‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 56 sur 117 · Recherche de la vérité · texte numérisé non relu

Recherche de la vérité

NBUVIÈIIB LBÇO^. ^03

2* Les idées en Dieu sont le rêve d*une imagination brillante; et les idé^ originaires des sens, le produit d'une philosophie grossière. Les idées sont innées. Par cela seul que Tâme. existe, elle connaît. Vous cherchez Torigine des idées : elles n*ont pas d'origine; elles n'ont jamais commence pour l'âme ; elles en sont inséparables. Cette doctrine des idées innées est universellement attribuée à Descartes. Je montrerai , à Tétonnement de plusieurs, à l'ctonnementdetous, combien celte opinion est mal fondée. Mais si Descartes rejette les idées innées, Leibnitz les. adopte; et je vais vous faire connaître ce qu'il pense a ce sujet.

On peut interpréter de deux manières le sentiment de Leibnitz : je commencerai par la moins'exacte.

Il n*y a personne qui , après un moment de réflexion , ne voie que dans l'intérieur d'un bloc de marlire se trouvent toutes sortes de figures, celle d'Hercule, de Thésée, celle d'un lion, etc. 11 ne s*agit que d'enlever la couche qui les enveloppe. Les idées sont-^lle^ dans notre âme, conmie toutes les ûgures sont dans le marbre? Non, telle n'est pas la pensée de I^ibnilz.

Mais vous savez que la plupart des marbres sonl traversés par des lignes de couleurs différentes. Or, supposons que ces lignes se trouvent disposées de telle manière qu'elles dessinent le corp.) d'Hercule : alors , en enlevant l'enveloppe qui cachait Flercnle, vous aurez sa ligure, mais une ligure qui, avant le travail du ciseau , était toute dessinée.

C'est ainsi, dit Leibnitz, que les idées sont dans l'âme avant les scnsaliouî;, avant l'action des objets

DBUXIÈIIB FA&TIB.

sens. L'âme adoQC des prénotions, des anticipations, des perceptions obscures, des germes de connaissances, des semences de vérité : elle a des dispositions, despenchans, des virtualités , etc. Leibnitz varie son expression de toutes les manières pour nous faire entendre qu'il y a dans Tâme quelque chose d*antérieur a l'action des sens, quelque chose d'inné, quelque idée innée.

Et a ceux qui lui objecteraient que rien n'est dans l'entendement, c'est-a-dire dans rintelligence , qui n'ait été auparavant dans les sens , il répond qu'il faut excepter l'entendement* lui-môme, mhil est in intel-lectu guod non furril in sensu j excipe, nisi ipse intellectas*.

L'entendement est dans l'entendement! l'entendement est inné k l'entendement! Quel langage!

Le mot entendement a trois acceptions diverses. H désigne l'âme, la substance de l'âme; il désigne la faculté , ou la puissance qu*a l'âme d'acquérir des idées ; et on l'emploie encore pour exprimer les idées ellesmômes, la réunion des idées, Tensemble de toutes les connaissances qui sont dans l'âme ^.

Quand vous dites que l'entendement est inné à l'entendement, ce mot entendement, répété deux fois, ne saurait être pris deux fois dans la mome acception ; ce serait dire, ou que l'âme est innée à l'âme, on qu'une faculté de Tâme est innée a cette faculté , ou que les idées sont innées aux idées.

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