Part. 1, leç. 1v
SRPTIÈME LEÇON. 137
et que l’usage commande, en quelque sorte, de donner le nom de liberté au pouvoir de faire ce qu'on veut, nous concilierons tout peut-être, en donnant à ce pouvoir le nom de liberté naturelle.
La liberté naturelle est commune à l’homme et aux animaux. Elle consiste dans le pouvoir d’agir pour satisfaire ses besoins. Toute la nature vivante est dans un mouvement continuel pour se délivrer d’un besoin qui se renouvelle sans cesse. Depuis le ciron jusqu’à l’élé— phant, tout s’agite pour trouver l'aliment indispensable au soutien de la vie. Tous les animaux, en agissant pour satisfaire leurs besoins, font ce qu'ils ont besoin de faire, ce qu'ils désirent de faire, ce qu’ils veulent faire ; ils font ce qu’ils veulent. Quand le tigre déchire l’agneau, il fait ce qu'il veut; quand l'agneau tette sa mère, il fait ce qu’il veut. Dira-t-on que le tigre et l’agneau font des actes moralement bons ou mauvais?
Quelquefois on a confondu la liberté sociale ou po— litique avec la liberté morale. On ne faisait pas attention que la liberté politique, résultat d'une bonne organisation du corps politique, suppose tout à la fois l'existence de la liberté naturelle et celle de la liberté morale.
D’autres, voulant prouver que l’homme jouit de la liberté morale, se sont attachés à faire voir que l’âme est douée d’un principe d'activité, ou de spontanéité ; et ils se sont arrêtés à ce premier pas, croyant que l'activité entraîne nécessairement avec elle la liberté, ou même qu'elle est identique avec la liberté.
Ils n'ont pas aperçu qu'entre la simple activité et la
liberté, il s’interpose deux facultés, le désir et la volonté*. En effet, nous agissons d’abord par instinct et machinalement : bientôt le plaisir ou la douleur, qui suivent nos premiers mouvemens, nous avertissent de les répéter ou de nous en abstenir ; et alors les mouvemens sont désirés ; ils sont choisis, préférés, voulus ; l'activité devient désir, volonté; comme la volonté, lorsqu'elle aura été précédée par la délibération, deviendra la liberté.
Voici l’ordre dans lequel se fait ce développement. Activité, désir, volonté, liberté, moralité : la moralité est produite par la liberté; la liberté dérive de la vo— lonté ; la volonté dérive du désir ; le désir présuppose l’activité, condition de toutes les facultés. IL ne peut donc pas exister de moralité sans liberté, ni de liberté sans volonté, ni de volonté sans désir, ni de désir sans activité; mais il est possible qu’il y ait activité sans désir, désir sans volonté, volonté sans liberté, et liberté sans moralité, |
Que si l’on niait qu’un être sensible pût être actif, saus qu'aussitôt il désirât et voulût, on accordera du moins, et l’on devra accorder qu'il pourrait être actif sans vouloir librement, et sans être susceptible de mo-— ralité; il n’en faut pas davantage, puisque dans ce moment je réponds à ceux qui prétendent qu'il suffit d’être actif pour être libre, et libre d’une liberté morale,
4. Dans cet alinéa'et les suivans , le mot volonté doit être pris, non dans son acception générale , mais dans son acception particulière ; il est synonyme de choix, de préférence.
Ceux qui font consister la liberté morale dans la simple volonté, oublient deux conditions, l’une et l'autre nécessaires pour que la volonté devienne liberté morale : une délibération antérieure, afin qu'elle devienne liberté; et un motif autre que l'intérêt du moi, afin qu’elle devienne morale‘.
N'oubliez donc pas, lorsque, lisant des traités sur la liberté, vous vous trouverez embarrassés dans des difficultés inextricables, de vous demander si les auteurs n'auraient pas confondu avec la liberté morale la liberté naturelle, ou la liberté politique, ou la simple activité, ou la volonté considérée indépendamment de toute délibération antérieure. Cette précaution économisera votre temps et votre travail.
Après ces remarques sur la liberté morale, résultat et couronnement du système des facultés de l'âme, nous nous reporterons, puisqu'on le veut, au principe de ce système. Je croyais avoir suffisamment éclairci tout ce qui regarde la nature de l'attention ; on en Juge autrement. Je vais donc revenir sur ce qui me semblait ter— miné sans retour. |
Souvenez-vous de la manière dont toutes les facultés sont liées et comme enchaînées les unes aux autres. La liberté dérive de la préférence, la préférence du désir ; le désir naît de l’action des facultés de l’entendement, qui sont l'attention, la comparaison et le raisonnement. Le raisonnement consiste dans une double comparaison ; la comparaison est une double attention ; et l'attention,