ÉCLAIRGISSBMENS SUR LES CAUSES DE NOS IDÉES
Sentiment , Connaissance , Rapports. — Application de notre théorie à plusieurs questions relatives aux idées.
Sentir et connaître, nous Tavons assez dit, sont deux choses qu'il faut bien distinguer. Pour sentir, il suffît k rame d'être passivement affectée ; au lieu que pour connaître il faut qu'elle agisse ou sur quelque sentiment, ou sur quelque connaissance, résultat elle-même d'une action de Tâme sur ce que Tâme a senti d'abord '.
Entre le sentiment et la connaissance , entre la connaissance et la connaissance, l'action de Tâme se trouve donc interposée ; et cette action ,- toujours indispensable , se fait remarquer principalement lorsqu'elle a été provoquée par de vifs sentimens de plaisir ou ie peine, ou lorsqu'elle a été commandée par un ordre plus absolu de l'âme elle-même.
Alors les facultés de l'entendement se portent a l'envi sur nos manières de sentir. L'attention les étudie a part; elle veut savoir ce qu'elles sont en elles-mêmes. La comparaison les rapproche; elle cherche k les apprécier les unes par les autres. Le raisonnement profîte de ce
i , Part. I , l6ç. If.
que lui ont appris rattenlion et la comparaison ; il pénètre plus avant , il découvre ce que les deux pre* mières facultés n*auraient jamais pu nous apprendre.
Le sentiment , s'il était seul , aurait beau se répéter, se multiplier, cesser, recommencer, et remplir ainsi la vie la plus longue, il ne laisserait rien après lui. Le passé serait perdu ; l'avenir ne pourrait être soupçonné; et l'absence de toute mémoire, de toute pré* voyance, concentrerait la durée des siècles dans une existence toujours momentanée, toujours indivisible.
Il ne sufGt donc pas que le sentiment recèle les sources de rinteltigence : il faut que l'activité de Tâme pénètre dans ces sources, pour en faire jaillir les idées ^
On a de la peine a recevoir cette vérité sans la restreindre par quelques exceptions. On voit bien que les idées des facultés de Tàme, plusieurs idées de rapport, et plusieurs idées morales , ne se présentent pas d'ellesmêmes ; et qu'afin de les obtenir l'esprit est obligé à un travail qui ne se fait que trop sentir, et qui n'est pas toujours récompensé par le succès. Mais, en même temps , on est porté à croire que les idées sensibles nous viennent toutes faites ; qu'elles ne diffèrent en rien des sensations, et qu'elles sont l'effet immédiat de l'impression des objets.
Pour achever de vous convaincre, je n'ai besoin que des observations les plus communes, les plus familières.