Logique, p
seulement pendant quelques jours, non pas seulement pendant quelques années, mais pendant un grand nombre d'années. Attiré par le charme de sa simplicité, caractère ordinaire du vrai, j’entrais dans des détails que l’auteur a négligés ; je me plaisais à développer ce qui n’était qu’indiqué ; je cherchais à éclairer ce que d’abord on pouvait ne pas apercevoir, à fortifier ce qui semblait manquer d’appui. Inutiles efforts ! le raison— nement a toujours été impuissant pour franchir l'intervalle qui sépare la sensation de lattention ; et, soit que, durant trente années, Condillac ait été dans l’illusion, soit que jamais il n’ait exprimé sa pensée avec une clarté suffisante, soit que moi-même j'aie manqué de pénétration, il m’a toujours été impossible de concevoir, non pas que la sensation précède l'attention, mais que la sensation se change en attention ; non pas que dans l’âme un état actif succède immédiatement à un état passif, mais qu’il y ait identité de nature entre ces deux états, en sorte que l’activité soit une transformation de la passivité ; et je suis si loin de donner mon assentiment à cette proposition, qu’à peine sais-je ce qu’il est possible d’entendre par le rapprochement des termes dont elle se compose.
Le changement de la sensation en attention n’est pas la seule chose qui m’ait arrêté : ce que dit Condillac sur le jugement et sur l’inquiétude se refuse obstinément à entrer dans mon intelligence ; et les raisons qui lui paraissaient si lumineuses ne sont pour moi qu’un faux jour, ou plutôt que l’absence de toute lumière.
1 s’agit de motiver l’opposition qui se trouve entre
ma manière de voir, et celle d’un tel esprit, sur une question qu’il croyait avoir résolue,
Reprenons le chapitre dont je vous ai donné lecture à l’avant-dernière séance; et parcourons successive— ment les passages que je vous ai fait remarquer.
(A) (pag. 61). Si ce n'est que parce que l'âme sent, que nous connaissons les objets qui sont hors d'elle, connattrons-nous ce qui se passe en elle autrement que parce qu’elle sent ?
Souvenez-vous que lobjet de Condillac est de prou— ver que toutes les facultés de l’âme ne sont dans leur principe que sensation ; souvenez-vous en même temps que par les mots, ce qui se passe en elle, il entend ici les facultés de l’âme.
Si vous ne perdez pas de vue ces deux observations, vous trouverez, et qu’il n’est pas exact de dire que l'âme ne connaît les objets qui sont hors d'elle que parce qu’elle sent; et qu’il n’est pas exact non plus de dire que l’âme ne connaît ce qui se passe en elle, ou ses facultés, que parce qu’elle sent.
L'âme, il est vrai, a besoin de sentir pour conuaître ; l’âme ne connaît qu’autant qu’elle sent : mais ne connaît-elle que parce qu’elle sent ? connaît-elle uniquement parce qu’elle sent ?
Déjà nous avons fait voir ‘ que la sensibilité seule, indépendament de l’activité, ne pourrait nous donner la connaissance ; et s’il restait quelques doutes, j'ose