‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idées (volume 2)Chapitre 91 sur 117 · II · texte numérisé non relu

II

JUs iëéeft de* corps » de Pâme et de Dieu^ ont leur origine dans le sentiment. .

Les corps : Tâme : Dieu. Comment l'âme se formerat-elle une image des corps ? comment pourra-t-elle se connaître elle-même? comment s'élèvera-t-elle jusqu'à l'Être infini?

Puisqu'il est démontré que toutes les idées ont leur origine dans quelqu'une de nos manières de sentir, et leur cause dans l'action de quelque faculté de Tentendément, nous savons où se trouve la réponse à des questions.

Et d'^abord : des sensations naissent les idées sensibles, idées qui nous montrent les corps , en nous montrant leurs qualités. Je n'ignore pas qu'il y a ici des difficultés réelles, dont on a présenté des solutions plus ingénieuses que complètement satisfaisantes. Je dirai bientôt conunent il serait possible de lever ces difficultés ; en ' ce moment, je veux faire une observation qui ne doit pas être différée.

• Parce que l'idée des corps nous Tient des sensations ,

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on s'est persuadé que les sensations suffisaient pour nous donner l'idée du spectacle de Tunivers. L'univers est quelque chose de plus que l'assemblage ou la somme de tous les corps ; il est un concert d'élcmens , un accord admirable de fins et de moyens, un immense système de proportions et de rapports de toute espèce.

Bornés aux seules sensations , et privés des sentlmens de rapport, nous serions dans une ignorance invincible des merveilles de la nature. [Vous ne connaîtrions ni Tbarmonie qu'on découvre dans l'organisation du plus petit insecte, ni Tharmonie qu'on admire dans les sphères célestes. '

Les sensations et les sentimens de rapport, voilà donc les conditions premières de la connaissance du monde physique; cette connaissance exige aussi Temploi de deux facultés de l'entendement , l'attention et la comparaison. Sans ces deux points d'appui , et sans ces deux leviers, l'âme ne pourrait s'élever ni aux idées de rapport, ni même aux idées sensibles ; elle ne connaîtrait . ni Tordre qui règne entre les objets extériejirs, ni aucun objet extérieur : elle existerait solitaire, au milieu des mondes qui remplissent les espaces.

Il ne sera pas moins nécessaire de recourir au sentiment pour connaitre l'âme , qu'il ne l'a été d'y recourir pour connaitre les corps. Que dis-je? ignorons-nous donc ce que c'est que l'âme? n'est-ce pas de l'âme que nous parlons dans tous nos discours? et aurions-nous tant de fois prononcé ce nom sans y attacher quelque idée?

Vous ne le pensez pas : vous ne sauriez le penser.

Les mots dont nous nous sommes servis pour désigner les divers emplois de Taclivilé, et les divers modes de la sensibilité, ne sont pas vides de sens. Nous n'avons pas imaginé que nous étions sensibles et actifs; nous n'avons imaginé ni les facultés de Tâme , ni ses différentes manières de sentir. Ce sont des choses bien réelles ; et , comme elles nous sont connues , Fâme ellemême nous est connue, ou du moins elle ne nous est pas tout a fait inconnue.

Il est vrai que Tâme est une substance immatérielle, inétendue, simple, spirituelle ; mais la connaissance de la spiritualité de Tâme est une suite de celle de son activité et de sa sensibilit.é.

Une substance ne peut comparer qu'elle n'ait au moins deux idées à la fois. Si la substance est composée , ne fût-ce que de deux parties , où placerez-vous les deux idées? seront-elles toutes deux dans chaque partie , ou l'une dans une partie et Fautre dans l'autre? Il n'y a pas de milieu. Si les deux idées sont séparées , la comparaison est impossible. Si elles sont réunies dans chaque partie , il y a deux comparaisons a la fois et par conséquent deux substances qui comparent, deux âmes, deux moi ; mille , si vous supposez l'âme composée de mille parties.

Vous ne pouvez échapper a la force de cette preuve : vous ne pouvez nier la simplicité, la spiritualité de l'âme, qu'en niant que vous ayez la faculté de comparer ou qu'en admettant en vous pluralité de moi, pluralité de personnes.

L'origine de l'idée de l'âme, de l'âme spirituelle, est

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