Médiialiona
mier titre de sa gloire. Ses découvertes mathématiques Tintéressaient bien moins que ce qu'il appelait ses découvertes métaphysiques. Or, dans ses méditations , il prouve rexislence de Dieu, indépendamment de l'ordre de l'univers et de toutes les impressions que les objets fonl sur nos sens ; il la prouve par l'idée de Dieu. Que ridée de Dieu vienne des sens, soit immédiatement, soit médiatement, Touvrage porte a faux , et le travail de dix années est perdu. !Ne soyons donc pas trop surpris que Descartes ait tenu si fortement à l'idée de Dieu ■ formée par la seule faculté de penser.
Qu'on me permette une réflexion que je n'applique pas a Descartes. Oublions un instant ce grand homme, i
dont on ne saurait parler avec trop de vénération. Plusieurs philosophes ont cru, en divers temps, avoir !
trouvé de nouvelles démonstrations de l'existence de Dieu ; et , d'ordinaire , ils n'ont pas manqué de douner ces démonstrations comme les seules rigoureuses. 11 y en a même qui se sont complu a faire l'énuméralion de tous les argumens employés par les philosophes ou par i
les théologiens ; et , parce que ces argumens ne rentraient pas dans leurs spéculations , ils n'ont pas balancé à les traiter de sophismes.
C'est contre cette présomption que je m'élève; et je |a dénonce au respect qu'un individu doit aux nations; Oser se vanter d'avoir enfln découvert la seule preuve de l'existence de Dieu, la seule voie qui mène a Dieu, c'est, en quelque sorte, accuser d'athéisme le genre humain tout entier. L'homme simple , qui , voyant la terre lui rendre en épis le grain qu*il a semé , lève leç
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mains au ciel et bénit la Providence , a sans cloute , de l'existence de Dieu, une aussi bonne preuve que ces orgueilleux philosophes.
De même que Descartes ne pouvait pas, sans voir ruiner ses méditations, renoncer b Tidée de Dieu produite par la seule faculté de penser, de même Leibnitz était obligé de soutenir ses idées innées, sous peine de voir crouler l'édifice qu'il avait élevé avec ses monades,
Leibnitz prétend que l'univers est composé de monades, c'est-à-dire d'êtres simples. Ces êtres simples, nous dit-il, sont la seule chose qu'il y ait au monde. Car tout ce qui existe est ou monade ou collection de monades ; et comme une collection n*est pas quelque chose de réel, il s'ensuit que l'existence appartient aux monades exclusivement. Mais les monades , à cause de leur simplicité , n'agissant pas les unes sur les autres , on sera la raison des changemens que nous voyons dans Tu ni vers? Pour la trouver, Leibnitz se voit dans la nécessité de faire de chaque monade un centre d'action. Voilh pourquoi il ne peut pas se relâcher sur ces perceptions obscures ou claires, sur ces tendances, ces efforts, ces virtualités, ces principes d'action , en un mot, qu'il accorde aux monades, et a la monade-âme, indépendamment de son union avec le corps, si pourtant l'on peut dire et comprendre que l'âme soit unie à un corps, lequel n'est qu'une collection de monades, dont chacune est elle-même un centre d'action.
L'âme tient de sa propre nature toutes ses facultés : elles ne lui viennent pas de son union avec le corps ; mais c'est parce que Tâme est unie k un corps II. ff
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que ses facultés se changent en opérations ; c'est parce qu'elle est unie a un corps qu elle passe de raclivité à Taction. Leibnitz lui-môme déclare , et en cela il se trompe y que les pensées répondent toujours a quelque sensation.
Sans doute que les facultés sont innées , comme les virtualités y les dispositions, etc. Qui le nie? Qui Taviiit jamais nié a l'époque de Leibnitz? Mais peut-on dire que des facultés innées, des virtualités innées, sont des idées innées !
El, si Ton voulait se permettre la supposition d'une âme (jui jouirait de l'existence avant d'être unie au corps; d'une âme non-seulement. capable d'agir, mais agissant, non-seulement capable de penser, mais pensant avant cette union ; on n'aurait rien fait pour autoriser le sentiment des idées innées. Car ni l'activité , ni l'action , ni la faculté de penser, ni l'exercice de cette faculté, ne sont des idées : ce sont des causes d'idées.
Peut-on d'ailleurs mettre au rang des choses évidentes que les élémens de la matière soient simples? Que deviennent les corps et l'étendue? Sera-t-il évident que ce sont de purs phénomènes?
Remarquons, encore une fois et toujours, le mal que font les langues, les obstacles qu'elles opposent à la découverte et h l'exposition de la vérité, les divisions qu'elles font naître et qu'elles entretiennent, quand elles manquent de précision , quand on ne sait pas leur en donner, quand on n'a pas égard aux acceptions diverses que prennent les mômes mots.
« Rien n'est dans l'entendement qui n'ait été dans le sens. » Il y a, dans cette maxime, trois mots qui sont autant de sources d'équivoques *. Otez ces équivoques , les disputes cessent k Tinstant.
Que, pour tous, le mot entendement désigne Fâme elle-même, la maxime devient fausse pour tous; tous la rejetteront à Tunanimité. Aucun des philosophes qui reconnaissent une âme distincte du corps , n*a jamais voulu dire que rien, absolument rien, n'appartint a i l'âme indépendamment des sensations.
Ce n'eil pas ainsi que l'entendait Locke, le chef des adversaires des idées innées; Leibnitz, qui a fait un ouvrage exprès pour le combattre, en convient luimême. « Mon opinion , dit-il, s'accorde assez avec celle de l'auteur de V Essai sur l'entendement humain^ qui cherche une bonne partie des idées dans la réflexion dé l'esprit sur sa propre nature ^. »
Ce n'est pas ainsi que l'entend Condillac, quelle que soit la manière dont il s'exprime dans son analyse des facultés de Tâme. Permettez-moi de reproduire un passage du Traité des sensations que j'ai déjà cité '. « Il y a en nous, dit-il, un principe de nos actions que nous sentons, mais que nous ne pouvons définir : on l'appelle force. Nous sommes également actifs par rapport à tout ce que cette force produit en nous, ou au dehors. Nous le sommes, par exemple, lorsque nous V 1 réfléchissons , ou lorsque nous faisons mouvoir un Vj ' corps. »