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et dans leurs effets ; et comme des touches frappées au hasard ne peuvent donner qu’une harmonie monstrueuse, le jeu désordonné des facultés ne produira que des systèmes monstrueux.
On ne pouvait donc se porter avec trop d’ardeur à une étude aussi curieuse par son objet qu’utile par ses résultats ; et, après tant de recherches, nous n’aurions pas besoin d’en faire de nouvelles, si, au lieu de s'adresser à l’imagination , qui se plaît dans les combinaisons des possibles, on eût consulté l'expérience, qui ne s’appuie que sur des réalités.
Quelques philosophes, il est vrai, guidés par l'exemple des physiciens qui, depuis les découvertes de Galilée et les conseils de Bacon, voyaient tous les jours recu— ler devant eux les bornes de leur science, comprirent enfin qu'il fallait, non se hâter d’élever des systèmes, mais commencer par en préparer lentement les matériaux, étudier l'esprit humain en lui-même, l’observæ dans sa rectitude, dans ses aberrations, et surtout dans ses premiers développemens.
La métaphysique présenta dès-lors moins d’obscurités, moins de vaines subtilités. Des mots, jusque-là presque toujours mal déterminés, firent place à des idées claires et précises. Le nombre des questions inintelligibles diminua de jour en jour ; et la science, dé— livrée d’un poids qui l’accablait, avança rapidement.
Mais si plusieurs obstacles furent écartés ; si plusieurs causes d’erreurs furent ou détruites ou affaiblies si l’on eut sur les idées une théorie dont la raison semblait pouvoir s’accommoder, on ne fut pas également
beureux dans la théorie des puissances productrices de ces idées. Même en conduisant bien son esprit, on n’était pas assuré de le bien conduire toujours, parce qu’on ignorait l’artifice, ou acquis ou naturel, qui le dirigeait dans ses opérations : on eut des systèmes plus ou moins satisfaisans sur l’origine de nos connaissances, sur leur certitude, leur étendue, leurs bornes ; on ne songea pas à réduire en système les facultés, toujours mal démêlées, auxquelles nous les devions : on disser— tait sur la mémoire, sur le jugement, sur le raisonnement, sur l’analyse, sur l'imagination, sur le génie ; et l’on était si loin de saisir les rapports qui lient tous ces attributs, qu’on en regardait la plupart comme opposés les uns aux autres. La mémoire était l'ennemi du jugement; l'analyse devait nécessairement éteindre l’imagination. En un mot, on ignorait, ou l’on oubliait, que la connaissance des facultés de l’âme, comme atoutes les autres connaissances, n'est que liaison, ordre, harmonie, système; expressions identiques du besoin le plus impérieux de Pesprit, s’il est vrai qu'il ne puisse acquérir de nouvelles idées qu’à mesure qu’il simplifie; ni en jouir, ni en disposer, ni même les conserver, qu’autant qu'il les ordonne, qu’il les régularise, et qu’il les fait tendre vers l’unité.
Un homme doit être excepté.
Parmi tous les philosophes anciens ou modernes, Condillac seul a pensé que, de même qu’en arithmétique tout se ramène à la digitation, en mécanique aux lois du plus simple levier, en astronomie physique à la balance, en économie politique à l’idée de la valeur
des choses, en musique à la résonnance du corps s0nore; de même, dans l'étude de l'esprit humain, tout devait se ramener à un seul prineipe, qui, dans la variété infinie de ses transmutations, offrit tous les phénomènes de la pensée.
Condillac exposa d’abord cette doctrine dans son Essai sur l’origine des connaissances humaines, ouvrage dans lequel il fait tout dériver de la perception ou de la conscience. Depuis, à ces deux mots il a sub— stitué celui de sentiment, et plus souvent celui de sensation ; mais, en changeant le mot, il n’a pas changé l’idée. Son principe générateur est toujours le même : c'est toujours la modification que lâme éprouve, à l'occasion des mouvemens excités dans les organes par l’action des objets.
L'auteur attachait le plus grand prix à cette découverte, qui lui semblait devoir assimiler des argumens métaphysiques à toute la rigueur des démonstrations mathématiques. 11 voit toutes nos facultés sortir de la sensation, qui se transforme (ou qu’il transforme), en chacune d’elles. N affirme que la sensation passe par différentes transformations pour devenir la pensée, comme en algèbre l'équation fondamentale passe par différentes transformations pour devenir l'équation finale qui résout le problème ?,
Vous connaissez les motifs qui ont amené Condillac à ce degré de conviction : vous avez médité son analyse des facultés de l'âme; je lai méditée aussi, non pas