re, toutes peut-être, sont innées.

Les premiers prouvent fort bien que les idées ne sont pas innées, mais fort mal qu'elles viennent toutes des sens. Les seconds prouvent fort bien aussi qu'il y a des idées qui ne viennent pas des sens , mais ils prouvent fort mal en même temps qu'elles sont innées.

Cependant on s'en tient toujours à ce dilemme : ou les idées viennent des sens , ou elles sont innées ; 11 n'y a pas de milieu.

11 y a un milieu ; il y en a plus d'un ; il y a trois milieux entre ces deux propositions ; car, entre les sens , unique origine des idées, et les idées innées , il y a trois manières de sentir, qui sont autant d'origines spéciales d'idées *.

Les philosophes des deux écoles ne pouvaient donc, ni se rapprocher, ni résoudre la question de l'origine des idées. Les uns et les autres voyaient avec une entière évidence qu'il y avait erreur dans l'opinion de leurs adversaires : ils s'abusaient, les uns et les autres,

Page 1