‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 33 sur 117 · Part. H, leç. m · texte numérisé non relu

Part. H, leç. m

Voila ce qu*on pouvait , ce qu'il fallait attaquer, non |)as le rouge ou le bleu, le grave ou Taigu, qui sont étrangers a la question , et qui n y fussent jamais en-^ tréi^, si elle avait été posée par une raison plus éclairée.

Je ne continuerai pas Texamen de ce qu'on a pensé pour résoudre le problème de Torigine de nos connaissances. Nous trouverions toujours ou erreurs, ou inexactitudes : les uns , sous le vain prétexte d'une perfection chimérique, ont voulu soustraire rintelligence de rhomme a toute influence de la sensibilité ; les autres, n'ayant pas aperçu tous les modes de la sensibilité, et trompés par le mot sensibilité môme, ont demandé aux sensations plus qu'elles ne pouvaient donner : ils ont cru tenir d'elles ce qui leur venait de quelque autre manière de sentir , et cette méprise les a trop souvent égarés ; quant aux premiers, ils n*ont jamais été sur la bonne route.

Les philosophes, en traitant la question de l'origine des idées, ont donc mal raisonné. Voyons s'ils ont mieux parlé qu'ils n'ont raisonné. Je serai sévère jusqu'à la minutie ; mais les vices de langage que je relèverai ont fait et font encore tant de mal, qu'on devra me trouver trop indulgent.

On dit : « Les idées viennent des sens, o J'observe, d'abord , que cette proposition est fausse dans sa généralité. On attribue à toutes les idées ce qui pourrait convenir tout au plus aux idées sensibles ; on suppose qu'il n'existe qu'une seule origine d'idées , quand il est démontré qu'il y en a plusieurs.

2"* Hln restreignant la proposition aux idées sensibles,

et en supposant que des sens il pût venir quelque chose à l'âme, ce seraient de simples sensations, et non des idées sensibles : Tâme reçoit les sensations ; elle ne reçoit pas tes idées sensibles ; elle les fait elle-même, en agissant sur les sensations.

5® Les idées sensibles , alors même qu'on les confondrait avec les sensations , ne peuvent venir ou être venues des sens qu'autant qu'elles seraient ou qu'elles auraient été dans les sens. Comme cette absurdité qu'on dit n'est pas ce qu'on veut dire (car nous parlons ici des philosophes qui refusent l'intelligence et le sentiment a la matière), il s'ensuit qu'on s'est mal exprimé.

« Les idées viennent par le sens. » 4* Cette proposition, comme la précédente, va beaucoup trop loin ; 2" elle confond les idées, ou du moins les idées sensibles, avec les sensations ; 5* on donne à entendre que les idées sont primitivement dans les objets extérieurs , et que, pour arriver jusqu'à l'âme, elles passent à travers les sens : certainement ce n'est pas cela qu'on veut dire.

Mais qui peut ainsi prendre ces propositions a la lettre, et ne pas voir qu'elles signifient : « Les idées ont leur origine dans la sensation , » dans la modification que l'âme reçoit a l'occasion des mouvemens du corps?

Qui? lisez ce que tous les jours on publie : vous verrez qu'aujourd'hui encore on demande à ceux qui font venir les idées par les sens y si elles sont blanches ou noires, rondes ou carrées, pour être entrées par la vue ou par le toucher; vous verrez qu'on se porte, envers ceux qui font venir les idées des sens, comme

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