‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 83 sur 117 · Part. I , leç. viii · texte numérisé non relu

Part. I , leç. viii

Les idées générales représentent exclusivement ce que plusieurs êtres ont de commun : elles ne caractérisent rien. L'idée générale homme ne vous fera pas connaître le peuple romain ; elle ne vous fera pas connaître César ou Pompée. De l'idée générale science, vous ne ferez pas sortir la cliimie ou la métaphysique. L'idée générale suhstance ne vous instruira ni des propriétés des corps, ni des propriétés des esprits; enfin, lidée la plus générale de toutes, l'être, l'existence, sera la plus stérile des idées.

Il est vrai que ces mots, être, substance, servent à désigner la réalité des choses. La suhstance d'un corps , c'est quelquefois l'ensemble de ses propriétés et de ses attributs ; l'être^ c'est l'être des êtres, c'est l'existence divine.

Connaître ainsi les substances peut bien être un désir de l'homme, mais un désir qui ne sera jamais entièrement satisfait. Connaître ainsi l'existence, ce serait être Dieu.

Aussi , dans ces manières de s'exprimer , les idées ont-elles perdu leur généralité pour s'individualiser ^ dans leur objet.

Chez les anciens, Homère était le poète; Aristide était le juste; Socrate, le sago.

^ Il y a des. philosophes dont l'esprit se trouble et s'anéantit devant l'idée d'existence. Qu'a donc cette idée de si mystérieux ?

L'idée d'existence est, ou la plus générale des idées, ou elle est individuelle : elle exprime, ou un point de vue commun a tous les êtres individuels, ou bien elle

a pour objet chacun des êtres individuels pris dans son intégrité , et même la totalité des êtres.

Sous le premier point de vue, Tidée d'existence n'offre pas plus de difficulté que toute autre idée générale ; elle en offre moins , puisqu'elle est la plus générale.

Sous le second point de vue , elle est nécessairement et évidemment imparfaite. 11 n'y a pas la de mystère. Rien n'est moins mystérieux que la certitude de notre impuissance, quand nous voulons saisir la nature intime, l'existence telle qu'elle est, d'un corps déterminé , d'un esprit déterminé ; k plus forte raison , quand nous voulons pénétrer l'essence divine, Tôtre de Dieu. Nous avons vu, dans la dernière leçon, que la connaissance complète des individus, des existences individuelles, n'est pas a notre portée; nous avons vu que la connaissance complète d'un grain de sable serait, en quelque sorte, la connaissance de la nature entière.

• Pourquoi y a-t-il quelque chose ? Terrible question I » s'écrie d'Alèmbert * : il lui semble que les philosophes n'en sont pas assez effrayés.

J'avoue que je ne saurais partager le sentiment qui a donné lieu a cette exclamation.

Pourquoi , se rapporte ou à la cause finale , ou à la cause efficiente.

Quelle est la fin , quel est le but de l'existence , de toutes les existences , celle de Dieu comprise? Je l'ignore ; et cette curiosité me paraît tellement hors de propor-

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