‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 87 sur 117 · Lettre à Voltaire · texte numérisé non relu

Lettre à Voltaire

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dont il agit sur eux- varie suivant la connaissance qu'il en a, il s'ensuit que Dieu agit sur chaque être d'une manière spéciale , c'est-a-dire qu'il n'agit point par des lois générales et uniformes.

Je crois qu'on se rendra a ces raisons, après les avoir attentivement examinées *. Cependant nous ne changerons rien au langage reçu , et nous continuerons de nous énoncer comme s'il existait en effet des lois générales. Nous dirons que la gravitation est une loi générale dans

I. Rousseau lui-même s'est rendu à ces raisons. Voici comment il s'exprimait , en parlant de la Providence , peu d'années après sa lettre à Voltaire :

« Prenez garde qu'aux idées sublimes que vous vous faites du grand être , l'orgueil humain ne mêle des idées basses qui se rapportent à l'homme, comme si les moyens qui soulagent notre faiblesse convenaient à la puissance divine , et qu'elle eût besoin d'art comme nous pour généraliser les choses afln de les Traiter plus facilement ! 11 semble, a vous entendre, que ce soit un embarras pour elle de veiller sur chaque individu : vous craignez qu'une attention partagée et continuelle ne la fatigue, et vous trouvez bien plus beau qu'elle fasse tout par des lois générales, sans doute parce qu'elles lui coûtent moins de soin. O grands philosophes , que Dieu tous est obligé de lui fournir ainsi des méthodes commodes et de lui abréger le travail ! * »

En comparant les deux passages de Rousseau , quelques lecteurs , au lieu des progrés de son esprit, verront peut-être une contradiction. H est beau de se contredire de la sorte.

RouMeau a dit, plut tard, dans VÉmilt, son ouvrage capital :

• A <l"ei« ycu» non prévenus Tordre sensible de l'univers n'annonce-t*il

pas une suprême intelligence? Et que de sopbisnies ne faut-il point entasser pour méconnaître l'harmonie des cires , et l'admirable concours de rbaque pièce pour la conservation des autres?.... 11 n'y a pas un être dans l'univers qu'on ne puisse, à quelque égaixl, regarder comme le centre commun de tous les autres, autour duquel ils sont tous ordonnés, en sorte qu'ils sont tous réciproquement fins et moyens les uns relalivement aux autres. L'esprit se confond et se perd dans cette

infinité de rapports, dont pas un n'est confondu ni perdu dans la foule •

Cette troinème citation répond suffisamment à ceux qui ont prétendu que la seconde n'est pas l'ezpreasion des vrais tentimeiu de Rouiseau.

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Tordre physique ; que le désir du l)onheur est une loi générale dans rx)rdre moral. Sans doute , a parler mathématiquement, deux atomes, par cela seul qu'ils occupent deux lieux différens dans Tespace , ne sauraient tendre de la même manière vers aucun des points matériels de Funivers; ni deux êtres sensibles avoir précisément la même manière de vouloir être heureux : mais ces différences nous échappent ; et, s'il n'y a ni similitudes, ni lois générales pour la nature, il y en a pour nous.

Ceci peut concilier ceux qui veulent que les classes , les genres, les espèces, aient leur fondement dans notre propre nature , et ceux qui les fondent sur la nature des choses. Les genres, les espèces, sont des ressemblances; et, a la rigueur, les ressemblances ne sont que dans l'esprit de l'homme * ; mais quoique dans les choses tout soit différent , tout n'est pas également différent. Deux chênes diffèrent l'un de l'autre ; ils diffèrent encore plus des ormes, des peupliers. Deux oranges se distinguent entre elles ; mais elles se distinguent bien mieux des ponmies. Il y a dans les êtres des différences a tous les degrés ; or les moindres différences sont pour nous des ressemblances ; et cela suffit pour autoriser, je ne dis pas pour justilier, ceux qui prétendent que les classes, les genres, les espèces, ont leur fondement , ou du moins un de leurs fondemens , * dans la nature des choses.

Nous ne transigerons pas ainsi avec cert<iins philo-

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