Part. H , leç. m
Ht DEUXIÈME PARTIE.
On met sous nos yeux une écriture inconnue, de l'arabe y je suppose. Que verrons-nous au premier instant? Que discernerons-nous?
Je dis que nous verrons tout, mais sans rien discerner.
Nous verrons tout ; car les rayons partis de chacun des points de tous les caractères qui sont devant nous pénètrent jusqu'au fond de l'œil , et font sur la rétine une impression , après laquelle nous sentons ou nous voyons, sans qu'il nous soit possible de ne pas voir. La volonté ferait de vains efforts pour nous soustraire a des sensations qui sont la suite nécessaire du mouvement reçu par l'organe.
Mais s'il est incontestable que tout sera vu, il ne l'est pas moins que rien ne sera discerné , tant que l'œil , qui vient de recevoir l'impression simultanée de tous les caractères, ne l'aura pas divisée, par le regard, en plusieurs impressions partielles et successives ; et celui qui s'obstinerait a ne pas regarder ainsi successivement resterait des années, toute la vie, avec les pd^es d'un volume sous les yeux , sans en tirer une seule idée. Il est donc nécessaire que le regard s'arrête sur chaque mot en particulier, aûn de détacher de l'image totale l'image de ce mot; et cela ne suffit pas encore. Le mot ne fût-il composé que de trois caractères , ou même de deux , nous sommes forcés de le décomposer, d'étudier ces caractères, un a un, pour les voir à la fois d'une manière distincte.
Voilà comment nous sommes parvenus a lire notre langue ; et si aujourd'hui nous saisissons avec une ex-
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trême rapidité toutes les lettres qui entrent dans la composition d'un mot français ; si nous les distinguons infailliblement les unes des autres , c'est que des longtemps nous avons appris a faire cette distinction. Les enfans en sont la preuve, ils ne voient, à Touverture d*un livre, que du blanc et du noir ; et j'ajoute qu ils ne distinguent môme le blanc et le noir que parce qu'ils ont appris à les distinguer. Un enfant dont les yeux s'ouvrent pour la première fois à lu lumière voit sans doute ; mais ne croyez pas qu'il soit affecté par la diversité des couleurs. Toutes se réunisseut en un sentiment confus, dans lequel il ne démêle rien, et dans lequel il ne pourra rien démêler jusqu'au moment où le regard aura opéré ce démêlement '.
Tout nous assure que, sans le regard , la vue serait impuissante à nous donner la moindre idée.
Qui n'a pas éprouvé qu'on peut avoir cent fois, et les yeux bien ouverts, parcouru la longueur d'une rue sans en connaître autre chose que la direction et le point où elle aboutit, parce que ce sont les seules choses qu'on aura remarquées ?
D'après la multitude des monumens d'architecture, des ouvrages de sculpture et de peinture qui ornent les places, les palais, et qu'on rencontre partout dans une grande capitale, ne dirait-on pas que, de tant d'impressions à chaque instant renouvelées , il doit sortir une foule d'idées ? Vous savez ce qui en est , et jus« qu'où vont, dans les beaux-arts, les connaissances du