Part. 1,1leç. 1v
assurer qu’ils ne résisteront pas aux preuves multipliées par lesquelles nous établirons, comme vérité fondamentale, qu’il ne suffit pas de sentir pour connaître *.
Mais accordons pour le moment que l’âme ne puisse connaître ses facultés que parce qu’elle sent : peut-on en déduire que les facultés de l’âme dérivent de la sensation, qu’elles sont des transformations de la sensation, qu’elles ne sont que sensation ?
De ce que l’âme ne connaît les objets extérieurs que parce qu’elle sent, conclurez-vous, aurez-vous le droit de conclure que les objets extérieurs dérivent de la sensation ? Non ; vous conclurez, et vous devrez conclure que la connaissance des objets extérieurs dérive de la sensation.
Pareillement, de ce que l'âme ne connaît ses facultés que parce qu'elle sent, on est, sans doute, autorisé à en inférer que la connaissance des facultés dérive de la sensation ; maïs vouloir que les facultés elles-mêmes dérivent de la sensation, c'est s’abuser, c'est se tromper.
Le vice du raisonnement de Condillac provient de ce qu'il identifie la connaissance des facultés avec les facultés, la connaissance d’un ohjet avec la réalité de cet objet.
11 devait les identifier, dira-t-on ; car il n'appartient pas à la bonne philosophie de parler de ce que Îles choses sont en elles-mêmes, mais seulement des idées que nous pouvons nous en former.