‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 35 sur 117 · Essai sur V Entendement · texte numérisé non relu

Essai sur V Entendement

StXlàMB LBÇON. 435

appliquée aux opérations àe l'esprit, réfleiion nécessaire pour acquérir Tidée de ces opérations.

Locke se serait mieux exprimé si , au lieu de dire que les idées des opérations de Tesprit ont leur source dans la réflexion appliquée à ces opérations , il eût dit que les idées des opérations de Tesprlt ont leur source dans le sentiment de ces opérations , et leur cause dans la réflexion appliquée au même sentiment. Loclie n'avait pas suffisamment démêl^ sa pensée; et, d'ailleurs, il ne donne la raison ni des idées de rapport, ni des idées morales.

Nihil est in iniellectu quod priùs non fuerit in sensu, « Rien n'est dans Tentendemcnt qui n'ait été auparavant dans le sens. • 11 y a peu de maximes qui aient joui de Vinfaillibilité d'un axiome aussi longtemps que celle-là ; peu qui aient été reçues avec un assentiment aussi universel.

Que dira-t-ou, si, outre sa feusseté, elle renferme trois vices d'expression qui permettent de l'interpréter de trois manières différentes?

/VMt7, rien. Quel sens donnez-vous ici \ ce mot? S'agit-il uniquement des idées, comme l'entendent presque tous les philosophes ; ou s'agit-il et des idées et des facultés, comme le veut Condillac?

In iniellectu , dans l'entendement. Est-ce de l'âme qu'on nous parle? est-ce d'une faculté de l'âme? estce d'une faculté qu'on voudrait supposer appartenir ou au corps ou k l'âme? est-ce de la réunion de toutes les idées? car le mot entendement a reçu toutes ces significations.

436 DBUXIÈUB PARTIB.

In sensu, dans le sens. Sont-ce les sens, organes du corps y ou les sensations, modiflcations de l'âme? C'est ce qu'on ne dit pas *.

Ainsi on nous laisse dans la perplexité sur ce que dous devons penser, sur ce que nous devons croire , sur ce que nous devons enseigner. Mais, que dis-je? et où est le philosophe qui ne soit intimement persuadé que la maxime qu'on attribue a Aristote, et que personne ne comprend ni ne peut comprendre, ou du moins que personne n'est assuré de comprendre , est ou une vérité irréfragable ou une erreur monstrueuse?

Tel est trop souvent le funeste pouvoir du langage. Son influence se porle jusqu'aux générations les plus reculées ; et , parce qu'un homme s*est mal exprimé à une certaine olympiade y il faut que nous soyons divisés au dix-neuvième siècle de l'ère chrétienne.

Il ne tiendrait qu'k nous cependant de prévenir le mal ou de l'arrôter dans ses progrès. La parole n'est pas nécessairement trompeuse. Elle peut représenter fidèlement la pensée : c'est là sa destination ; on peut l'y ramener quand elle s'en écarte. Eh quoi i est-il donc si difiicile de mettre de la clarté dans ses discours , quand on en a mis dans ses idées? et pourquoi ne serait-on pas entendu des autres , si l'on s'entend soimême?

Nous croyons donc qu'on nous entendra, lorsque nous dirons : non pas que les idées viennent des sens ou par les sens; non pas qu'elles ont deux sources,

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