Part. 1 , leç. tu
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les sens ; donc Tâme forme celte idée de soi-même. § S'il était démontré , d'un côté, qu'il n'y a qu'une seule origine d'idées, les sens; et de l'autre, que l'idée de la pensée ne vient pas des sens, il est clair que l'idée de la pensée n'aurait pas d'origine ; et alors on serait bien forcé de la regarder comme venant de l'âme ellemême, comme innée. Mais nous savons aujourd'hui, nous savons avec certitude , que les sens ne sont pas l'unique origine de nos idées : par conséquent, de ce que l'idée de la pensée n'a pas son origine dans les sens, on n'a pas le droit de la regarder comme innée; car, une idée qui n'a pas son origine dans les sens, dans les sensations, peut l'avoir dans une autre manière de sentir : la conclusion du raisonnement n'est donc pas nécessaire.
4* Examinons cette conclusion b part, et sans liaison avec son principe : Vâme forme , de soi-même ^ ndée de la pensée. Je demande si c'est de rien que l'âme fait l'idée de la pensée, ou si elle la fait, si elle
la forme avec quelque matière qui préexisterait dans sa
substance?
Si elle la fait de rien , elle a donc la puissance de .créer; si elle la forme avec une matière préexistante,
qu'on nous dise quelle est cette matière préexistante.
Ce n'est pas la sensation , puisqu'on a écarté les sens ,
et qu'on attribue à l'âme un pouvoir indépendant ; ce
n'est pas quelqu'une des trois autres manières de sentir ;
on n'en soupçonne pas l'existence.
Qu'est-ce donc? quelque idée endormie peut-être,
ideœ quœ manent sopitœ; mais alors, il ne faudrait
pas dire que Tâme forme ses idées ; il faudrait dire qu'elle les réveille ; et nous demanderions ce que c'est que des idées qui dorment, et comment on les réveille. Nous pourrions ajouter que des idées qu'on réveille existent déjà, et que, par conséquent, on ne les forme point.
Le raisonnement de l'auteur de la Logique de Port- Royal, bon contre ses adversaires, pèche donc en luimôme, et Ton ne saurait se défendre de le trouver également vicieux, et dans le fond et dans la forme.
Que Port-Royal soit autorisé a rejeter l'opinion des idées toutes originaires des sens , vous n'en doutez pas , vous qui pourriez fortifier son raisonnement, et le rendre plus victorieux; car vous savez que, indépendamment de l'idée de la pensée, une infinité d'autres idées n'ont, dans leur principe, rien de commun avec les sens.
Mais ce que vous blâmez justement dans la philosophie d'Aristote, de Bacon, de Hobbes, de Gassendi, et de leurs nombreux disciples, l'approuverez-vous dans la philosophie de Kant, dans une philosophie qui ne craint pas de faire sortir de la sensation, et de la sensation exclusivement, tout ce qu'il nous est possible de^ connaître?
Qu'enseigne 9 en effet, l'auteur de la Critique de la raison pure ? Que veut-il prouver? Quelle sera la conclusion finale de ses vastes spéculations?
Ouvrez son livre : lisez les cent commentaires qu'oii en a faits; ou plutôt, que le témoignage du savant
426 DEUXIÈME PAETIB,
respectable qui nous en a donné Texposition la plus récente vous sufGse.
« En résumé, le résultat de la Critique de la raison pure consiste a représenter le savoir humain , comme exclusivement et immédiatewent borné au domaine des perceptions sensibles '. »
Et si vous aimez mieux les paroles de Kanl lui^nôme, non pas dans sa langue propre » mais telles qu'on les trouve dans une version latine publiée en -1796, par M. Sçhmidt-Physeldek , professeur de philosophie, k Copenhague, les voici : In tantùm unicè cognosci potest ohjectum, in quantum idem objectum est intuitionis sensualis.
« Quoi ! vous nous donnez comme un résultat de votre philosophie, qu'il faut s'en tenir h Tétude des objets sensibles ! Il y a longtemps que nous étions arrivés la , sans passer par toutes les arduosités de votre transcendantalisme. »
Prenez garde , Messieurs , que ce n'est pas moi qui fais Tobjection ; c'est un admirateur passionné de Kant, Charles Villers , qui se la fait proposer par un disciple de Locke. Maintenant écoutez sa réponse.
• 11 est vrai que le résultat de la critique de la raison piu'e est tel que vous le dites, qu'il faut s'en tenir a l'étude des objets sensibles. Mais vous devriez n'en recevoir qu'avec plus de déférence une doctrine qui vient vous prouver solidement, a priori ^ que vous avez raison dans le parti que vous avez pris '. t