L. ui
la faculté de comparer dérive de celle d’être attentif. Le raisonnement est une double comparaison ; Ja comparaison une double attention. |
Mais l'attention , d’où dérive-t-elle? pourrons-nous la déiinir comme nous venons de définir le raisonnement et la comparaison ? et, si nous ne pouvons pas la délinir, aura-t-on le droit de nous dire que nous n’avons pas idée de cette faculté, ou même que nous
. n’en avons pas une idée très-claire ?
L'attention étant le premier emploi de notre activité, le premier de tous les modes d’action que nous re+ marquons dans notre âme, chercher à délinir l’aittention, c’est chercher l'impossible.
Définir une idée, un fait, c'est montrer l’idée con nue ou le fait connu dont ils dérivent, et la modification qu'ils ont dû éprouver pour devenir l’idée ou le. fait qu’on se propose de définir. Définir le nombre huit, c'est rappeler le nombre sept qu'on est censé connaître, et avertir que ce nombre sept connu est augmenté d’une unité. Définir la multiplication, c’est à l’idée de laddition qu'il faut supposer connue, ajouter celle de labréviation au .moyen de laquelle l'addition devient l'opération qui multiplie. Définir le papier, c’est à l’idée de toile ou de soïe, ou de toute autre matière avec laquelle on peut le faire, et qu'il faut supposer connue , ajouter l'idée des opérations qu'on fait subir à cette matière pour qu’elle devienne du papier.
La définition d’une idée, sa vraie définition, celle qui en fait connaître la nature, n’est donc possible qu’autant qu’on a ung idée antérieure de laquelle dé-
SIXIÈME LEÇON. 123 rive celle qu’on se proposé de définir ; d’où il suit que l’idée fondamentale d’une science ne peut jamais être définie; car l’idée fondamentale d’une science en est l’idée première, et, par conséquent, une idée qui n’en a pas d’antéricure, du moins parmi toutes les idées qui forment cette science".
On ne définira pas l’attention, ni l’activité de l'âme, parce que dans l’âme il n’y a rien d’antérieur à son activité, je veux dire rien d’antérieur d’où l’activité puisse tirer son origine. Il ne suffirait pas de dire que le sentiment est antérieur à l’action, et que lâme n’agit que parce qu’elle sent, ou qu'elle a senti ; car il ne suffit pas qu’un fait soit antérieur à un autre pour être sa raison ; il faut, et qu'il lui soit antérieur, et qu’il subisse une modification qui le change en cet autre; or, par quelle modification la sensibilité pourra-t-elle se changer en activité? conçoit-on le sens de ces mots? une propriété passive changée en une faculté, en une propriété active? l’énoncé seul est une contradiction.
L'activité de l’âme ne peut donc pas se détinir : nous la connaissons parce que nous en sentons l'exercice ; et même , à proprement parler, c’est l’action et non l’activité que nous sentons. Mais ni l’action, ni l’activité, c'est-à-dire cette force que nous sentons au dedans de nous, et qui est la cause de tous les changemens qui ne dépendent pas immédiatement des objets extérieurs, ne pourront jamais se définir, et, pour les connaître, il faudra toujours en appeler à l'expérience, à la seule expérience.
4, Part, 4, leç. xurr.
Concluons , à l’inverse des objections qu'on nous a adressées : *
4” Que l’âme n’est pas la cause des sensations qu’elle éprouve ;
2° Que, de ce qu’elle agit à l'instant même où elle sent, il ne s'ensuit pas que l’action soit une modifica— tion de la sensation ;
5° Que la sensation n'est pas nécessairement accom— pagnée de l'attention ;
4° Qu'en supposant que la sensation et l’attention fussent inséparables, on ne devrait pas les regarder comme un seul et unique phénomène ;
5° Que l’idée de l'attention est très-claire, quoiqu’onu ne puisse pas la définir.
Après cette discussion , qui vous fera concevoir plus évidemment combien la sensibilité seule est impuissante pour rendre raison de l'intelligence, je dois revenir sur une idée que j'ai mise en avant à la dernière lecon.
J'ai dit que l'esprit de l’homme ne crée rien, qu'il
‘ne peut rien créer. Cette proposition, amenée par ce qui la précédait, mais que je n’ai fait suivre d’aucun développement, a trouvé parmi vous quelques incrédules. Je me vois donc obligé de la justifier.
Quels que soient les systèmes dont nous faisons l'étude, qu'ils soient l'ouvrage de la nature ou de l’homme, la connaissance que nous pouvons en acquérir se réduit à celle des principes et à celle des conséquences : el comme les conséquences ne font
que montrer ce qui était caché dans les principes, et que les principes sont donnés par la nature, il s'ensuit que lesprit de l’homme ne possède aucunement la puissance de créer. Il trouve les principes, et ne fait que découvrir les conséquences, c’est-à-dire qu’il les aperçoit sous l'enveloppe qui les lui dérobait.
L’esprit de l’homme ne crée donc pas. Mais respectons la langne : gardons-nous de lui enlever ses richesses, et de l’appauvrir par une sévérité que la raison et le goût ne sauraient nous pardonner.
Homère, Corneille, Newton, seront toujours des génies créateurs. Eh! qui pourrait ne pas voir des créations dans les fictions charmantes dont l’Arioste a rempli son poëme? et Platon, et Malebranche n’étaientils pas doués d’une imagination créatrice? trop créatrice, peut-être. La philosophie, qui n’eüt jamais la première employé ce langage, se charge de le justifier.
Qui le croirait? elle va demander aux mathématiques le motif de ces expressions exagérées : la science qui force les facultés de l'esprit à se montrer dans toute leur rectitude, peut seule déterminer la nature des effets qu’elles produisent.
Tous les procédés mathématiques se réduisent à trois, aussi simples, aussi faciles à imiter, que rigoureusement sûrs.
Ces procédés sont l’addition, la soustraction et la substitution. Ils sont un type qu’on ne doit jamais perdre de vue, quand on raisonne.
Le raisonnement, en effet, qui ne serait pas un calcul, ne serait pas un raisonnement : ce serait un as-
semblage d’idées incohérentes, ou de mots placés au hasard.
Il faut donc que tout raisonnement, pour mériter ce nom, prenne une forme correspondante à l’un des procédés suivis par les mathématiciens. Je vais éclaicir ceci par des exemples. Vous me pardonnerez de ne pas les emprunter à ces auteurs dont les ouvrages nous fournissent les plus beaux modèles du raisonnement, aux auteurs classiques. J'ai pensé qu'il ne serait pas mal de les prendre un peu techniques, un peu sco-— lastiques même. Ils resteront plus aisément dans la mémoire.
Premier exemple. Pascal, encore enfant, sait l’arithmétique , la géométrie, l'algèbre ; donc il sait les mathématiques. Addition. On voit que le seul mot, mathématiques, équivaut à la réunion des trois mots arithmétique, géométrie, algèbre ; il en est la somme.
Deuxième exemple. Pascal sait les mathématiques : donc il sait l’arithmétique. Soustraction. Ici, d’une somme totale, les mathématiques , nous retranchons une somme partielle; ou, si vous l’aimez mieux, de l’idée composée, mathématiques , nous retranchons l’idée moins composée, arithmétique.
Troisième exemple. Pascal connaît la géométrie ; il connaît donc cette science dont Euclide nous a le premier donné des élémens. Substitution. En effet, la science dont Euclide nous a le premier donné des élé-
mens, et la géométrie, sont une seule et même chose.
Lisez Virgile, Cicéron, Bossuet, La Fontaine, La Bruyère ; lisez tous les grands auteurs: lisez les plus médiocres, les plus mauvais, si vous pouvez ; vous ne trouverez jamais dans leurs raisonnemens, je ne dis pas dans leurs écrits, que les trois formes correspondantes aux trois procédés des mathématiciens, parce qu’il est impossible à l'esprit humain, quand il raisonne, d’aller autrement que par compositions, ou par décompositions, ou par simples substitutions.
Maintenant, laquelle de ces trois formes pourra mériter au génie le nom de créateur ?
La substitution? Mais la substitution ne faisant que mettre une expression en place d’une autre, et montrer sous d’autres termes ce qu’on savait déjà, sur quel fondement lui accorderait-on la prérogative de faire quelque chose de rien ?
La soustraction ? mais si la soustraction, si Part des déductions peut annoncer une grande sagacité, une grande justesse d’esprit, jamais le nom de créateur ne sera donné à un talent qui se borne à nous faire aper— cevoir une idée qui déjà existait dans une autre idée.
Reste la première forme, celle qui unit ce qui était divisé, qui rassemble ce qui était épars, qui recueille cent beautés dispersées sur différens objets de la nature, pour en faire une beauté unique, un beau idéal, un tout préexistant’, il est vrai, dans ses parties isolées, mais qui, dans leur réunion, va nous offrir des combinaisons jusqu'alors inconnues. Les hommes, recon— naissans du plaisir que leur donnaient les auteurs de
ces fictions ingénieuses, ne crurent pouvoir les récom-— penser dignement qu’en les proclamant des génies créateurs.
Qu’est-ce donc, à votre avis, que le génie? m’a-t-on déjà demandé, me demande-t-on encore.
Grande question que je ne me charge pas de résoudre, et que je laisse à de plus habiles.
Cependant il m'est défendu, par vous, Messieurs, et par mon devoir, de rester tout à fait muet.
Rousseau, dans son Dictionnaire de musique, décrit les admirables effets que produit le génie appliqué au chant, à la mélodie des sons, à leur harmonie ; Rousseau ne dit pas ce qu'est en lui-même ce génie, quelle est sa nature.
Vous ne vous attendez pas que je vous entretienne du génie de la musique ; et je n’ai pas la présomption de vouloir définir le génie de la poésie, ou celui de l’éloquence, moins encore le génie qui respire dans le marbre de Phidias ou sur la toile de Raphaël.
Je garderai donc sur le génie des lettres et des arts un silence prudent : mais j'ai dû observer le génie de la philosophie, et j’oserai vous le montrer tel qu’il m'a paru.
Quelque éblouissant que soit le mot génie, il est pourtant de l'invention de l’homme, il est de notre invention : pourquoi ne pourrions-nous pas en apprécier la valeur, en saisir ou en déterminer la juste signification ?
Oublions un moment ce que les plus célèbres rhéteurs nous ont enseigné sur le beau, le sublime, sur l’ima-
gination qui en conçoit les modèles, sur le talent qui les réalise, sur les dons naturels, les influences secrètes, l'esprit divin, mens divinior : lous ces rares attributs, et de plus merveilleux, s’il en est, ne nous feront pas connaître le génie que nous cherchons.
Ils ne nous feront pas connaître cette méthode heureuse qui place d’abord l'esprit sur la ligne de la vérité, le suit pas à pas, lui interdit tout écart, et ne cesse de lui montrer le but, jusqu'à ce qu’il ait pu l’attemdre.
Ils ne nous feront pas sentir la nécessité de ne voir dans les objets dont nous faisons l’étude que ce qu'il faut y voir, de n’y voir que ce que nous y voyons.
Et comment, avec le faste de tant de pompeuses paroles, pourrions-nous soupçonner que c’est, avant tout, à la simplicité que sont dus les progrès de la raison ? que, faute de simplicité, l'esprit se trouble, s’embarrasse , et n’a que des mouvemens incertains ; que, bientôt, ne sachant plus ni d’où il est parti, ni où il est, ni où il va, tout mouvement lui devient comme impossible ? |
Le génie, le génie philosophique , a sa langue propre ; il s'exprime sans passion, sans accent.
Exempt de préjugés, au-dessus des calculs de l’intérêt, des petitesses de la vanité, des illusions des sens et de l'imagination , il se méfie de toutes les apparences du vrai. Il va jusqu’à se méfier de son propre sentiment. Il n’a foi qu’à la raison la plus sévère. Elle seule peut le rassurer contre l'erreur, non par les charmes de la persuasion, la persuasion est un supplément
qu’il dédaigne ; non par d’ingénieux argumens, il méprise la subtilité ; mais par la rigueur des démonstra— tions, par leur évidence. |
Une telle doctrine, je m’y attends, ne manquera pas d’adversaires. On invoquera contre elle ces hommes qui ont consacré leur vie à la recherche de la vérité. Croyez-vous, me dira-t-on , qu’après l'avoir aperçue, ils soient restés dans l’impassibilité que vous semblez exiger? Écoutez-les.
« Celui qui prétend avoir trouvé la vérité, et qui peut en parler sans éprouver la fièvre du bonheur, ne l'a pas trouvée, celui qu’elle laisse froid n’en connaît que le fantôme. »
C'est assez, c’est plus qu'il n’en faut, pour ruiner votre paradoxe, à moins que vous n’accusiez la sincérité des paroles que vous venez d'entendre, la sincérité d’une conviction exprimée avec tant de chaleur. Vous ne voudrez pas nier un fait, rejeter une expérience.
Certes, j’aurais mauvaise grâce de nier une chose dont nous sommes chaque jour les témoins. Qui n’a pas vu le jeune poëte bondir de joie, quand une rime longtemps cherchée, longtemps attendue, arrive, enfin, tout à coup! Est-il sans exemple que lorateur le plus médiocre soit dans l'admiration de ce qu’il nomme ses éloquentes périodes? qu'un philosophe orgueilleux se repose, plein de lui-même, dans la ferme assurance d’avoir deviné l’énigme du monde? et que tel érudit croie à l’immortalité de son nom pour quelques passages restitués à un ancien ?
Encore une fois, je ne veux pas récuser les faits
qu'on m’oppose et qu’on pourrait multiplier sans fin ; mais je persiste dans ce que l’objection appelle mon paradoxe, et je réponds, sans balancer : Celui qui, ayant trouvé une vérité, s’exalte jusqu’à l’enthousiasme, est un pauvre, qui, ayant trouvé une pièce d’or, se croit le plus riche des mortèls ; celui que la découverte d’une vérité ravit en exfase, celui que la vérité étonne, ou l’a rencontrée par hasard , ou nous donne, à son insu, la mesure de son intelligence ; le génie ne marche pas au hasard, le génie ne s'étonne pas.
Eh quoi! Pythagore offrant aux dieux une hécatombe pour les remercier de son beau théorème, Archimède courant les rues de Syracuse en criant : Je l'ai trouvé ! vous semblent-ils de petits esprits?
Non, assurément. Il est bien permis à une créature de toutes parts environnée de bornes, il est bien permis à l’homme, de se glorifier d’une découverte, qui en reculant ces bornes, semble le porter au delà de l’humanité.
Mais je dis que si Pythagore et Archimède avaient eu plus de génie que n’en supposent les problèmes qu’ils ont résolus, leur transport eût été plus modéré.
Force , calme; faiblesse, agitation.
Éclaircissemens sur la méthode, sur le système des facultés de l’âme, et en particulier sur la liberté et sur l'attention.
J'ai reçu, de vive voix et par écrit, des observations assez importantes pour que je doive ne pas les négliger.
Plusieurs d’entre vous désirent que je reproduise le système des facultés de l'âme; d’autres, que j’insiste particulièrement sur la liberté ; d'autres, sur la nature de l’attention. Enfin, et c’est à ces derniers que je veux d’abord répondre, il y en a qui me reprochent d'aller trop vite, et il y en a qui me reprochent d'aller trop lentement.
Quoiqu'il ne paraïsse pas facile de satisfaire à la fois deux opinions si contraires, je vais, en justifiant la marche que nous suivons, essayer de les justifier lune et l’autre.
Si les leçons dont se compose le cours de philosophie sont ordonnées suivant les lois de l’analyse, chaque lecon, la dixième, la vingtième, ou toute autre, est une conséquence de celles qui précèdent , et sert elle-même de principe à celles qui suivent. Chaque leçon, à quelque distance du commencement ou de la fin qu'on la prenne, contient, en quelque sorte, le cours entier . lors donc qu’on nous croit stationnaires , il se peut que
nous avancions ; et, lorsqu'on nous voit avancer, il se peut aussi que nous soyons stationnaires.
Un système sans défaut serait dans toutes ses parties toujours le même, et toujours divers.
Unité, diversité; certitude, progrès : certitude dans Punité; progrès dans la diversité. Voilà en deu\ mots tout l’artifice des connaissances qui s’élèvent au-dessus des premières idées.
Qu'on se garde de penser qu'il y ait contradiction dans ces énoncés qui mettent à découvert tout le secret du raisonnement, car les choses ne sont pas constantes, uniformes, unes, sous le point de vue qui les change, qui les varie, qui les multiplie.
Ceux donc qui aiment à s'arrêter longtemps sur une même idée, qui se plaisent à l'examiner sous tous ses points de vue, à la pénétrer jusque dans ses élémens, ceux-là ont un juste sentiment de la nécessité de bien savoir ce qu’ils savent ; marque infaillible de succès toujours croissans.
Et ceux qui, dans l’étude facile d'un système régulier, éprouvent une secrète impatience de se porter en avant, ceux-là peuvent aussi se flatter de trouver la vérité, puisqu'ils cherchent à la reconnaître sous des formes toujours nouvelles.
Cependant, si nous avions à choisir entre ces deux dispositions, dont l’une a pour caractère la persévérance, une persévérance qui n’abandonne jamais son objet, et dont l’autre se montre par un désir inquict de tout connaître à la fois, il n’y aurait pas à balancer, la première serait de beaucoup préférable.
Cette avidité de tout savoir, cetie impatience qui veut donner des ailes à l’esprit, nous expose à ne recevoir que des impressions fugitives : on effleure {out; on n’approfoudit rien; on vole sur la sommité des objets, d’où la vue ne saurait rien saisir d’une manière distincte : tandis qu’en se bornant à une seule pensée, en
la serrant étroitement, on s’en rend le maître, on en | dispose à son gré; on la fait servir à l’acquisition de nouvelles connaissances,
Vous jugerez donc qu'il peut être utile, et même nécessaire d’insister encore sur les facultés de l’âme. En répélant avec d’autres expressions ce que nous savons déjà , il se trouvera que nous le saurons mieux.
Le système des facultés de l’âme se compose de deux systèmes ; le système des facultés de l’entendement, et le système des facultés de la volonté. Le premier comprend trois facultés particulières : l'attention, la comparaison, le raisonnement. Le second en comprend également trois : le désir, la préférence, la liberté.
Remarquez la correspondance, l’analogie même trèssensible qui se trouve entre les facultés du premier et les facultés du second. Ces facultés, mises en regard, vous offrent l’attention d’un côté et le désir de l’autre ; la comparaison et la préférence, le raisonnement et la liberté.
Comme l'attention est la concentration de l’activité de l'âme sur un objet, afin d'en acquérir l’idée, le désir est la concentration de cette même activité sur un objet , afin d'en obtenir la jouissance.
La comparaison est le rapprochement de deux objets ;
la préférence est le choix entre deux objets qu'on vient de comparer.
Le raisonnement et la liberté semblent d’abord ne pas offrir la même analogie; cependant en quoi consiste un acte libre? n'est-il pas la détermination prise, après avoir mis en balance deux ou plusieurs partis, après en avoir calculé, pour ainsi dire, les inconvénients et les avantages ? et la conclusion d’un raisonnement, n’estelle pas le résultat de deux comparaisons , d'une sorte de baläâncement entre deux propositions ?
Ce serait, je l’avoue, une puérilité que de rechercher de pareilles symétries; mais quand elles s'offrent d’elles-mêmes, il ne faut pas les repousser. L'esprit est si faible qu’il a besoin de s’aider de toute espèce de secours ; et la symétrie en est un, puisqu'elle facilite l'action de la pensée, et qu’elle soulage la mémoire.
Le système des facultés de l’âme ne peut rien laisser à désirer s’il nous donne une idée bien claire, bien distincte, de toutes les facultés, de leurs rapports, et de leur principe. Or, il remplit ces trois conditions : nous en avons acquis la certitude. II doit, par conséquent, satisfaire la raison.
Mais on ajoute : Qui peut se flatter d'avoir celte idée claire et distincte de toutes les facultés de l’âme? qui pourrait surtout ne pas souhaiter quelques nouveaux éclaireissemens sur la liberté morale qui termine le système, et sur l'attention qui le commence? Combien d’objections s'élèvent contre la liberté! Combien d’obscurités environnent la nature de l’attention!!
Je vais vous soumettre quelques réflexions propres,
si je ne me trompe , à dissiper la plupart des difficultés qu'on oppose à la liberté morale. Je tâcherai aussi de répandre quelque jour nouveau sur ce qu’on trouve si obscur, la nature de l'attention.
La liberté morale, question très-simple en elle-même, est devenue, par les subtilités des esprits faux, et par les chicanes de la mauvaise foi, un des points les plus épineux de la philosophie. C’est le destin des anciens, la fatalité des musulmans, et le libre arbitre des chrétiens. Vous savez tous que cette liberté, mal entendue, a produit des guerres qui, plus d'une fois, ont ensanglanté l’Europe, ou, du moins, qu'elle en a été le prétexte, si elle n'en a pas été la cause.
Je ne reproduirai pas les argumens qui établissent la liberté morale de l’homme : ils sont présens à votre esprit; mais ce que vous pourriez ignorer, ce sont les ambiguités et la confusion qui règnent dans la plupart des traités que nous ont laissés, sur cette question, les auteurs même les plus célèbres.
On a confondu avec la liberté morale quatre choses qui ne sont pas elle , la liberté naturelle, la liberté sociale ou politique, l’activité de l’âme et la volonté.
La plupart des philosophes, en délinissant la liberté le pouvoir de faire ce qu’on veut, ont cru définir la liberté morale; ils n’ont pas même défini la simple liberté; car nous avons vu‘! que le pouvoir de faire ce qu'on veut peut s’allier avec la nécessité. Cependant, comme nous ne sommes pas les maitres de la langue,