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conséquences, il est vrai, pour être sûres et facilement déduites, exigent que l’on possède la langue propre à la science dont on s'occupe; mais dès qu'une fois on a rempli cette condition indispensable, l'esprit est porté naturellement de conséquence en conséquence.
Il ne faudrait pas objecter qu'il y a des principes audessus de toutes nos facultés; car de tels principes, n'étant pour nous le commencement de rien, ne sont pas, à proprement parler, des principes. Ils ne sont pas principes de connaissances.
Comment done se fait-il que chaque jour n’offre pas de nouvelles découvertes, puisqu'il ne s’agit que de voir des principes, ou de tirer des conséquences ?
Les principes, qu'il semble impossible de ne pas connaître, sont, trop souvent, ignorés ou mal connus, par la raison même que nous les avons sous les yeux. Comme ïls nous sont continuellement présens, ils ont cessé d'attirer notre attention. Alors, tout nous échappe.
La fumée s'élève dans l’air. Voilà un fait bien évident pour tout le monde. Or, de ce fait, il suit nécessairement que : si vous enfermez de la fumée dans une enveloppe assez légère, l'enveloppe et la fumée s’élèveront ensemble. Y eut-il jamais conséquence plus rapprochée de son prineipe? et néanmoins, combien de temps ma-t-il pas fallu pour la soupçonner ? et peut-être le hasard doit-il en partager l'honneur,
Il est donc très rare, je ne. dis pas de voir, mais de remarquer les principes ; et il est presque aussi rare d’apercevoir les conséquences : mais la difficulté vient
moins des choses elles-mêmes, que de la mauvaise manière de les étudier. L'art n’est pas étranger à la découverte des principes, vous en avez eu la preuve à la seconde leçon ; la méthode et la connaissance de la langue suffisent pour tirer des conséquences exactes : d’où il suit, pour le dire en passant, que l'esprit de l'homme ne crée jamais rien, puisque les principes sont donnés par la nature, et les conséquences par les principes.
Quoi ! les principes des seiences sont dans tous les esprits ! ils sont continuellement sous les yeux ! N'est-ce pas abuser du langage et renverser toutes les idées? Les philosophes, pour établir ces principes, se bornent-ils donc au récit de quelques faits à la portée de tout le monde? au rappel de quelques expériences familières ? à l'énoncé des plus simples sensations? ne les voit-on pas, au contraire, incessamment occupés de la recherche des propositions les plus générales, afin de donner un appui à leurs systèmes? toutes leurs méditations ne tendent-elles pas à la découverte de quelqu'une de ces vérités universelles qui embrassent une infinité de vérités de détail ? |
Que nous serions heureux, Messieurs, si ces propositions générales, dont l'étendue et l’application sem-— blent n’admettre aucunes bornes, et qu’on place avec tant de sécurité à l’entrée des sciences, étaient aussi utiles qu’elles sont énoncées avec confiance ! il suffirait de se bien pénétrer de quelques axiomes, pour connaître à fond tout ce qu’il est possible de savoir. Mais je demande si c’est pour ceux qui déjà possèdent les sciences, ou pour ceux qui les ignorent, qu’elles se
trouvent renfermées dans quelques formules aussi expéditives : certes, on ne dira pas que c'est pour les ignorans ! or, si elles ne sont que l'expression abrégée des idées acquises, elles sont des résultats, non des principes ; et ce sont des principes que nous cherchons.
Toutefois, ne soyons pas rigoureux jusqu'à l'excès : et pour éviter un défaut, n’allons pas tomber dans un autre. Parce qu'on a abusé du mot principe, en l'appliquant à tout ce qu’il y a de plus général, n’en abusons pas nous-mêmes, en le resireignant aux seules connaissances qui viennent immédiatement des sensations. Un seul et même mot peut exprimer des idées différentes, pourvu qu'on s'arrête à ce qu'elles ont de commun. Rien n'est plus différent, ou même plus opposé que les idées de principe et de résultat, puisque le principe est le commencement, et le résultat, la fin; Descartes, cependant, a pu dire, il a eu le droit de dire : mes principes sont le dernier résultat des anciens géomètres, ce qui signifie : je commence où les anciens ont fini ; mais vous voyez bien que ce n’est pas l'esprit de Descartes qui commence où les anciens ont fini; c’est son livre. -
Si la plupart des sciences, telles que les mathématiques, la physique, la chimie, l'astronomie, peuvent supposer des connaissances antérieures ; si quelquefois il leur est permis de prendre des résultats pour des principes, il n’en est pas ainsi de la métaphysique, c’est-à-dire d’une science qui a pour objet de montrer l'origine de nos connaissances. Ici, rien ne précède, rien n’est supposé, rien n’est emprunté. Nous sommes
placés aux sources de la pensée : nous assistons, s'il est permis de le dire, à la création de la lumière qui doit éclairer l'intelligence.
Les principes que demande la métaphysique, ceux qu'elle avoue sont les élémens de tout savoir, les premiers rudimens de toute connaissance ; ils sont le commencement de tout; et les systèmes élevés sur de tels principes, dureront autant que la nature des choses, autant que la nature de l'esprit humain.
Ces réflexions confirment ce que nous avions dit en traitant de la méthode‘. Elles serviront en même temps à rendre plus sensible ce que nous allons ajouter sur le système des facultés de l'âme.
Les facultés de l'âme, les opérations de l'esprit, les divers modes d’action de la pensée, ont cté, depuis la naissance de la philosophie, l'objet constant des méditations des philosophes. Tous ont senti le besoin de les régler ; (ous ont senti que, pour les bien régler, il fallait les connaître.
Comme le meilleur instrument de musique, sous la main de celui qui en ignore le mécanisme, et qui n’a pas appris à distinguer les effets des cordes qui vibrent inégalement , ne peut rendre que des sons irréguliers ; graves quand l'oreille en demande d’aigus , aigus quand elle en demande de graves, rudes et sourds quand elle veut de la douceur ou de l'éclat : ainsi, les facultés de l'esprit n’enfanteront que désordre et confusion, tant que nous ignorerons ce qu'elles sont dans leur nature,