‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 22 sur 117 · Part. H , leç. m · texte numérisé non relu

Part. H , leç. m

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en concluant de cette erreur que leur opinion propre était la vérité.

Ce qui aurait sufG d'ailleurs pour empêcher de bien poser la question de l'origine des idées , c'est que , le plus souvent, on confondait trois choses distinctes : la nature des idées , leur origine, et leur cause. On croyait avoir constaté la cause d'une idée, quand on avait découvert son origine; ou s'être assuré de son origine, quand on avait reconnu sa cause ; ou enûn , qu'il suffisait de la nature et de la cause d'une idée , sans qu'il fût nécessaire de remonter a son origine.

Locke lui-même regarde la réflexion de Tesprit sur ses propres opérations , comme une source d'idées ; et Gondillac, qui le blâme, ne voit dans cette réflexion qu'une espèce de canal par lequel les idées dérivent des sens. La réflexion , quel que soit l'objet auquel elle s'applique, n'est pas une source d'idées, une origine d'idées ; elle n'est pas non plus un canal de dérivation : la réflexion est une cause d'idées.

On était plus excusable , ce senible ; de confondre la nature des idées avec leur origine ; car, si Ton ne voit pas toujours l'origine dans la nature , on voit toujours la nature dans l'origine.

Vous savez que tous les points de la circoniférence d'un cercle sont k égale distance du centre : vous connaissez la nature du cercle ; vous pourriez cependant Ignorer son origine ; car vous pourriez ne pas vous être aperçu de la manière dont il se forme. Mais quand on connaît l'origine du cercle; quand on s'est avisé que, pour le décrire, il suffit de faire tourner un compas

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ouvert sur une de ses branches; alors , dans cette formation ou dans cette origine , on voit l'égalité de toutes les distances au centre.

Il est vrai que le cercle est une figure si simple, qu'il paraît difficile de ne pas en découvrir Torigine k Tin*stant même qu'on le voit^Mais qu'il s'agisse d'une ellipse, d'une hyperbole , d'une cyclolde, on ne tardera pas k s'apercevoir que l'origine de. ces courbes peut rester cachée longtemps après qu'on nous en a fait connaître la nature.

La nature d'une idée est connue aussitôt que l'on connaît son origine , mais non pas réciproquement : il fallait donc distinguer ces deux choses.

Il le fallait si bien, que rien n'importe k un plus haut degré. Si vous cherchez, en effet, la raison de la différence qui sépare du commun des philosophes le philosophe qui nous éclaire par son génie , vous trouverez qu'elle consiste principalement dans la manière dont ils considèrent les objets. L'un éprouve le besoin impérieux de savoir le comment des choses : tant qu'il ne les a pas vues se former sous les yeux de son esprit, il croit les ignorer : aux autres, il suffit des choses comme elles se présentent , ou telles qu'on les leur montre; ils ne vont ni en deçà, ni au delk; et cette curiosité des comment, cette recherche des origines, qui tourmentent le premier, ils ne les conçoivent pas.

Aussi quelles sont leurs connaissances? quelle est leur philosophie? Gomment connaissent-ils les choses , la nature des choses? Je dis qu'ils ne la connaissent même pas, cette nature; ou, pour me sauver du re-

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proche de contradiction , je dis qu'ils la connaissent mal y et qu'on ne peut avoir une vraie connaissance de la nature des choses qu'en remontant b leur origine.

L'enfant n'ignore pas ce que c'est que le pain qu'il voit et qu'il mange tous les jours : direz-vous qu'il en connaît la nature, comme celui qui a vu semer le grain , qui Ta vu recueillir, qui l'a vu moudre, qui a été témoin de tout ce qu'il faut de travail et de peine pour en tirer le premier des alimens?

Et nous , hommes faits , la plupart des choses que nous nous croyons assurés de connaître, les connaissons-nous ? Ne sommes-nous pas comme l'enfant qui jouit des productions de la nature et des arts, sans s'inquiéter de la sagesse divine , ou de l'industrie humaine qui leur a donné l'existence? Trop heureux de n'être qu'ignorans et de ne pas imiter la folle présomption de ces philosophes qui, au Heu de chercher la raison des choses dans leurs origines, dans leurs sources, c'est-àdire où elle est, se flattent de la deviner par une sorte d'inspiration qu'ils attribuent à la présence du génie, et qui ne prouve que l'absence du bon sens.

Ceci tient a tout. Nous touchons k la question de l'analyse et de la synthèse ; à celle des définitions qui montrent la génération des idées , et des définitions qui se font par le genre et la différence. Ces questions une fois résolues, nous saurions enfin si, et quand, il faut dans nos études aller du particulier au général , ou du général au particulier; du composé au simple, ou du simple au composé ; des idées aux mots ou des mots aux idées. Alors nous ne balancerions pas entre une

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méthode qui nous conduit toujours par le diemin le plus facile y le plus court, et une méthode qui nous force denous traîner a travers des sentiers longs , raboteux, hérissés d*épines, et qui, après tant de fatigues, n'aboutit ordinairement^qu*a nous égarer.

Je ne dois pas m* engager aujourd'hui dans ces recherches : qu'il me suffise d'avoir observé combien il ûnporte de ne pas toujours confondis la nature d'une idée avec son origine; et de vous avoir fait comprendre, ou du moins entrevoir, que, pour connaître véritablement les choses, il faut prendre l'habitude d'aller a leur nature par leur origine.

Les idées sans origine connue sont comme ces mots qui ne tiennent plus k leur racine , et dont les étymologies perdues ont fait disparaître la valeur avec les titres. De telles idées et de tels mots rendent tout arbitraire, les expressions et les pensées. Cependant la parole a ses analogies qu'il faut respecter ; le raisonnement, ses lois auxquelles il faut se soumettre; car la vérité ne dépend pas de nos fantaisies.

Les philosophes ayant donc confondu la nature des idées , leur origine , leur cause , et n'ayant vu dans la sensibilité que les seules sensations, la question de l'origine des idées devait nécessairement être mal posée , et exprimée en termes d'une signification toujours incertaine. En cet état, les efforts du génie étaient impuissans pour la résoudre.

Mais la solution que nous avons donnée nous-même est-elle à l'abri de la critique? résistera-t-elle a toutes les attaques? Les amis de Descartes et de Malebranche,

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