‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idéesChapitre 39 sur 93 · Part. I, 16ç. 1Y · texte numérisé non relu

Part. I, 16ç. 1Y

faculté première, est le principe générateur de toutes les facultés.

Quelle est la nature de ce principe? qu'est-ce que l'attention ?

Je répondrai ce que j'ai déjà répondu, que je ne puis vous faire connaître cette faculté par des paroles. On n'’explique pas les mots par des mots à l'infini. Lorsqu'on est arrivé à un mot primitif, à une idée premiere, on se trouve placé au commencement de tout : on est au terme où il faut nécessairement s’arrê— ter, Or, l'attention est le principe des facultés de l'âme ; elle est donc au delà de toute définition.

Mais parce qu'on chercherait vainement à définir l'attention, ne croyez pas que l’idée de cette faculté première laisse quelque chose à désirer du côté de la . clarté. Les principes portent avec eux leur lumière ; et c'est cette lumière qui éclaire toutes les définitions, toutes les démonstrations, et qui se projette sur tous les développemens des sciences.

L'attention, ou la première manifestation de cette force qui, dans l'âme, modifie les sensations, les idées, et qui, dans le corps, produit les mouvemens volontaires, ne se fait sentir que par son exercice; elle ne peut donc être connue que par son exercice, que par elle-même.

On s’abuserait étrangement, si l’on croyait avoir une idée plus claire de la force que nous attribuons à notre corps et aux corps étrangers, que de la force de l'âme. Lorsque, par le choc, uu corps imprime du mouvement à un autre corps, cette force de percussion, dont nous croyous avoir une idée, est, ou une force sem—

SEPTIÈME LEÇON. af

+ blable à celle que nous sentons au dedans de nousmêmes, ou un phénomène d’un ordre différent.

Dans la première supposition, c'est notre sentiment que nous prêtons au corps : nous jugeons qu'il se passe en lui quelque chose de semblable à ce qui se passe en nous ; et ce jugement, fondé sur une fausse analogie, ne peut tre qu'une erreur. |

Si l’on suppose dans le corps choquant une force qui n’ait rien de commun avec ce que nous sentons, il n'y a plus d'idée (je ne dis pas de réalité) sous les mots qu'on prononce.

L'idée que nous avons de l’activité de l’âme lorsque nous sommes attentifs à un objet; l’idée de cette force qui se concentre pour rendre la sensation plus vive, n’est donc, pour le redire encore, susceptible d'aucune définition : il nous est impossible de l’exprimer par des paroles; et cette impossibilité même confirme la vérité de notre système.

Le système des facultés de l'âme est démontré dans toutes ses parties, et rien, j'ose le dire, ne nous est mieux connu, ni en physique, ni en mécanique.

Mais n'est-ce pas le comble de l'illusion de s’imaginer que l'on puisse connaître un système qui ne tombe sous aucun de nos sens, un système abstrait, intellecluel, un système métaphysique enfin, avec la même évidence que nous connaissons un système mécanique, un système tout matériel ? Nous voyons la montre; nous la manions; nous pouvons la transporter d’un lieu dans un autre : y at-il quelque chose de semblable dans votre système des facultés de l'âme?

L'objection, il faut en convenir, présente les appa— " rences de la vérité. Mais souvent l'erreur se cache sous de telles apparences. Vous ne voyez pas les facultés de l'âme : voyez-vous la faim? voyez-vous la soif?

Non, mais je les sens, répondez-vous.

Eh quoi ! ne sentez-vous pas l'attention? ne l’avezvous jamais assez longtemps exercée pour fatiguer vos organes? ignorez-vous les effets d’une contention d’es— prit trop longtemps prolongée? Vous sentez donc l’attention tout aussi bien que vous sentez la faim ou la soif. Or, si vous la sentez, pourquoi ne pourriez-vous la connaître? nos connaissances ne sont-elles pas toutes fondées sur ce que nous sentons".

Pour former un système, ou pour le concevoir quand il est formé, trois conditions suffisent, et elles sont indispensables : idées exactes et précises de toutes les parties; perception distincte de leurs rapports; connaissance du principe générateur.

Voilà, en bien peu de mots, tout ce dont on a besoin pour faire soi-même des découvertes, ou pour s'approprier les découvertes des autres; mais ces propositions générales, ces expressions abrégées , admirables pour soulager la mémoire, parce qu'elles réduisent les connaissances acquises à quelques mots, à quelques idées, sont tout à fait impuissantes pour faire naître ces idées. Le vague qui les environne peut satisfaire la présomption qui ne sait pas douter, et qui n'ignore rien. Ï] ne saurait contenter la raison.

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