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OU que la fibre de l'oreille qlii donne un ton , n*est pas eelle qui donne un ton différent, verrait dans cette ol>servation lapins grande des découvertes? Vous avez cru jusqu'ici , nous dirait-il , être réduits au très-petit nombre de cinq sens ; je viens vous apprendre que la nature est moins avare dans ses dons. Combien n'avezvous pas reçu d'organes de la vue ! combien d'organes de l'ouïe ! combien du goût I J'en compte dans l'œil sept principaux destinés au\ sept couleurs primitives. Dans l'ouïe, j*en vois un égal nombre. Dans le goût, etc.
Nous pouvons maintenant donner Texplicalion de la table rase , au sujet de laquelle on a tant écrit. Les uns comparent Tâme, au moment de sa création, à la toile du peintre sur laquelle rien n'est encore tracé ; les autres , se servant de la même comparaison , veulent que l'âme , au sortir des mains du Créateur, soit comme empreinte de linéamens qui forment des dessins plus ou moins nombreux , plus ou moins bien terminés. Représentez-vous nnc feuille de papier blanc ; voilà, suivant les premiers , une image de l'âme avant son union avec le corps. Si le papier, au contraire, se trouve chargé de caractères, il figurera, suivant les seconds, l'état originaire de l'âme.
L'âme, au premier moment de son existence , est-elle table rase?
Oui et non. Voulez-vous parler des idées, des connaissances? rame peut être comparée a une table rase. S*agit'il des facultés, des capacités, des dispositions? la comparaison ne saurait avoir lieu ; elle est fausse. L'âme a été créée sensible et active. 1^ faculté d'agir ou
de penser, la capacité de sentir, sont innées; et tous, tant que nous sommes, nous apportons, en naissant, et des dispositions communes a tous les individus de l'espèce humaine , et des dispositions propres à chaque individu. Les idées, au contraire, sont toutes acquises; car les premières qui ont éclairé notre esprit supposent les sensations , qui elles-mêmes sont acquises.
Les idées innées , sous quelque forme qu'on les présente, de quelque nom qu'on les décore, de quelques couleurs qu'on les embellisse, ne soutiennent donc pas l'examen de la raison ; et la philosophie^ en les créant , s'oublia elle-même pour faire l'ofûcè de Timagination.
L*homme n'entre pas dans la vie, pourvu d'idées, riche de connaissances ; l'ignorance est son état primitif ; il ne peut s'en affranchir qu'à mesure que la vivacité du sentiment réveille les facultés qui doivent lui former une intelligence. '
Des connaissances antérieures à tout sentiment seraient des connaissances sans origine et sans cause ; et nous ne savons qu'autant que nous avons senti , qu'autant que nous avons appliqué les facultés de notre esprit a nos différentes manières de sentir. Nous ne savons que ce que nous avons appris : vérité triviale qu'il est bien extraordinaire qu'il l'aille demander k la philosophie.
Si quelque partisan des idées innées, frappé des réflexions que je viens de vous présenter, voyait avec peine le renversement d'une doctrine qu'il chérissait , je lui dirais :
Je suis aussi fftché que vous que nos connaissances ne
soient pas innées. Plot à Dieu que nous les apportassions toutes en venant au monde ! mais la nature en a ordonné autrement. Elle a voulu qu'a l'exception des idées qui sont nécessaires a notre conservation, et qu'elle nous donne en jouant avec nous , pour ainsi dire, presque toutes les autres lui fussent arrachées avec violence. Ce n'est pas en restant oisif que l'homme a trouvé les sciences et qu*il a inventé les arts. Aussi peut-il, k juste titre, s'en glorifier comme d'une conquête : heureuse conquête, qui le récompense raagniûquement de ce qu'il a fait pour l'obtenir. Il a mis un siècle à s'emparer d'une vérité ; il en jouira pendant des milliers de siècles. Doit-il se plaindre de sa condition?
« Comme nous sommes condamnés à gagner notre vie h la sueur de notre front, il faut, dit Malebranche, que l'esprit travaille pour se nourrir de la vérité. Mais croyez-moi, ajoute-t-il, cette nourriture des esprits est si délicieuse, et donne a l'âme tant d'ardeur, lorsqu'elle en a goûté , que , quoiqu'on se lasse de la chercher, on ne se lasse jamais de la désirer et de recommencer ses recherches; car c'est pour elle que nous sommes faits*. »
i. Entretiens xitr la métaphytique.
DIXIÈME LBÇON. 229
Distribution en différentes classes, des idées sensibles, intellectuelles et morales.
Aucune idée n'est innée. Aucune idée ne fut originairement gravée dans notre âme par la main de la nature. Toutes sont dues a notre activité propre. De la sensation, Tesprit fait sortir les idées sensibles; du sentiment de Faction jde ses facultés, et du sentunent des rapports; les idées intellectuelles; du sentiment moral, les idées morales.
Ces trois espèces d'idées, ou plutôt ces quatre espèces d*idées ( puisque nous .en avons réuni deux sous le nom d'idées intellectuelles ) , se divisent chacune en un certain nombre de classes et de mêmes classes ; elles sont :
Vraies ou fausses,
Glaires ou obscures,
Distinctes ou confuses ,
Complètes ou incomplètes ,
Réelles ou chimériques,
Absolues ou relatives ,
De choses ou de mots.
Elles sont simples , composées , collectives , abstraites , générales.
Toutes ces classes n'ont pas , a beaucoup près , une égale importance : il suffira presque d'avoir énoncé les