Lettre à M. Brossette
Mais, ce qui ne saurait manquer de surprendre, Gond iMac est celui dé tous les philosoplkes qui s* est exprimé de la manière la plus décisive. « Il ne sufGt pas, dit-il, d'avoir des sensations pour avoir des idées. Pour se faire des idées, par la vue, il faut regarder, et ce ne serait pas assez de voir ^ »
L'expérience est ici d'accord avec Condillac. Mais que devient son analyse des facultés de Tâme?
Pour se faire des idées par la vue , il ne suffit pas de voir, c'est-à-dire de sentir. Que faut-il de plus? 11 faut regarder, c'est-à-dire agir.
Peut-on déclarer plus ouvertement que Tâme n'est pas bornée à la sensibililé; que, s'il n'y avait en elle que sensibilité, elle serait privée de toute connaissance? • - ■
Le passage que vous venez d'entendre, et quelques autres semblables qui ne se trouvent que dans l'édition posthume des œuvres de Condillac, m'ont fait penser plus d'une fois que, s'il avait vécu encore quelques années , il aurait modiûé son analyse des facultés de l'âme, et qu'au lieu de n'admettre qu'un seul principe, il en aurait reconnu deux : l'un pour les idées, l'autre pour les facultés; le sentiment et l'attention.
Ma conjecture vous semble-t-elle peu fondée, trop hasardée,? J'y renonce ; mais , d'après les motifs que nous avons exposés dans là première partie de nos leçons, je ne craindrai pas de le dire : Si Condillac n'avait pas changé son analyse, il aurait dû là changer.