‹ Leçons de philosophie sur les principes de l'intelligence, ou sur les causes et sur les origines des idéesChapitre 41 sur 93 · Part. II, leg. 55 ef v · texte numérisé non relu

Part. II, leg. 55 ef v

Objections contre le système que nous avons adopté. Réponses.

On me propose de nouvelles difficultés à résoudre ; on élève de nouveaux doutes; on m'adresse de nouvelles questions. oo e

Messieurs, ce n'est pas moi qui fais le cours, ou du moins je ne le fais pas seul. Vos réflexions devancent les miennes : elles me portent en avant. Tantôt vous prévenez des choses que je vaulais dire; tantôt vous m'en suggérez que je n'aurais pas dites. Nos leçons ne peuvent que gagner à ces Communications. que je dois aimer, puisque vous y mettez quelque intérêt.

Nous. y trouverons encore l'avantage de varier la forme de nos discussions : un jour, ce sera un discours suivi; une autre fois, aujourd'hui même, ce sera une espèce d'entretien.

Première objection. Vous composez l’entendement humain de trois facultés, l'attention , la comparaison , le raisonnement ; et vous paraissez tenir beaucoup à n’en compter ni plus ni moins. C’est porter les lois de la nécessité dans ce qu'il y a au monde de plus arbitraire. Quel inconvénient y aurait-il à reconnaître, avec tous les métaphysiciens, la réflexion et l’imagination, comme parties intégrantes de l'entendement ?

D'un autre côté, ne serait-il pas mieux, peut-être, et surtout plus sinrple, de ne pas faire de système, et de tout réduire à la seule attention, puisque, d’après vous-même ; toutes les facultés considérées dans leur principe ne sont que l'attention? On peut donc avoir une idée très-exacle de l'entendement, soit qu'on lui attribue plus de trois facultés, soit qu'on ne lui en attribue qu'une seule. Convenez que votre système est vôtre en effet ; qu'il n’est pas l'ouvrage de la nature ; et qu'il esl tout à fait arbitraire.

Réponse. Non, il n'est pas arbitraire; ni mien, comme on l'entend.

Un être doué de la faculté de donner son attention, mais privé de la faculté de comparer et de celle de raisonner, ne percevrait aucun rapport : il ne verrait jamais une idée dans uneïdée, ni un jugement dans un jugement.

Un être doué dé la faculté de donner son attention, et de celle de comparer, maïs incapable de raisonnement, ne pourrait jamais, de ses connaissances, tirer de nouvelles connaissances. Telle est, ce semble, la condition des animaux. Ils donnent leur attention ; ils font quelqües comparaisons : le raisonnement, notre raisonnement, excède les limites de leur nature.

Nous qui, des premières idées absolues et relatives, avons fait sortir les arts et les sciences; nous qui voyons les effets dans les causes, et les causes dans les effets, les conséquences dans les principes, et les principes dans les conséquences, nous possédons une faculté d’un ordre supérieur, une faculté qui s'élève au-

dessus de la simple attention et de la simple comparaison ; nous possédons la faculté de raisonner ?.

IL'est vrai que la comparaison et le raisonnement ne sont que l'attention elle-même agissant de diverses manières ; mais ces diverses manières d’être attentif, nous les appelons des facultés; et nous avons le droit de les appeler ainsi; nous le devons même, puisqu'elles pro— duisent des effets différens de ceux que produit la simple attention.

En second lieu, sur quoi pourrait-on se fonder pour admettre plus de trois facultés dans l’entendement? Montrez-moi une idée qui ne soit acquise ni par l'attention , ni par la comparaison, ni par le raisonnement ; aussitôt, j’introduis une faculté nouvelle dans le système.

Et ne placez pas au nombre des facultés la réflexion, l’imagination , la sagacité, le goût, le talent, le génie, etc.; car ces prétendues facultés ne sont pas autant de nouveaux moyens d’agir, autant de nouvelles puissances de l’âme. I] n’y a jamais que les trois facultés élémentaires qui agissent, ou séparées, ou réunies, ou successivement, ou simultanément, facultés toujours les mêmes, quelle que soit d’ailleurs la diversité des objets auxquels s'applique leur action.

On ne peut donc reconnaître ni moins ni plus de trois facultés dans l’entendement humain.

Seconde objection. Si l'attention, la comparaison

Page 1