‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 85 sur 117 · II. V · texte numérisé non relu

II. V

revenus aux individus , qui n'ont plus été pour nous une seule qualité, mais des assemblages de qualités. Alors notre connaissance a été d'autant plus parfaite, que les qualités bien démêlées, bien constatées, se sont montrées en plus grand nombre.

Privé du secours des classes, Tesprit humain languirait dans rinertie et dans l'ignorance : quelques actes d'attention , quelques comparaisons lui donneraient à peine Tidée des objeta nécessaires a la conservation du corps. La faculté de raisonner resterait dans une ina<>* tion forcée, et serait à jamais stérile.

Raisonner, c'est percevoir ou énoncer, entre deux jugemens , entre deux propositions , un rapport particulier, le rapport du contenant au contenu. « Dieu esi juste; donc il récompensera la vertu. » Voiik un exemple de raisonnement, et vous voyez que le second jugement. Dieu récompensera la vertu, se trouve implicitement dans le premier, Dieu est juste. Or, si nous n'avions point de classes, d'idées générales; si nous n'avions ni genres ni espèces , il nous serait impossible de voir des jugement renfermés de la sorte les uns dans les autres, ou des propositions comme conséquences d'autres propositions^; car il nous serait impossible de former des propositions, a Paul est joueur : les joueurs sont 'malheureux. » Dans la première de ces deux propositions, on met un individu dans Fespèce, Paul dans l'espèce des joueurs ; dans la seconde, les joueurs sont malheureux , on met l'espèce dans le genre, . la classe des joueurs dans la classe plus générale des malheureux. linOncer une proposition ^ c'est donc mettre un indi-

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TÎdu dans une classe, ou une classe dans une autre classe : sans classes, sans idées générales, sans genres et sans espèces, ne pouvant faire des propositions, conunent pourrions-nous faire des raisonnemens * ?

Les enfans , il est vrai , donnent quelques signes de raisonnement avant Tusage de la parole : aussi ne sontils pas alors dépourvus totalement d'idées générales. Je ne pense pas , du moins , qu'on puisse leur refuser celles de bien-ôtre et de mal-être ; mais le peu de raisonnement dont ils semblent donner des preuves mérite-t-il, en effet , le nom de raisonnement ? L'enfant qui s*est brûlé à la flamme d'une bougie se gardera d'en approcher la main une seconde fois. Croirez-vous qu'il a fait un syllogisme? Il lui suffit de se souvenir de la douleur qu'il a éprouvée : l'enfant se conduit comme s'il avait raisonné ; il ne raisonne pas encore ; je veux dire qu'il ne raisonne pas explicitement.

C'est donc aux idées générales, a leur distribution en différentes classes, que l'homme doit les sciences et tous les avantages qu'il retire des sciences, puisqu'il doit a cette distribution l'exercice de la faculté de raisonner '.

Mais, en reconnaissant l'indispensable nécessité des idées générales pour le développement de l'intelligence , il ne faut pas oublier que cette nécessité est une preuve manifeste de notre faiblesse. Le raisonnement, privilège de l'homme, est le privilège d'un être imparfait.

L'intelligence inûuie cesserait d'ôtre elle-même, si elle pouvait devoir quelque chose au raisonnement. A

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