‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 41 sur 117 · Voyei 1« pr«mi«r ehapltn de la logique de CondiUac · texte numérisé non relu

Voyei 1« pr«mi«r ehapltn de la logique de CondiUac

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les causes les plus simples des pliëiiomèfies de la nature , quand ils n'ont jamais senti le besoin d'en faire Tëtade^

Observez, je vous prie, de (|uelle manière les connaissances varient avec les diverses positions où l'on se trouve.

Celui qui cultive paisiblement son jardin , se doutet-il de ce que c'est que la métaphysique , de ce que c'est que l'algèbre? A-t-il quelque idée de la science militaire, de la marine, des arts du luxe, etc.? Mais s'il ignore des choses qui lui paraissent autant de frivo^ lités, il n'en est pas de même des productions qui fournissent a sa subsistance : . ici , il est très-habile ; il ne se trompe ni sur les différente qualités des graines, ni sur le terrain ou l'engrais qui leur convient, ni sur le moment de semer, de planter, de recueillir ; il prévoit la disette et l'abondance; il sait quel jour sera le plus Tavorable pour se rendre au marché c en un mot, il a des idées très-exactes et très^variées sur tout ce qui tient a l'art du jardinier.

Quant aux plantes stériles qui bordent son petit enclos, il les aperçoit à peine, quoiqu'il les ait continuellement sous les yeux : il les confond sous le nom général d'herbes, de mauvaises herbes; il n*a pas be-* soin de les distinguer plus particulièrement, à moins cependant qu'il n*en reçoive du dommage ; car alors il ne manque pas de leur donner b chacune un nom particulier. Il a un égal intérêt a remarquer ce qui lui est nuisible et ce qui lui est utile.

A la place du jardinier, supposez un botaniste. Vous le verrez étudier toutes les parties de la végétation , et

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désigner ctiaque plante par un nom caractéristique : pour lui, il n*en est aucune de stérile ou de nuisible; sa gloire n'est pas moins intéressée a connaître les unes que les autres.

Pourquoi l'astronome donne-t-il le temps du sommeil k l'observation des astres? Pourquoi le peintre cbercbe-t-il à démêler les moindres accidens des ombres et de la lumière? le musicien, les plus faibles nuances d'un accord? le moraliste, les motifs les plus cachés de nos actions? N'est-ce point aussi parce qu'ils font consister leur intérêt, parce qu'ils placent leur gloire dans des découvertes de cette espèce?

Pour sortir de l'ignorance dans laquelle nous naissons tous, et pour nous former des idées des choses, nous devons donc ou nous borner a l'étude des objets qui ont un rapport direct à notre conservation , a nos besoins, à nos plaisirs, parce qu'alors seulement l'action sera naturelle a l'esprit ; ou , si le bien de la société nous impose l'obligation d'acquérir des connaissances qui nous inspireraient d'abord une sorte de répugnance , suppléer l'attrait qui leur manque par Tattrait môme du travail qu'elles exigent et par le plaisir de les acquérir.

Lorsqu'on nous expose des vérités déjà connues, ou lorsque nous cherchons nous-mêmes quelque vérité nouvelle, si les opérations de notre esprit se faisaient et se succédaient avec régularité, le mouvement de la pensée , loin d'être une peine , serait le plus vif des plaisirs ; plus vif même que celui d'avoir satisfait la curiosité ou un besoin plus réel de connattre : car la

jouissance que donne la possession de la vérité est une jouissance de calme, de repos; au lieu que celle que nous donne la recherche de la vérité est une jouissance animée qui se fait mieuis sentir.

L'exercice des facultés de Tesprit n'aurait donc rien que d'agréable s'il était réglé par les lois d'une bonne méthode: l'étude des langues , celle des mathématiques, de la philosophie, de la législation, seraient pleines de charmes ; et une connaissance ' acquise nous donnerait toujours le désir d'en acquérir une nouvelle.

Il est rare que nous sachions nous conduire de la sorte : nous nous mettons à la suite de ceux qui nous ont devancés ; nous supposons qu'ils sont dans la bonne voie ; mais le plus souvent ils ne font que nous égarer, après avoir inutilement usé nos forces.

Comme le voyageur qui, pendant la nuit, s'est engagé dans une route pénible et mal tracée, ne saurait longtemps résister à la fatigue, l'esprit se lasse bientôt de parcourir une série d'idées obscures, difûciles; et parce que trop souvent les idées qui devraient être les premières sont loin de leur place véritable, c'est k l'entrée des sciences que se trouvent les plus grands obstacles. L^esprit, d'abord épuisé, croit n'ôtre pas fait pour Paction , et il reste immobile. Si rien n'avait contrarié ses premiers mouvemens, il aurait éprouvé des plaisirs inattendus, qui l'auraient excité a se porter toujours en avant pour en trouver toujours de nouveaux ; et , arrivé au but , il aurait peut-être moins senti le bonheur de le toucher, que le regret de l'avoir atteint trop promptement

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