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problème de Forigine de nos connaissances , étant opposée à Platon et à Âristote, a Descartes et a Gassendi, à Leibnitz et a Locke, à Malebranche et a Condillac, aux disciples de Kant et à leurs adversaires, comment nous croire certain d'avoir pour nous la raison , sans tirer la conséquence nécessaire, que tous ces philosophes ont confondu Terreur avec la vérité?
Nous dirons donc qu'ils se sont trompés , et nous le prouverons, toutes les fois qu'il nous paraîtra utile de le dire et de le prouver.
Les quatre manières de sentir que nous avons remarquées en observant ce qui se passe dans notre ame , ne sont pas le privilège de quelques individus ; elles appartiennent à tous les hommes : le sentiment-sensation , le sentiment des opérations de Tâme , le sentiment des rapports et le sentiment moral sont Vapanage de Tespèce humaine tout entière.
11 est vrai que si tous les hommes , en vertu d'une nature qui leur est commune, peuvent sentir de môme, il s'en faut bien qu'ils sentent en effet de même , et par conséquent qu'ils aient les mêmes idées et le même nombre d'idées. Dans tous , se trouvent quatre germes de connaissances, quatre sources d'idées; mais dans tous, ces germes ne sont pas également féconds, ces sources ne sont pas également abondantes.
Quelles variétés , quelles différences ne présente pas le sentiment des opérations de l'esprit, si l'on compare le sauvage a l'homme civilisé, l'ignorant qui pense à peine , a un Corneille, a un Pascal ; si Ton se compare soi-même à soi-même, en divers instans? Ces diffé-
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rences entre les seatunens des opéraiioBs de Tesprit, ne sont pas moindres pour le nombre et pour les de^ grés que celles qui se trouvent entre les opérations ellesmêmes ; car Tàme ne peut pas agir, qu'en même temps elle ne sente qu'elle agit, comme elle ne peut pas sentir qu'elle agit, qu'elle n'agisse en effet. Penser et ne pas sentir qu'on pense , ou sentir qu'on pense et ne penser pas , sont des choses contradictoires. Mais remarquez bien que je ne dis pas que la pensée soit inséparable de son idée ; je dis qu'elle est inséparable de son sentî-ment. Ou peut penser sans s'apercevoir qu'on pense ^ mais non pas sans le sentir.
Or, la plupart des hommes ont une telle indolence à penser, qu'il faut, pour les y contraindre, les besoins les plus pressans de la vie. Combien laissent leur âme plongée dans un sommeil léthargique, en comparaison du très-petit nombre dont l'activité renaît sans cesse d'elle-même ! Les premiers ignoreront toujours ce qu'ils peuvent , car d'où leur viendrait l'idée de leurs facultés quand ils. n'en ont pas le sentiment? Ceux au . contraire qui, agissant continuellement, éprouvent continuellement le sentiment de leur action, trouveront sans peine , dans les variétés de ce sentiment qui ne les • abandonne jamais, les idées de toutes leurs facultés , de toutes leurs manières d'agir.
En n'ayant égard qu'à la seconde origine que nous avons assignée aux idées, en ne considérant que le sen* timent des opérations de l'âme, il est donc manifeste que tous les hommes ne sauraient avoir une intelligence égale.
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L'intelltgeiioe f>résentera des^nariétéft' plus «grandes encore, à raison ded variétés :dtt sentiment des rapports, et à raisoo des yariélésdu 9«itiiUent moral.
Le sentiment dcfs tapporls ne pouvant avoir lieu que par la présence simultanée de plusieurs idées , qui ne voit d'abord qu'il doil <étre plus fbible et plus borné chez les uns, . plus fvif et plus étendu cbez les autres ?
Quant au sentiment moral, observes ce qui se passe dans le monde, à Tépoque ou nous vivons; rappelez dans votre mémoire ce que yous avez appris des konûi^ mes qui ont vécu dans les siècles passés, et demandez^ vous si le sentiment de la justice et de rhumanité , si les sentimens généreux, élevés^ tendres , afTectueux , si les sentimens de délicaiesse et de pudeur se trouvent au même degré dans toutes les âmes.
Le sentiment des opérations de Fdsprit, le sentiment des rapports et le sentiment moral étant donc distri* bues b mesures inégales, il faut que la même inégalité se retrouve dans les idées intellectuelles et dans les idées morales qui naissent de ces sentimens.
Mais quoi ! nous remontons aux sources de 14ntelli-<gence ; nous parlons de l'inégalité des' esprits ; et nous ne remarquons pas avant tout les sens , les sensations ! Est-ce par oubli ou TolfNi^irement ?
Ce n'est point par oubli. Comment pourrions-nous un instant perdre de vue que les premières idées nous viennent des sensations, qui elles-mêmes nous sont venues par les impressions faites sur les seni.:
Toutefois nous n'avons pu nous abuser jusqu'au point d'imaginer que , dans l'effet de l'action des objets ^ur
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les sens, on pût trouver antre chose que des sensations, et les idées sensibles qui se montrent à leur suite ; nous n'avons pu nous abuser surtout , jusqu'à nous flatter de découvrir dans les idées sensibles ce que rintelligence de Thomme a de plus excellent *.
Si la perfection des esprits était en raison des sensations éprouvées et des idées qui en dérivent, les premiers rangs ne seraient ni pour les Descartes et les Newton, ni pour les hommes qui ont le pins vécu d'une vie intérieure : ce n'est pas a des solitaires que nous devrions les plus beaux modèles de la raison et du goût.
Par les sensations commence l'exercice de la sensibilité ; par les idées sensibles commence l'intelligence. Mais ces commencemens ne sont pas principes de sentimens autres que les sensations, d'idées autres que les idées sensibles. Les sensations précèdent les autres manières de sentir ; elles ne les engendrent pas. Les idées sensibles sont antérieures aux idées intellectuelles et aux idées . morales ; elles ne se transforment pas en idées intellectuelles et en idées morales. Ce qu'il y a de plus noble, de plus élevé dans l'âme, ne se trouve donc ni dans les sensations , ni dans les idées sensibles. Ce n'est pas de Ta que nous viennent la grandeur et la dignité.
Voilk quelle est la part des sensations et des idées sensibles. Chercher à l'augmenter aux dépens des autres espèces de sentlmens et des autres espèces d'idées , ce