PLIS
science que ce soit dans un ordre absolument accompli. »
L'ordre accompli consiste à expliquer les mots se— condaires les uns par les autres, et tous par les mots primitifs, lesquels ne doivent ni ne peuvent s'expliquer par d’autres mots plus primitifs, si on peut le dire, mais par l'expérience, par le sentiment, par la vue des objets dont ils sont le nom. L’ordre, pour être accompli, doit être possible ; et il ne le serait pas, si, pour l’ohtenir, il fallait définir sans fin.
Mais ne disons-nous pas la même chose que Pascal ? ne disons-nous pas avec lui que l’ordre accompli nous est impossible ?
Nous ne disons. pas la même chose que Pascal. Nous disons deux choses différentes : 4° que Fordre accompli ne nous est pas impossible, puisque nous aurons un ordre accompli toutes les fois que, dans l'exposition d’une vérité, les mots primilifs seront déterminés par le sentiment , par l'expérience, et tous les autres par ces premiers mots; 2° nous disons que l'ordre accompli, tel que le veut Pascal, non-seulement nous est impossible, mais qu’il est impossible en lui-même, puisqu'il est impossible qu’une langue soit composée d'un nombre infini de mots : or, un ordre accompli, impossible en lui-même, n'est pas un ordre ; ce n’est rien. ]l ne peut peut donc pas être appelé ordre accompli.
Après celte remarque sur l'expression ordre accompli, j'en hasarderai encore une. |
Pascal, pour faire sentir le ridicule de certaines explications, cite la définition suivante, prise d’un auteur de son temps. « La lumière est un mouvement
luminaire des corps lumineux » : comme si, dit-il, on pouvait entendre les mots de luminaire et de lumineux, sans celui de lumière! ensuite, il ajoute :
« On ne peut entreprendre de définir l'être, sans tomber dans la même absurdité. Car on ne peut détinir un mot, sans commencer par celui-ci, c’est, soit qu’on l'exprime, soit qu’on le sous-entende. Donc, pour définir l’être , il faudrait dire, c’est, et ainsi, employer dans la définition le mot à définir. »
Le raisonnement de Pascal suppose ce qui n’est pas. Quand on dit : L’être est, etc., le mot est, ou le verbe, n’exprime pas la même chose que le mot être, sujet de la définition. Si j’énonce la proposition suivante : Dieu est existant, je ne voudrai pas dire assurément, Dieu existe existant : cela ne ferait pas un sens; de même, si je dis que Virgile est poète, je ne veux pas donner à entendre que Virgile existe : je veux dire, d’un côté, que l’idée de Dieu et celle d'existence sont inséparables ; de l’autre, que l’idée de Virgile et celle de poëte se réunissent en une seule et même idée. Le verbe est, dans la proposition, n’exprime donc pas l'existence réelle : il n’exprime qu’un rapport spécial entre le sujet et l’attribut, le rapport du contenant au contenu, du tout à une eu à plusieurs de ses qualités, à un ou à plusieurs de ses points de vue; en disant l'être est, on n'explique donc pas un mot par ce même mot , une idée par cette même idée.
Et d’ailleurs, Pascal suppose que le sujet d’une définition est expliqué par le verbe, ce qui n’est pas ni ne peut être. Le sujet d’une définition est expliqué par son
attribut, lequel dit en plusieurs mots ce que le sujet dit en un seul. Le sujet d’une définition est le nom, et n’est que le nom de son attribut. Voilà ce qu’exprime le verbe dans toute définition ; il n’exprime pas autre chose *.
Si les observations que je viens de faire sont d'accord avec celles que vous auriez faites vous-mêmes (je ne parle qu’aux jeunes gens qui fréquentent, pour la première fois, une école de philosophie), vous pourrez vous dire que vous avez déjà fait quelques progrès. Vous pourrez vous le dire encore, et à plus forte raison, si, peu salisfaits de mes remarques, Vous venez à prouver que le texte de Pascal est inattaquable.
- En voilà sans doute assez et peut-être trop. Il est plus utile de méditer ce grand écrivain , que de relever minutieusement quelque inexactitude échappée à sa plume.
Buffon a écrit plusieurs pages de métaphysique; et son génie ne l’a pas abandonné, quand il l’a retiré quelques instans de la contemplation de la nature physique, pour l’appliquer à l’étude de la nature morale : mais, comme il s'était fait une loi de la noblesse du style, et comme il savait qu'on obtient cette noblesse par l’emploi des expressions les plus générales, il lui arrive quelquefois de trop négliger les choses particulières, et de perdre en précision ce qu'il peut gagner en noblesse.
L'exemple suivant, qui se rapporte à ce que je vous