I. Part. I, leç. xiii
d*y réussir , et de ramener à un système régulier tant de choses , dont plusieurs semblent n'avoir entre elles aucun rapport.
On peut néanmoins se diriger vers le but , quoiqu'il soit difGcile de l'atteindre. Seulement, il faut bien choisir le point de départ.
Kt vous ne direz pas que c'est en cela que consiste la plus grande difficulté : elle n'est plus cette difficulté, depuis que nous avons acquis la certitude que toutes nos connaissances ont leur origine dans le sentiment , qu'elles commencent toutes au sentiment.
Commencez donc au sentiment , et suivez-le dans ses progrès.
Le sentiment-sensation vous mène aux idées sensibles, et par ces idées aux qualités des corps, et aux corps. Le sentiment des facultés de l'âme vous mène a la connaissance de ses facultés, et à Tâme elle-même.
L'idée du corps et celle de l'âme, mais celle de l'âme d'abord , vous mèneront a l'idée de substance ; celle de substance, a celle d'essence; celle d'essence , à celle de possibilité; la possibilité, au pouvoir; le pouvoir, a la cause. Vous pouvez encore, par une méthode plus prompte, arriver à cette dernière idée, à l'idée de cause; car l'idée de cause sort immédiatement du sentiment de la cause, sentiment que nous éprouvons aussitôt que l'activité entre en exercice, ou du moins au premier acte de la volonté.
Remontez au sentiment, aux sentimens : vous pouvez les considérer comme successifs ou tomme simultanés. Comme successifs, ils vous donneront tous l'idée
de succession , de temps , de durée ; comme simullaués, pourvu que ces seutimens soient des sensations, et que, parmi ces sensations simultanées ou co-e.\istantes, se trouvent des sensations de résistance , ils vous donneront les idées d'impénétrabilité, d'extériorité, d'étendue impénétrable , de matière , de corps.
Quant a fidée d'étendue pénétrable, de vide, d'espace, d'espace pur , quoique cette idée semble d'abord n'ôtre que l'idée même de l'étendue impénétrable, abstraction faite de l'impénétrabilité , je ne veux pas vous dissimuler mon incertitude, ou mon ignoruiice; et, s'il m'était permis de juger de l'intelligence des autres par la faiblesse de la mienne, je ne craindrais pas de dire que, de quelque manière que vous vous y preniez pour vous rendre raison de cette idée , de l'espace pur, soit que vous fassiez usage d'une analyse que vous n'auriez jamais trouvée en défaut, soit que vous appeliez a votre secours, ou l'imagination la plus fertile en ressources , ou l'abstraction qui sait le mieux simplifier son objet, soit enfin que votre esprit épuise les suppositions les plus ingénieuses, il vous sera bien difficile, sinon impossible, de vous satisfaire.
Les idées du temps et de l'espace vous conduiront a ridée de l'indéfini, de l'infini même, autant qu'il nous est donné d'avoir cette dernière idée.
La curiosité vous forcera de jeter plus d'un regard sur les questions si anciennes et toujours nouvelles, de la matière, de la divisibilité a l'infini , de l'étendue, de la durée, des nombres, de la vitesse, etc. , etc.
Je sens , Messieurs , que je vous donne des aperçus
bien superficiels , bien imparfaits. Aussi n*ai-je promis et n'ai-Je pu vous promettre que les plus légères indications; mais je ne dois pas manquer de vous avertir que les mots que vous venez d'entendre , reçoivent, la plupart, un grand nombre d'acceptions; que les idées que ces mots sont destines a faire naître , ou a réveiller, ne sont pas toujours exprimées par ces mêmes mots.
Ainsi, vous trouverez que les qualités et les propriétés, soit des corps ^ soit de Tâme, prennent les noms de modes, de modilications, d'attributs, d'attributs essentiels, d'attributs accidentels, de qualités premières, de qualités secondaires.
Vous verrez que, par la substance d'un être, on entend quelquefois la réunion de toutes les qualités de cet être, et, d'autres fois, le sujet, le soutien de toutes les qualités. Au moyen de cette distinction , vous ne serez pas embarrassés lorsqu'on vous demandera s'il nous est possible de nous faire une idée des substance. Si, par la substance des êtres , on entend la réunion de toutes leurs propriétés et de toutes leurs qualités, soit absolues, soit relatives, nous pouvons espérer de connaître tous les jours davantage cette substance, sans pouvoir cependant nous flatter d'en avoir jamais une connaissance parfaite. Si on entend le sujet auquel appartiennent toutes les propriétés et toutes les qualités , et qui, par conséquent, n'est lui-même ni une propriété ni une qualité, nous ne pouvons avoir idée des substances, car nous ne pouvons avoir idée de ce qui ne saurait affecter aucun des modes de notre sensibilité.
Vous vous arrêterez sur le mot essence : vous vous
demanderez ce que c est , dans le langage des métaphysiciens, que l'essence première et l'essence seconde; l'essence réelle et l'essence nominale; l'essence physique et l'essence métaphysique.
Vous chercherez à deviner par quels motifs certains philosophes ont pu juger que, dans Tordre du développement de nos connaissances, l'idée de possibilité précède l'idée d'existence.
Vous n'oublierez pas , lorsque vous vous occuperez du mot et de l'idée de cause, d'examiner allentivement les mots et les idées de force, de principe , de raison. Vous vous direz que , si quelquefois il est permis de confondre ces choses, d'autres fois, au contraire, il est de la plus grande importance de les séparer *. « 11 n'y a rien sans raison; il n'y a pas d'effet sans cause, » seront pour vous deux axiomes très-différeus : surtout, vous vous garderez de reconnaître des causes , partout où vous verrez des successions; comme s'il sufûsait qu'un phénomène se montrât constamment a la suite d'un autre pour lui devoir son existence.
 la cause , a la force , au principe , se lie la création, dont vous chercheriez vainement l'idée dans quelqu'un de vos sentimens, mais dont le raisonnement vous donnera la certitude.
Dans le sentiment de votre succession , de la succession des actes de votre esprit, et de tout ce qui peut modilier votre esprit, vous ne trouverez pas seulement les idées de succession, de temps ^ de durée : vdus