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La science n’existe- pas encore. Elle ne méritera son nom qu'après s'être élevée, de rapport en rapport, jusqu'au rapport par où tout commence. C’est le rai- -sonnement qui nous conduit ainsi jusqu'aux principes ; comme de ces principes il nous mène jusqu'aux conséquences les plus éloignées.
Attention, comparaison, raisonnement : voilà toutes les facultés qui ont été départies à la plus intelligente des créatures ; une de moins, et ce ne-pourrait être que le raisonnement , nous cesserions d’être hommes ; une de plus, on ne saurait l’imaginer.
-Par l'attention, Galilée découvre que les corps, en tombant verticalement près de la surface de la terre, parcourent quinze pieds dans la première seconde, quarante-cinq dans la suivante, soixante-quinze dans la troisième ; en sorte que les espaces parcourus pendant les secondes qui se suivent, sont entre eux comme les nombres 1, 3, 5, 7, etc.
Par la comparaison de'eette vitesse avec celle que prendrait le corps s’il était placé à la distance de la lune, Newton trouve que la pesanteur diminue comme croît le-carré de la distance au centre de la terre.
Par le raisonnement, il démontre que cette règle s'applique au système planétaire tout entier, et qu’elle est une loi de la nature.
Par l'attention, nous découvrons les faits; par la comparaison, nous les rapprochons pour en saisir les rapports ; par le raisonnement, nous les réduisons en système.
Par l'attention, mais par une attention qui ne s
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lasse jamais, et qu’on a si bien nommée une longue patience, apparaissent enfin ces idées heureuses qui annoncent la présence du génie; par la comparaison, le génie prend de l’étendue ; par le raisonnement, il acquiert de la profoudeur.
Par l'attention qui concentre l’activité ; par la comparaison qui la partage et qui n’est qu’une double attention ; par le raisonnement qui la divise encore et qui n’est qu’une double comparaison , l'esprit devient donc une puissance : il agit, il fait; et comme il agit de trois manières différentes, et que de cette triple manière d’agir résultent les sciences dont s’honore le plus notre nature, qui pourrait ne pas voir que l’âme humaine, en tant qu’elle est destinée à devenir un être intelligent, est une puissance qui se compose de trois puissances ; qu'elle a trois pouvoirs, et qu’elle n’en a que trois ; qu’elle a trois facultés, et qu’elle n’en a que trois ?
Mais j'entends les objections. Quoi ! la sensibilité qui commence notre existence, la mémoire qui la continue, le jugement qui nous donne la connaissance des rapports, la réflexion qui se porte sur tout ce qui est au dedans de nous, comme sur tout ce qui est au debors, et la plus brillante, la plus féconde de nos facultés, l'imagination, ne seront plus des facultés ! quelles sont les prétentions de la philosophie? croit-elle, en divisant, en classant selon ses besoins, ou selon ses ca— prices, changer la nature des choses ? .
La philosophie répondra que, par la sensation , nous ne faisons pas, mais qu’il se fait en nous ; que la sen-
ven e mn
80 PRÉMIÈRE PARTIE, sibilité est une simple capacité, une propriété passive, et non une faculté.
| Que sans l'attention, la comparaison et le raisonnement, il n’y aurait pas de mémoire; car c’est à l’action ou divisée, ou réunie de ces trois facultés, que nous { devons toutes nos idées, et par conséquent le souvenir de nos idées ‘.
Que dans le jugement, dans la perception de rapport, nous n’agissons pas : nous avons agi, à la vérité, puisqu'il a fallu comparer ; mais la perception du rapport vient après l’action ; le travail de l'esprit est fini au moment où il aperçoit le rapport.
La philosophie se gardera, sans doute, de nier que la réflexion et l’imagination soient des facultés, et même les facultés auxquelles nous devons, le plus, tout ce qu'il y a de beautés et de merveilles dans les arts, tout ce qu’il y a de profondeur dans les sciences. Mais elle ré— pondra que l’imagination, quel que soit l'éclat qui l'environne, n’est que la réflexion lorsqu'elle combine des images; et que la réflexion se composant ellemême de raisonnemens, de comparaisons, et d'actes d'attention, n’est pas une faculté distincte de ces facultés.
L’entendement humain * comprend donc trois facultés, et n’en comprend que trois : l'attention, la comparaison, le raisonnement.
CE