Part, n.leç. XII
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comment veut-on queTidée de l'action de Tâme vienne des sens? On le concevrait, si rame était active dans la sensation, si sentir était agir. Mais combien de fois n'avons-nous pas dit et prouvé le contraire?
Omnis idea oritur à sensibus ; « Toute idée a son origine dans les sens : » tels sont les premiers mots de la logique de Gassendi. 11 explique, moins bien cependant que Looke ne Ta fait depuis , et surtout moins bien que ne Ta fait Gondillac après Locke , de quelle manière les idées intellectuelles et les idées morales se développent a la suite des idées sensibles, qui sont les premières , et qui viennent incontestablement des sensations.
Mais si Ton a fait voir d'une manière satisfaisante, et qui laisse aujourd'hui très-peu à désirer, dans quel ordre se montrent successivement a l'esprit de l'homme les principales idées d'où résulte son intelligence, on n'a jamais prouvé , et l'onrne prouvera jamais , que ces idées dérivent toutes d'une seule et même origine. On n'a jamais prouvé, et l'on ne prouvera jamais, que ridée d'une faculté de l'âme, qu'une idée de rapport, qu'une idée morale, dérivent de la sensation, qu'elles soient des modifications de la sensation, des transformations de la sensation.
L'auteur de la Logique de Port-Royal est donc fondé a trouver déraisonnable, qu'on veuille faire sortir l'idée de la pensée de la même source que les idées sensibles. Mais l'opinion qu'il embrasse lui-même est-elle plus raisonnable que celle qu'il repousse?
« L'idée de la pensée ne tire pas son origine des II. H
sens; elle n'en vient ni immédiatement, ni médiatement : donc Tâme a la faculté de la former de soimême. »
Quelle conséquence! Il aurait fallu, pour la justiûer, démontrer Timpossibilité de toute autre origine d'idées que les sens; il aurait fallu nous faire comprendre la signification de ces paroles : « L'Ame a la faculté de former des idées de soi-même ; » il aurait fallu , avant tant, nous dire clairement ce que c'est que l'idée, ce que c'est que la pensée. Aucune de ces conditions n'a été remplie.
^" Demandez-vous a l'auteur ce que c'est que l'idée? Il vous répond : «r Nous appelons du nom d'idée tout ce qui est dans notre esprit, lorsque nous pouvons dire , avec vérité , que nous concevons une chose , de quelque manière que nous la concevions. »
Vous me dispensez de vous faire remarquer l'obscurité d'une définition que vou^ comprenez à peine ; et d'ailleurs , concevoir et avoir idée , n'est-ce pas une même chose?
2<» Lui demandez-vous ce que c'est que la pensée? Il vous répond : « Il ne faut pas demander que nous expliquions le mot pensée. Ce terme est du nombre de ceux qui sont si bien entendus par tout le monde, qu'on les obscurcirait en voulant les expliquer. »
Nous avons essayé de l'expliquer, ce terme, ou ce mot pensée, en déterminant l'idée de la chose qu'il exprime; et nous croyons n'avoir obscurci ni le mot, ni la chose.
L'idée de la pensée comprend deux idées partielles ,
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celle de l'entendemenl et celle de la volonté : chacune de ces deux idées partielles comprend a son tour trois idées ; Tidéede Fentendement, celles de Tattention , de la comparaison et du raisonnement ; Tidée de la volonté ^ celles du désir, de la préférence et de la liberté ; en sorte que y dans Tidéc de la pensée, se trouvent réunies les idées des six facultés de Tâme ; et , dans la valeur du mot pensée , les valeurs des six mots qui désignent les six facultés *.
Ces six facultés, dont la réunion constitue la pensée, ou la faculté de penser^ nous sont connues , chacune en elle-même : nous connaissons leurs origines particulières ; nous connaissons encore Torigine qui leur est commune a toutes, et de laquelle elles dérivent toutes.
L*idée que nous avons de la pensée se trouve donc déterminée de la manière la plus exacte et la plus rigoureuse : aucune des idées qui sont dans Tesprit de rbomme, ne peut avoir un plus grand degré de clarté : Fhorloger le plus habile ne connaît pas mieux les différentes parties d*une montre , que nous ne connaissons les élémens constitutifs de la pensée. Nous Favions dit ailleurs *; nous nous plaisons k le redire, pour appeler de nouveau la critique la plus sévère, et nous délivrer d'une illusion, si nous nous sommes laissé séduire par une fausse lumière.
5® « L'idée de la pensée n'a pas son origine dans