Part. I, Discours sur ridentUé
a. Part. I , leç. viii.
346 DEUXIÈME PAUTIB.
ses yeux , il n'y a ni classes, ni genres, ni espèces. Les classes n*oiïrent que des points de vue ; les principes et les conséquences montrent lés choses successivement ; et rintelligence infinie embrasse tout, elle voit tout, et tout a la fois.
Nous-mêmes , quand les objets nous intéressent vivement, nous dédaignons les idées générales et leurs classes ; nous nous méfions aussi des inductions et des analogies ; nous voulons des idées très-spécifiques, des idées individuelles, des idées immédiates.
Ce n*est point par les idées générales de rouage , de ressort , que l'horloger connaît une montre : ce n'est point par les idées générales d'étoffe ou de draperie que le marchand connaît son magasin : ce n'est pas surtout par des idées générales qu'une mère connaît ses enfans. Elle est sans cesse occupée à les observer, k les étudier ; elle cherche à pénétrer jusqu'au fond de leur âme, pour en découvrir les mouvemens les plus cachés ; et rien ne lui échappe de ce qui peut annoncer la diversité de leurs goûts, ou la différence de leurs caractères. Sans cette curiosité active, dont la nature a fait le besoin de son cœur, comment pourrait-elle régler sa conduite, encourager, réprimander, caresser et punir à propos ?
« Il est à croire, dit Rousseau, que les cvénemrns particuliers ne sont rien aux yeux du maître de l'univers ; que sa providence est seulement universelle ; qu'il se contente de conserver les genres et les espèces, et de présider au tout , sans s'inquiéter, de la manière dont chaque individu passe cette courte vie. Un roi sage qui
veut que chacun vive heureux dans ses étals, a-t-il besoin de s'informer si les cabarets y sont bons *? »
Un roi sage s'informera si les cabarets sont bons : car un roi sage veille sur tout son peuple. Les voyageurs n'excitent pas moins sa sollicitude que ceux qui vivent tranquilles auprès de leur foyer.
C'est parce que les rois et les législateurs sont hommes ; c'est parce que leur intelligence et leur puissance sont limitées , que , ne pouvant établir des rapports immédiats avec chacun des individus soumis a leur sagesse ou a leur empire, ils se voient forcés de les considérer eu masse.
Dire que la Providence est universelle et n'est qu'universelle , c'est dire que Dieu gouverne le monde par des lois générales, par dés volontés générales, et non par des volontés particulières ; c'est dire qu'il gouverne tous les êtres par ce qu'ils ont de commun ; c'est dire qu'il n'agit que sur des qualités communes ; c'est en faire un législateur humain, un roi de la terre.
Deux feuilles d'un môme arbre , vues de près , ne sont pas semblables : deux gouttes d'eau regardées avec le microscope nous présentent bientôt des différences. Les similitudes tiennent à l'imperfection de nos sens et aux bornes de notre espdt. Il ne faut pas transporter à Dieu ce qui n'est que de l'homme. Dieu connaît les êtres, tels qu'ils sont en eux-mcmes : il les voit tous, différens les uns des autres ; et , comme la manière