I. Fart. I,leç. iT
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succèdent, en se variant, tout le temps que cette unkHd persiste; Or, l'âme ne peut pas être affectée , elle ne peut pas sentir, et être indifférente à ce qui l'affecte , à ce qu'elle sent. Le plaisir et la douleur la forcent d'abord à sortir du repos , elle ne peut pas sentir et ne pas agir.
Exister, pour l'âme, c'est donc agir, puisque exister c'est sentir. Exister, sentir, agir : ces trois mots expriment trois choses qui ne sont point séparées, ou qui du moins sont rarement séparées.
Elles pourraient l'être sans doute. Une âme réduite à la pure sensibilité et k la simple activité n'en existerait pas moins pour n'avoir jamais produit aucun acte, et quoique privée de tout sentiment. L'œil n'est pas anéanti lorsqu'il cesse de voir ou de regarder.
Mais cette supposition n'est pas la nôtre. Nous sommes sensibles, et nous sentons. Nous sommes actifs, et nous agissons. Nous agissons parce que nous sentons. Nous agissons sur ce que nous sentons. L'entendement et la volonté , excités par les sensations les plus diverses , et par une multitude infiniment plus variée d'autres sentimens, s'appliquent k cessentimens et a ces sensations : la volonté, pour écarter ce qui nuit , ce qui déplaît , pour ne pas laisser échapper ce qui peut faire notre bien ; l'entendement , pour étudier, démêler, distinguer des manières d'être qui nous intéressent si vivement, pour les connaître enfin, soit en elles-mêmes , soit dans leurs causes.
Le tableau des facultés de l'âme serait donc a peine ébauché, s'il ne montrait ces facultés que dans le calme et le repos. C'est dans leur action , c'est dans les effets
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qu'elles produisent, que nous devons surtout les observer ; car notre sort en dépend , les vraies ou les fausses lumières, le bonheur ou le malheur.
Ainsi, rétude des facultés de l'âme, considérées dans leur nature, commande Tétude de ces mêmes facultés considérées dans leurs effets. Ce nouveau travail , on le voit , comprend ce que nous devons a l'action de l'entendement, et ce que nous devons à l'action de la volonté. 11 se divise en deux sections qui, par rétendue et par la diversité de leur objet, constituent deux parties de la philosophie.
Celle qui nous fait conniiitre les effets de l'entendement appliqué k nos différentes manières de senthr, qui nous montre comment se forment les idées, c'est la métaphysique, la science des principes.
Celle qui a pour objet les actes de la volonté, qui les étudie et qui les règle , c'est la morale , la science des mœurs , la science du juste et de l'hounét».
La métaphysique et la morale seraient des sciences mortes, ou tout a fait stériles, si un art, qui est le privilège de Thomme, ne venait les vtviûer et les féconder.
Comme la main seule ne peut mouvoir les grands corps , et qu'elle est inhabile à donner à ses dessins l'exactitude des contours géométriques, tandis qu'a l'aide d'un instrument elle soulève les masses les plus énormes , ou trace des courbes parfaites : ainsi , l'entendement, livré k lui-môme, ne sentira que sa faiblesse, et chacun de ses efforts attestera son ûnpuissance. Donnez-lui des secours; k ses moyens naturels, lï. 8
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ajoutez des moyens artificiels : ses ouvrages porteront l'empreinte de la force et de la régularité.
Quel est donc Tartiûce qui opère de tels prodiges , qui change, pour ainsi dire, la nature de Fesprit, qui lui donne tant de rectitude, tant de puissance?
C*est ici qull importe de ne pas abandonner les inspirations du bon sens pour les prestiges d*un art trompair. Tout ce que nous aurions appelé à notre aide se tournerait contre nous ; et , loin de nous sentir plus forts , a peine serions«nous capables d'agir.
Que Texpérience des autres, que notre propre expérience ne soient pas inutilement perdues. Nous nous sommes mépris sur le choix des moyens qui nous sont nécessaires, et nous nous sommes égarés, parce que des observations mal faites ne pouvaient que nous mal diriger. Observons mieux , et nous les découvrirons , ces moyens. La nature , il est vrai , ne les donne pas immédiatement , elle ne les montre pas d'abord ; mais elle les indique assez pour que nous puissions nous en rendre les maîtres. Dès qu'ils seront a notre disposition, on verra de nouveaux effets se produire, se multiplier; et Tesprit s'étonnera de faire aisément ce qui semblait excéder ses facultés.
La science qui nous apprend ainsi le secret de notre force, c'est la logique.
Un traité complet de philosophie se divise donc en quatre parties :
-l"* Des facultés de l'âme considérées en elles-mêmes, ou « de la nature de l'entendement et de la nature de la volonté. »
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2* Des produits de l'enlendement^ et particulièrement de ses premiers produits, ou • de la métaphysique. »
5® Des actes de la volonté, ou t de la morale. »
4" Des moyens d'augmenter les forces de Tesprit» de rendre ses opérations plus faciles, plus promptes et plus sûres , ou « de la logique. •
La première partie , celle qui traite de la nature de l'entendement et de la nature de la volonté, n'a pas reçu de nom; et elle ne pouvait pas en recevoir; car jusqu'à ce jour elle n'existait pas. Ce n'est point que je veuille dire qu'on n'ait rien écrit sur les facultés de rame: Aristote parmi les anciens, Wolf, Bonnet et tant d'autres y parmi les modernes, m'accuseraient d'un grand oubli, ou d'une grande injustice. Mais jamais on n'avait assez bien s^ti la nécessité de distinguer des choses essentiellement diiïérentes : ce qui dans l'âme est actif et ce qui n'est pas actif, les actes et les produits de ces actes. Souvent mâsne, vous le savez, les sensations , dont la cause est hors de nous, ont été rangées parmi les opérations , dont nous portons le principe en nous-mômes.
Les facultés n'ayant donc jamais été séparées ou des idées ou des sensations, on ne pouvait pas imaginer de faire à part un traité des facultés : on ne pouvait donc pas s'aviser de lui donner un nom.
Ce nomestril bien nécessaire? et serons-nous obligés de créer un mot nouveau?
Dans la langue que nous parlons, ou du moins que nous devons parler ; dans une langue en même temps
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française et philosophique; dans une langue qui, sous le premier de ces rapports, a atteint, dépassé peutêtre les bornes de la jperfection , et qui, sous le second , est surchargée de beaucoup trop de mots, on doit être extrêmement sobre dHnnovattons. Elles ne trouveraient leur e&cusc que dans une indispensable nécessité.
Innovons dans les idées, si nous pouvons, pourvu qu'elles soient justes et utiles. Les mots ne nous manqu<^ront pas : ils sont là qui nous attendent; ils viendront même à nous. Une langue assez riche pour avoir suffi au génie innovateur de Descartes, de Pascal et de Malebranche , doit nous faire éprouver Tembarras du luxe , plutôt que celui de la disette.
Innover dans les idées et dans le langage, c'est appeler deux fois la critique. Sacrifions-lui le mot ; peutêtre elle nous laissera la chose.
On peut donc conserver la division ordinaire de la. philosophie. Rien n'empêche, en effet, de réunir, sous le titre de Métaphysique, la première et la seconde partie du cours dont nous venons de tracer le plan. Alors, la métaphysique embrassera « les facultés de rame considérées en elles-mêmes, et Tentendement considéré dans ses effets; » ou, en d'autres termes, elle comprendra « Torigine et la génération , soit des facultés, soit des idées. » Mais il faut bien se souvenir que, si Ton néglige l'étude des facultés de l'âme, on n'ignorera pas seulement la théorie de ces facultés, on ignorera encore la vraie théorie des idées : car, les effets ne peuvent être connus de manière k contenter la. juste curiosité d'un être raisonnable ,. quand leurs
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causes sont iaconnues; et, dès lors, que sera la métaphysique ?
Celui qui posséderait la métaphysique , la logique et la morale , saurait tout ce qu'enseigne I.i philosophie.
Mon dessein n'est pas de vous offrir un tableau complet de cette science : le titre de nos leçons le dit assez. J'ai Youlu principalement arrêter votre attention, sur les facultés auxquelles nous devons toutes nos idées, déterminer la nature de ces idées, montrer leurs origines, assigner leurs causes, les distribuer en différentes classes, et expliquer ainsi la manière dont se forme l'intelligence de l'homme; j'ai voulu t rendre raison de l'intelligence de l'homme. • Tel est le but des leçons que vous avez entendues dans la première partie, et de celles qui vont suivre dans la seconde.
J'ai voulu aussi , aûn de vous aider a lire avec un esprit de critique les ouvrages des métaphysiciens, vous faire part des réflexions dont je n'ai pu me défendre, quand j'ai remarqué leurs obscurités, leurs incertitudes, leurs contradictions, leurs interminables disputes ; et , persuadé que vous me pardonni^riez d'avoir quelquefois, souvent même, empiété sur les préceptes de la logique , unir k ce travail des indications propres a vous garantir de l'erreur et k vous faciliter la découverte de la vérité.
L'étude de l'intelligence humaine a sufû pour occuper la vie de plusieurs philosophes célèbres. Us n'ont pas tout dit, ni toujouGs ce qu'il fallait dire. Il reste donc quelque chose a faire après eux.
Vous avez paru accueillir les observations que je
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VOUS ai présentées sur la nature des focuUés auxquelles nous devons toutes nos connaissances. Je vais parler des connaissances elles-mêmes , ou des idées; et /oserai une seconde fois vous communiquer des vues qui me sont propres. L'obligation de se livrer, en métaphysique, à des rechercbes nouvelles, durera tout le temps que dureront les divisions des métaphysiciens.
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De la nature de Hdée.
Les êtres qu'une volonté toute-puissante fit sortir du néant, forment comme deux mondes opposés dans un seul univers : le monde des corps et le monde des esprits.
L'un s'ignore y Tautre se connaît; l'un est soumis k des lois qui lui sont imposées , et qu'il ne peut transgresser; l'autre s'impose k lui-même des lois : il se régit par des volontés libres.
La terre que nous habitons, les astres qui nous éclairent , furent reçus dans le vaste sein d'une étendue que rien ne peut mesurer.
Les esprits, au contraire, ne sauraient .accomplir leurs destinées dans aucun lieu, dans aucune étendue.
Cependant, rien n'est isolé : tout se lie par des rapports ; tout se tient. L'œil des intelligences pénètre dans les profondeurs de l'espace^: il admire les merveilles dont elleff sont le théâtre; il s'élève jusqu'à celui qui ordonna qu'elles fussent.
Qu'eût été, sans témoins, le spectacle de l'univers? Tanl^e beautés, tant de. magnificence, devaient-elles être éternellement ignorées? et, si toutes les créatures avaient été insensibles, a qui les cieux auraient-ils raconté la gloire de leur auteur?
a Quand Tunivers Fccraserait, rhomme, dit Pascal, serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt; et Tavantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. »
La dignité du sentiment qui respire dans cette pensée , la manière sublime dont elle est rendue y auraient dû faire taire toutes les critiques. Comment a-t-on pu dire que la raison était blessée de ce rapprochement entre une telle infînie grandeur et une telle infinie petitesse?
La raison dit impérieusement que celui qui meurt, mais qui sait qu'il meurt, appartient à un ordre plus élevé que l'être qui existe sans connaître son existence, l'un fût-il un atome , l'autre un monde tout entier ; l'un dût-il ne vivre qu'un instant , l'autre durer toujours. La raison dit, qu'après la vertu, le savoir est la source et la mesure de toule noblesse, et que le plus intelligent des êtres en est aussi le plus noble.
C'est donc parce qu'il pense , qu'il connaît et qu'il se connaît, que l'homme tient le premier rang. Par son corps, il était sans doute une des œuvres les plus admirables de la Divinité; par son intelligence, il en est devenu l'image.
Quelle étude pourrait nous intéresser h l'égal de celle qui a pour objet une semblable prééminence?
Vous donnerez, je n'en doute pas, une attention soutenue au développement de la théorie des idées ; car c'est par les idées que nous connaissons l'univers^ que nous nous connaissons nous-mêmes , et que nous nous élevons à la connaissance de Dieu.
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Que n'a-t-on pas dît , combien de pages n*a-t-on pas écrites sur les idées! mais ces pages ont été plus admirées qu'elles n'ont été comprises. La raison , pour admirer, a besoin de comprendre; et, lorsqu'elle se porte sur les idées, elle veut savoir d'abord ce que c'est qu'une idée.
Qu'est-ce que l'idée ? quelle est sa nature? telle est la première question qui se présente. Mal résolue, elle empêchera la solution de toutes celles qui doivent la suivre : nous serons trompés sur l'origine des idées , sur leurs causes , et sur la manière dont elles se forment. Dès lors , l'acquisition ne pourra qu'en être dirflcile ; et il deviendra comme impossible de les rectifier, lorsqu'elles auront été mal faites. Sachons donc avant tout ce que c'est qu*une idée.
Vous sentirez mieux la nécessité de cette recherche si vous remarquez dans combien de routes on peut s'engager ou se perdre, quand les premiers pas sont mal éclairés.
Renversons Tordre véritable; et, avant de nous être assurés de la nature de l'idée, demandons aux philosophes comment il se fait que nous ayons des idées , ce que c'est qu'avoir des idées. Vous verrez ici Timagination k son aise ; et je ne dirai pas tout ce qu'elle a inventé.
Avoir des idées, c'est, ou les tenir de la nature même de notre esprit ; ou les avoir toutes reçues au premier moment de la vie ; ou n'en avoir reçu d'abord qu'une partie pour acquérir les autres plus tard ; ou les devoir au temps, a l'expérience, à une suite d'impressions indépendantes de la volonté; ou enfin, c'est
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les avoir produites nous-mêmes, et jouir d'un bien dont nous sommes en quelque sorte les créateurs. Quel choix ferons nous parmi tant d'opi\iions? Les idées sont-elles innées et essentielles h VAme? sont-elles innées sans être essentielles? peut-on dire qu'elles sont en partie innées, en partie dcquîses? consentirons-nous a les regarder comme Teffet d*une action qui nous est étrangère? oserons^ous avancer qu'elles sont notre propre ouvrage? c^. à la différence des sensations qui n'exigent, de la part de l'Ame, qu*une simple capacité d'être passivement affectée, l'apparition des idées annoncerait-elle qu'il est en nous une puissance a laquelle nous les devons, et sans laquelle elles n'auraient pu se manifester?
Ici, Messieurs, vous n'attendez pas des réponses unanimes. Les nombreux systèmes que les philosophes ont imaginés pour rendre raison des facultés de l'Ame* , vous font pressentir que leur imagination n'aura pas été moins active lorsqu'ils auront voulu rendre raison des idées; et vous êtes préparés a trouver Descartes, Malebranche, Locke, Leibnitz, aussi peu d'accord entre eux, que le furent autrefois Platon, Âristote, Epicure, que le sont les philosophes de nos jours.
Des disputes qui remontent jusqu'au berceau de la philosophie , et dont il faut que nous soyons encore aujourd'hui les témoins , sont un grand sujet de réflexions pour ceux qui aiment la paix et la vérité. Ne verra-t-on jamais la fin de ces luttes obstinées
A. Part. I, l«ç. xiT.
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dans lesquelles chacun des combattans est également assuré de la défaite des autres et de son propre triomphe? Ces convictions imperturbables et opposées durerontelles toujours? Aurons>nous toujours des évidences qui renversent des évidences? des vérités et des erreurs qui demain seront des erreurs et des vérités?
Si les facultés de l'esprit changeaient avec les individus, ou avec les sièdes ; si les rapports de ces facultés aux choses étaient continuellement variables, on conçoit que les opinions devraient elles-mêmes étro toujours changeantes et toujours variées. Mais les lois qui régissent l'univers sont constantes, immuables. Celles qqi, dès Torigine, ont coordonné le physique et le moral , sont les mêmes dans tous les temps et dans tous les lieux.
Puisqu'on ne trouve, ni dans la nature de l'esprit, ni dans la nature des choses, les germes de ces divisions qui prennent tant de place dans l'histoire de la philosophie, où donc (audra-t-il les chercher?
Sontrils dans les préjugés de l'enfance? dans ceux de l'école? Sont-ils dans les illusions des sens? dans les caprices de l'imagination?
Là sont beaucoup d'erreurs, sans doute, mais non pas l'erreur qui, surtout, produit les dissentimens.
Supposez qu'on mette sous nos yeux un même nombre d'objets, ou un même objet, ou un même point de vue de cet objet: n'est-il pas sûr qu'après avoir bien attentivement regardé , nous verrons tous une même chose , et que nous serons d'accord sur ce que nous aurons vu?
N'est-il pas sur également que nous ne pourrions
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jamais nous accorder, si, a chacun de nous, on n'avait pas montré, ou le même nombre d'objets, ou le même objet, ou le même point de vue d'un même objet?
Vous me prévenez , Messieurs , et déjà vous vous êtes dit que la principale cause des dissidences doit se trouver dans la multiplicité des objets, alors qu'on croit ne raisonner que sur un seul, ou dans l'unité d'objet, alors qu'on croit raisonner sur plusieurs.
Vous en serez tout à fait convaincus par une simple observation qui vous indiquera la source intarissable de ces méprises.
Des objets différens peuvent n'avoir qu'un seul et même nom. Un seul et même objet peut avoir plusieurs noms différens : or, nous sommes portés a ne voir qu'un objet la où nous ne voyons qu'un nom, et a multiplier les objets là où nous voyons plusieurs noms.
Voilà le piège que des langues, ou mal faites, ou qu'on n'a pas étudiées avec assez de soin , tendent aux philosophes. Us croient parler des mêmes choses quand ils ont prononcé les mêmes mots , ou de choses différentes quand leur langage est différent. Ils oublient qu'un seul mot a quelquefois plusieurs acceptions ; et que d'autres fois, au contraire, plusieurs mots n'en ont qu'une seule, ou que, du moins, ils en ont une commune.
Croiriez-vous que , pour désigner ce phénomène de rintelligence , que nous appellerons idée, ils aient à leur disposition plus de vingt noms différens? Idée d'abord, représentation, image, imagination, forme, espèce, perception, apperception , appréhension , corn-
préhension y concept, conception, impression, sensation, sentiment, conscience, intuition, souvenir, pensée, notion, connaissance, etc. Je vous fais grâce du mot barbare cognition , et de quelques autres encore.
Que devait-il arriver de tant d'expressions diverses pour rendre une même chose? 11 n'était pas difficile de prévoir que, plus d'une fois, on serait attiré par les ressemblances, quand il faudrait s'arrêter aux différences ; ou par les différences , quand il faudrait se tenir aux ressemblances ; que, du mélange de plusieurs acceptions, tantôt communes, tantôt disparates, résulteraient une étrange confusion et l'impossibilité de s'entendre ; qu'alors, surtout , les disputes redoubleraient, et qu'on disputerait longtemps encore après avoir perdu de vue l'objet de la dispute.
Les idées sont innées, dit l'un. Il a raison; car, d'après son dictionnaire, l'idée est la même chose que là pensée , et la pensée , la même chose que la faculté de penser.
Les idées sont acquises, dit un autre. 11 a raison aussi : car il confond les idées avec les sensations.
A-t-on besoin de prouver que les idées ont pour objet nécessaire des êtres étendus? on soutient qu'elles sont toutes des images.
Qu'elles appartiennent k la matière? on les voit dans les impressions du cerveau.
Qu'on peut avoir des idées sans être averti de leur présence? on les sépare du sentiment.
Qu elles sont aperçues du moment qu'elles sont dans l'esprit? on les identifie avec la conscience