‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 58 sur 117 · Nouveaux essais · texte numérisé non relu

Nouveaux essais

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passives, avec les idées de toutes ces ctioses. Et ce qu*oQ a de la peine à concevoir, c'est qu'en faisant les idées indépendantes des sensations, il veut que la pensée suppose toujours des sensations, que les « pensées répondent toujours a quelque sensation *, »

La pensée, Taclion de Tâme, ne répond pas, c'està-dire ne s'applique pas nécessairement aux sensations. Elle s'applique le plus souvent, surtout chez les hommes instruits, à d'autres manières de sentir. Les idées ne sont pas indépendantes des sensations et de tout sentiment : çUes sont le produit de l'action de la pensée sur quelqu'une de nos manières de sentir.

Voila où en sont les philosophes quand ils se négligent sur la langue, quand les mots élémentaires n'ont pas été faits avec une grande précision, quand on prend les facultés pour des idées, les idées pour des sensations, les sensations pour d'autres manières de sentir ou même pour les impressions du cerveau , etc. ; quand on perd de vue la diversité d'acceptions qu'ont reçues presque tous les mots qui désignent les facultés de l'âme.

L'entendement, l'intelligence, l'intellect, ne sont donc pas innés a Tintendement , à l'intelligence, à l'intellect; ou plutôt, toutes ces propositions sont insignifiantes; et, par conséquent, vous n'avez pas démontré que les idées soient innées.

Mais, dit-on, pour appuyer l'opinion de Leibnitz, les idées ne sont-elles pas a l'âme ce que la lumière est

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au soleil? or, le soleil n'existe pas sans lumière, il ne peut exister sans lumière ; Tàme ne saurait donc exister sans idées : et Ton eroit avoir trouvé une preuve, quand on a imaginé une comparaison.

Les comparaisons sont destinées k rendre les objets plus sensibles, ou plus familiers : voilk tout ce qu*on a droit d'en attendre. « Le soleil ne peut exister sans lumière ; donc Tâme ne saurait exister sans idées. » Quel rapport, je vous le demande , entre le principe et la conséquence ?

Qu'on ne se laisse donc pas abuser par une comparaison fondée uniquement sur celte métaphore , que les idées sont la lumière qui éclaire les esprits , comme les rayons émanés du soleil et des astres sont la lumière qui éclaire les corps.

Venons a Descartes, et contre ^opinion universelle, prouvons qu'il n'admet pas d'idées innées. Il admet bien le mot, mais il rejette la chose.

Si, en effet, ce n*est pas un paradoxe que nous avançons, qu'on juge à quel point il faut se tenir en garde contre les discours des hommes. Tous les philolopbes , sans en excepter un seul, attribuent k Descartes la doctrine des idées innées. Ouvrons les livres de Descartes , lisons ce qu'il dit lui-même de celte doctrine dans ses réponses a Hobbes et a Régius.

Hohhes lui objecte : • Je voudrais bien savoir si les âmes de ceux-là pensent qui dorment profondément et sans aucune rêverie. Si elles ne pensent point , elles n'ont alors aucune idée ; et par conséquent il n'y a point d*idée qui soit née et résidante en nous-mêmes :

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car, ce qui est né, et résidant en nous-même, est toujours présent a notre pensée '. »

Réponse de Descaries. « Lorsque je dis que quelque idée est née avec nous, ou qu'elle est naturellement empreinte en nos âmes , je n'entends pas qu'elle se pré^nte toujours k notre pensée ; car, ainsi, il n'y en aurait aucune, mais j'entends seulement que nous avons en nou&-mémes la faculté de la produire ^. » . Que disent les adversaires des idées innées? Tiennent-ils un autre langage que Descartes ? Écoutez les p*. rôles qui suivent :

« Je n'ai jamais écrit ni jugé que l'esprit ait besoin d'idées innées qui soient i c^uelque chose de différent de la faculté qu'il a de penser. » Mais bien est-il vrai que, reconnaissant qu'il y avait certaines idées qui ne procédaient ni des objets du dehors, ni des déterminations de ma volonté, mais seulement de la faculté que j'ai de penser.... ; pour les distinguer des autres qui nous sont survenues, ou que nous avons faites nous*mémes, advenlUiis aut factis^ je les ai nommées innées ; mais je l'ai dit, au même sens que nous disons que la générosité, par exemple, est innée dans certaines familles, ou que certaines maladies , comme la goutte ou la pierre, sont innées dans d'autres; non pas, que les enfans qui prennent naissance dans ces familles soient travaillés de cette maladie dans le sein de leur mère, mais parce qu'ils- < naissent avec la disposition ou la faculté de les contracter'. »

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